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le Vendredi 6 mai 2005 0:00 Environnement

Imperial fait tressauter le pipeline et sa suite

Imperial fait tressauter le pipeline et sa suite
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Le 28 avril, la pétrolière Imperial Oil, le principal promoteur du Projet gazier du Mackenzie, a créé tout un émoi en annonçant qu’elle interrompait ses activités sur le terrain liées au mégaprojet de 7 milliards de dollars.

« Nous interrompons nos activités en raison de progrès insuffisants dans certaines zones-clefs que nous considérons fondamentales à la mise en chantier du projet », a déclaré le président d’Imperial Oil Canada, Micheal Yeager, lors d’un rare entretien avec la presse. La compagnie mieux connue sous le nom de sa marque de commerce, Esso, considère que les négociations avec les Autochtones sur l’accès aux terres sont trop loin d’un règlement et que le processus de révision du projet avance à un rythme trop lent. Imperial demande notamment qu’un échéancier ferme soit déterminé pour les futures audiences publiques.

La députée de Western Arctic et ministre d’État du Nord canadien, Ethel Blondin-Andrew, a commenté la nouvelle. La députée libérale a affirmé que le gouvernement canadien supportait le Projet gazier. « Nous partageons l’engagement du gouvernement d’aller de l’avant », a-t-elle dit.

La ministre s’est dit favorable au régime réglementaire actuel qui comprends plusieurs tables de négociations ainsi que deux processus de révision. Elle a laissé entendre qu’il serait néfaste de vouloir accélérer le processus. « Ces négociations sont complexes, a-t-elle dit. Mais tous les partenaires qui y participent doivent prendre le temps de recueillir tous les détails pour parvenir à conclure des ententes justes qui sont opportunes et respectent les intérêts de tous les intervenants. »

L’ex-premier ministre des TNO et actuel négociateur en chef de la communauté de Fort Good Hope dans les négociations avec les promoteurs du Projet gazier, Stephen Kakfwi, considère que les demandes des communautés sont raisonnables et n’est pas impressionné par le coup d’éclat d’Impérial. Selon lui, quoi qu’en dise la multinationale, les communautés cherchent d’abord à obtenir un règlement équitable. « À moins que nous agissions maintenant, tout le gaz naturel et le pétrole seront pillés de nos terres et tout le monde sera riche sauf nous », a-t-il déclaré à la CBC.

Le ministre de l’Industrie, du Tourisme et de l’Investissement des TNO, Brendan Bell, a quant à lui plaider en faveur d’un rapprochement entre les parties. Le gouvernement des TNO, qui n’est pas impliqué dans les négociations, se propose comme médiateur afin de régler le plus rapidement possible cet empêchement.

Une nation autochtone du nord de l’Alberta a également mis en cause la déclaration d’Imperial Oil. La nation Dene Tha, qui a conclu une entente l’an dernier avec Transcanada Pipeline en faveur de la construction d’un gazoduc qui irait de la fin du gazoduc du Mackenzie jusqu’à la ville de Fort McMurray, qualifie de « trompeur » la déclaration de la pétrolière. Selon eux, il s’agit d’une tentavive d’outrepasser le régime réglementaire. « Nous sommes surpris de l’attitude et du ton geignard d’Imperial étant donné qu’il n’ont déposé qu’en octobre leur Énoncé d’incidence environnementale, a déclaré un porte parole de la nation Dene Tha, Cary Chonkolay. Le gazoduc, tel que proposé, pourrait rendre notre situation déjà précaire encore pire, à moins que le projet soit correctement étudié et révisé. »

Écolo

Du côté des groupes environnementalistes préoccupés par le projet, on voit cette décision comme un caprice pour faciliter davantage l’accès à la multinationale au gaz du delta du Mackenzie.

Le Sierra Club du Canada, qui dirige la campagne Mackenzie Wild opposée au Projet gazier, parle d’un « non-sens ». « Les déclarations d’Imperial Oil sont un écran de fumée pour cacher le fait que les promoteurs ont bâclé l’étude environnementale », s’insurge la présidente du Sierra Club, Elizabeth May.

Le directeur de la campagne Mackenzie Wild, Stephen Hazell, n’arrive pas à comprendre en quoi le processus de révision peut paraître trop long. « L’Énoncé d’incidence environnementale a été déposée il y a tout juste sept mois, et depuis ce temps beaucoup de travail a été fait pour que nous puissions nous rendre à l’étape des audiences publiques. Franchement, je ne pense pas qu’il est juste de dire qu’il y a eu des problèmes à ce niveau-là. »

« Les régulateurs, les Premières nations et les résidents du Nord ne doivent pas être intimidés par cette ruse », tranche-t-il