Dans un « document de travail » portant sur la souveraineté et la sécurité dans le Nord, déposé à l’occasion du Forum des premiers ministres, les gouvernements des trois territoires reconnaissent les défis que posent les changements climatiques et la protection de l’environnement dans le Nord.
Préparé comme une proposition faite au gouvernement fédéral pour l’élaboration de la partie de la Stratégie pour le Nord consacrée à la sécurité, ce document pourrait être cité abondamment par les écolos de l’Arctique canadien. On y évoque, entre autres que l’Arctique subit « les premiers et les pires impacts des changements climatiques », que « l’environnement nordique sert de cuvette pour les contaminants toxiques tant dans l’air que dans les eaux », et, chose rare, que les activités militaires peuvent provoquer « des impacts environnementaux et sociaux majeurs sur lesquels les habitants du Nord [n’ont] que peu de contrôle ».
Du point de vue des changements climatiques, ce document de travail est spécialement éloquent pour un feuillet de moins de 20 pages portant sur des enjeux d’abord militaires. « La fonte du pergélisol et des températures plus chaudes modifient les habitats, transforment notre usage des terres et des eaux, menacent l’infrastructure publique et ont un impact sur les activités économiques et culturelles », est-il écrit. Plus loin, dans une rubrique consacrée au Passage du Nord-Ouest, on indique que la surface du couvert glacier de la mer Arctique a diminué « de 15 à 20 % » en trente ans et qu’il pourrait entièrement disparaître en été d’ici la fin du siècle en cours.
On y fait également grand cas de la santé écologique de nos voisins d’en face, les Russes. « Plus de 40 % du territoire russe est considéré comme présentant une tension écologique élevée ou moyennement élevé », écrit-on. On ajoute que cela est entre autres causé par les déversements de déchets radioactifs dans l’océan Arctique russe et qu’il faut surveiller cette menace et développer les moyens nécessaires pour y répondre.
Le document prend, en outre, clairement position contre le développement pétrolier dans l’Arctic National Wildlife Refuge, cette plaine côtière d’Alaska où l’on retrouve l’ère de mise bas de la horde de caribous Porcupine. « La pression continue exercée par les États-Unis pour développer les ressources gazières et pétrolières de l’Arctic National Wildlife Refuge représentent un risque à la sécurité environnementale et culturelle de la région, et peut potentiellement affecter de nombreux Canadiens du Nord », est-il écrit dans le document.
D’autre part, le document évoque la possibilité que le fameux bouclier anti-missile américain puisse avoir un impact négatif tant sur la souveraineté du Canada dans l’Arctique que sur l’environnement. On note que, dans le cadre de ce projet auquel le Canada a choisi de ne pas prendre part, des missiles intercepteurs ont été installés à moins de 200 kilomètres de la frontière américano-yukonnaise. « Ces sites voisins du Canada pourraient être des cibles advenant une attaque et ainsi le Canada pourrait devoir vivre avec les conséquences de débris nucléaires ou biologiques provenant d’objet interceptés durant l’attaque. Des essais du système pourraient avoir pour conséquence que des débris tombent en sol Canadien. »