Justin Trudeau, le fils de l’ancien premier ministre Pierre Elliot Trudeau, estime qu’il est temps d’élargir les limites du parc national de Nahanni pour qu’il englobe la totalité de la rivière d’où lui vient son nom.
« La rivière Nahanni est un de ces endroits que les générations futures utiliseront pour nous juger. C’est un des endroits les plus splendides et les mieux préservés au monde. […] En tant que Canadiens, il est de notre devoir collectif de s’assurer que cette rivière sauvage soit entièrement protégée », a-t-il déclaré, à Ottawa, lors d’une soirée consacrée au parc national situé dans la région du Deh Cho.
Le jeune homme se joint ainsi à la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) dans ses efforts pour faire protéger en entier le bassin versant de la rivière Nahanni. Pour l’instant le parc de Nahanni se limite à un corridor protégé autour de la partie sud de la rivière. « Nous voulons protéger l’ensemble du bassin versant de la rivière Nahanni. Cela signifie toutes les petite rivières adjacentes, toute l’eau qui s’écoule dans la Nahanni. Cela représente une région d’environ 35 000 kilomètres carrés », explique Alison Woodley, spécialiste de la conservation des écosystèmes nordiques de la SNAP.
L’organisme souhaite également protéger un site avoisinant qui présente des karsts, un type de formation calcaire très rare caractérisée par de nombreuses cavernes. « La plaine de karst de Nahanni est internationalement reconnue comme étant un des meilleurs exemples de karst situé dans un environnement arctique ou sub-arctique », signale la conservationniste.
En 2002, dans son Plan d’action pour les parcs nationaux, le gouvernement fédéral s’était déjà engagé à étendre l’aire protégée à l’ensemble du bassin versant. Mais la SNAP estime que l’expansion du parc doit se faire dès maintenant parce que des développement miniers pourraient avoir lieu bientôt dans la zone à protéger. La compagnie Canadian Zinc espère pouvoir exploiter la mine de Prairie Creek dans un avenir rapproché.
Il y a trois semaines, la Cour suprême des TNO a jugé qu’il n’était pas nécessaire d’effectuer une évaluation environnementale pour permettre à Canadian Zinc d’utiliser une route d’hiver pour se rendre jusqu’au site de la mine. La route d’hiver traversera une partie de la formation de karst que souhaite protéger la SNAP. « Si nous prenons trop de temps avant l’agrandissement du parc, la menace pressante de la mine Prairie Creek se concrétisera », s’inquiète Alison Woodley.
Selon elle, en plus de perturber l’écosystème, la mine de zinc présente un risque de contamination potentiel. « Beaucoup de contaminants ont déjà été stockés à la mine, parmi lesquels du cyanure et des BPC. Nous craignons que des déversements ne se produisent », indique-t-elle.
Le sol du site de Prairie Creek est également caractérisé par la présence de mercure. La SNAP craint qu’en entreprenant des travaux miniers ce mercure puisse se déverser dans les cours d’eau du bassin versant. Cette possibilité est d’autant plus inquiétante, estime Mme Woodley, que les environs du parc Nahanni sont sujets à des glissements de terrains et à des tremblements de terre. « Les tremblements de terre les plus importants de l’histoire récente du Canada se sont tous produits dans la région de Nahanni », note-t-elle.
C’est pourquoi l’organisme de conservation de la nature demande au gouvernement fédéral d’agir au plus vite pour parachever la protection du bassin versant de la rivière Nahanni. « C’est un endroit à risque très élevé et c’est également un écosystème d’une très grande valeur. Alors nous ne croyons pas que nous devrions mettre en péril l’avenir de ce site de renommée internationale pour une mine.[…] Nous avons dès maintenant besoin d’un engagement du gouvernement fédéral pour que le bassin versant soit protégé en entier et que le projet de mine soit abandonné afin qu’il ne contamine pas ce site patrimonial », insiste Mme Woodley.
De père en fils
Le choix de Justin Trudeau comme porte-étendard de la campagne pour la protection du bassin versant de la Nahanni n’est pas innocent. Le parc Nahanni est souvent perçu comme un des héritages les plus importants laissés par le père de Justin.
C’est en effet en 1976, alors que Pierre Elliot Trudeau était premier ministre du Canada, que le parc national a été créé. L’histoire veut que ce soit après avoir pagayé la Nahanni en compagnie du légendaire canoteur Bill Mason que l’inflexible premier ministre a mandaté son ministre des Affaires Indiennes de l’époque, Jean Chrétien, de faire protéger la rivière et ses abords.
En 2003, Justin Trudeau a, à son tour, bravé les flots sauvages qui traversent les monts Mackenzie. C’est depuis ce temps qu’il milite en faveur d’un agrandissement du parc qu’il considère comme un des sites les plus impressionant au pays. « Plutôt que d’aller aux États-Unis, voir le Grand Canyon, les Canadiens devraient venir ici. C’est encore plus impressionnant que le Grand Canyon », confiait-il enthousiate à l’Aquilon après avoir descendu la rivière pour la première fois. Le parc de Nahanni est un site patrimonial mondial de l’UNESCO depuis 1978.