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le Vendredi 29 avril 2005 0:00 Environnement

Trois ONG se liguent contre le gazoduc

Trois ONG se liguent contre le gazoduc
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Un des plus importants lobbys environnementaux au pays a lancé mardi, à Yellowknife, une campagne qui attaque de front le Projet gazier du Mackenzie.

La campagne Mackenzie Wild est une initiative du Sierra Club du Canada. Dans le Nord, l’organisme non gouvernemental basé à Ottawa est épaulé par deux ONG bien de chez nous : Ecology North et l’Arctic Indigenous Youth Alliance. Selon eux, le Projet gazier du Mackenzie ne peut pas être accepté tel que présenté car, disent-ils, il ne s’agit pas de développement durable.

Leur argument central est que le gaz naturel extrait dans le delta du Mackenzie servira au développement de l’industrie des sables bitumineux de l’Alberta. Pour extraire ce type particulier de pétrole il faut de grandes quantités d’eau et de gaz naturel. Les sables bitumineux sont un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre au pays, ce qui lui vaut le quolibet d’énergie la plus « sale ».

« Si l’industrie des sables bitumineux doublait sa capacité de production – ce qui est prévu d’ici 2010 – elle émettrait alors à elle seule 70 mégatonnes de gaz carbonique, note le directeur de a campagne Mackenzie Wild, Stephen Hazell. Nous avons tous entendu parler du « Défi d’une tonne » qui demande à chaque Canadien de réduire d’une tonne ses émissions de CO2.. Eh bien, pour compenser l’apport des sables bitumineux, il faudrait donc que 70 millions de Canadiens relèvent le Défi d’une tonne. Malheureusement, il n’y a pas 70 millions de Canadiens. »

La directrice générale du Sierra Club, Elizabeth May, estime qu’en acheminant le gaz naturel des TNO aux sables bitumineux, le Canada risque de ne jamais pouvoir respecter ses engagements du Protocole de Kyoto. « Le premier ministre Joe Handley et les ministres fédéraux comme Andy Scott [ministre des Affaires indiennes et du Nord] et John Efford [ministre des Ressources naturelles] doivent admettre que le Projet gazier du Mackenzie signifie probablement que le Canada n’atteindra pas ses objectifs de Kyoto », dit-elle.

« Et, ironiquement, ajoute la directrice du Sierra Club, c’est la région de la vallée du Mackenzie qui est la plus affectée au pays par les changements climatiques. »

Malentendu

Alors qu’il était à Washington D.C. à l’occasion d’un forum sur l’énergie, le ministre ténois de l’Industrie, du Tourisme et de l’Investissement, Brendan Bell, a voulu corriger « le malentendu » voulant que le gaz des TNO soit destiné aux sables bitumineux.

« C’est un mythe que nous tentons de débouter : le gaz du Mackenzie ne sera pas majoritairement utilisé par les sables bitumineux. Tout d’abord parce que le gaz coûte beaucoup trop cher pour que ça en vaille la peine et aussi parce qu’on constate que l’industrie des sables bitumineux utilise de moins en moins de gaz naturel. Ils ont développé de nouvelles technologies et des façons de faire plus efficaces », a déclaré le ministre Bell après avoir indiqué que l’idée que le gaz des TNO reste au Canada pour profiter à l’industrie des sables bitumineux était une préoccupait les investisseurs américains.

Mais un certain nombre de faits tendent à attester la thèse défendue par le Sierra Club. L’an dernier TransCanada Pipeline a conclu une entente avec la nation Déné Tha pour construire un gazoduc qui relierait le gazoduc du Mackenzie à Fort McMurray en Alberta, le centre névralgique de l’industrie des sables bitumineux. Toutes les compagnies pétrolières qui promeuvent le Projet gazier du Mackenzie sont également impliquées dans l’industrie des sables bitumineux. Et une revue de la littérature économique entourant le Gazoduc du Mackenzie permet d’établir assez clairement que le Projet gazier est largement perçu comme le prolongement logique de l’industrie fossile albertaine.

À ce chapitre, mentionnons la Trousse d’information préliminaire, un document préparé par les promoteurs du Projet gazier du Mackenzie dans lequel il est clairement indiqué que « dans l’Ouest canadien, le développement de l’industrie du pétrole lourd et des sables bitumineux […] devrait représenter entre 40 et 45 % du marché pour le gaz naturel ». On peut également citer l’étude Alberta Benefits : Economic Impacts of Northern Gas Pipeline Construction dans laquelle deux chercheurs de l’Université de l’Alberta déterminent que, notamment en raison de l’apport à l’industrie des sables bitumineux, le Projet gazier du Mackenzie génèrera des revenus directs de 900 millions de dollars et créera 38 000 emplois… en Alberta !

« Il n’y a vraiment plus qu’aux TNO qu’on persiste à dire que le gaz n’ira pas aux sables bitumineux », insiste Elizabeth May.