le Samedi 30 août 2025
le Vendredi 6 mai 2005 0:00 Environnement

Inutile,le protocole de Kyoto?

Inutile,le protocole de Kyoto?
00:00 00:00

Une organisation appelée Friends of Science et l’Université de Calgarya récemment produit un court vidéo qui remet en cause l’idée que les émissions de gaz carbonique (CO2) sont la source des changements climatiques observés partout sur la Terre. Dans Climate Catastrophe Cancelled : what you are not being told about the science of climate change, on insiste pour dire que le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre est « possiblement la plus grande erreur de ce siècle ».

Le Défi d’une tonne, la Journée sans voiture et les autres édifices gouvernementaux alimentés à l’énergie solaire seraient-ils inutiles ? Oui, répond le paléoclimatologue de l’université d’Ottawa Ian Clark qui a participé au controversé documentaire. « Le CO2 est un gaz à effet de serre, c’est vrai. Mais il y a des gaz à effet de serre bien plus importants, la vapeur d’eau par exemple. C’est la vapeur d’eau qui réchauffe notre planète et la maintient autours de 30 degrés Celsius pour qu’elle soit confortable. Le CO2 a un effet mineur », assure le chercheur.

Le Dr. David Malcom, directeur de l’organisme Arctic Energy Alliance basé à Yellowknife, a visionné le Climate Catastrophe Cancelled. Sans pour autant dénigrer le film, il affirme que cette version des faits ne concorde pas avec la thèse la plus largement répandue au sein de la communauté scientifique. Dans l’ACIA, une étude sur l’évolution du climat dans l’Arctique déposée l’automne dernier et cosignée par plus de 300 scientifiques du monde entier, rappelle-t-il, la corrélation entre les émissions de gaz carbonique et le réchauffement planétaire est clairement étayée.

Dans le film, on insiste pour dire que « le graphique en bâton de hockey », une représentation de l’évolution du climat depuis des dizaines de milliers d’année mis en relation avec le taux de CO2 dans l’air nommé ainsi à cause de sa forme plutôt droite suivie d’une courbe vers le haut soudaine à la fin est erroné. Or ce graphique est la pièce à conviction la plus largement utilisée pour démontrer l’effet du C02 sur le climat. On la retrouve dans à peu près toutes les études traitant de ce sujet.

Pour le Dr Malcom, cette négation manque de rigueur. « Évidemment, si vous partez du principe que le bâton de hockey est faux, c’est facile de dire qu’il n’y a pas de lien entre le CO2 et le climat », tempère-t-il. Dans le film de Friends of Science, hormis des experts qui présentent une nouvelle version du graphique issue de leur recherches personnelles, rien n’atteste formellement cette théorie.

Un autre argument présenté dans le film est que les données sur le climat sont faussées par l’endroit où elles ont été colligées. « Dans les endroits bétonnés la température est plus chaude à cause de la modification de la surface. Il fait plus chaud en ville que dans la forêt, c’est normal. Si on se fit aux données récoltées en zones urbaines c’est sûr que l’on verra une augmentation de la température », explique Ian Clark.

David Malcom réfute cet argument. « L’endroit où les hausses de températures les plus importantes ont été observées au Canada, c’est dans le delta du fleuve Mackenzie. Ce n’est pas en ville », assure le directeur d’Arctic Enegy Alliance, carte du climat au Canada en main.

Une dernière thèse défendue par le film anti-Kyoto est que les efforts déployés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre sont plus politiques que scientifiques. « Ce sont les politiciens qui veulent Kyoto, déclare Ian Clark. Les scientifiques, comme moi, qui prennent le temps d’interroger les idées préconçues n’en veulent pas. »

À nouveau le Dr Malcom offre une perspective différente. « C’est en général plutôt le contraire, dit-il. Ce sont les scientifiques et les écologistes qui doivent faire pression pour que les politiciens passent à l’action. »