Une petite délégation ténoise a porté la voix du Nord à la conférence internationale sur les changements climatiques, la COP27, qui a réuni près de 50 000 participants.
La délégation officielle du Canada à la COP27, conférence qui s’est tenue du 6 au 20 novembre 2022 en Égypte, comptait 266 membres, dont cinq des Territoires du Nord-Ouest (TNO). La priorité des délégués ténois : faire entendre la voix du Nord dans le débat mondial. En effet, l’Arctique se réchauffe quatre fois plus vite que le reste de la planète et certains des impacts les plus importants du changement climatique, prévus d’ici 2050 ailleurs dans le monde, y ont déjà été observés.
Les Territoires du Nord-Ouest ont profité d’une nouvelle tribune pour ce faire : pour la première fois dans l’histoire récente, le gouvernement du Canada avait un pavillon à la Conférence des Parties (COP) à la Convention-cadre des Nations Unies. « C’était un espace unique pour lever la voix, pour décrire les impacts qu’on vit, pour parler des défis à relever et des actions qu’on pose, et pour apporter la perspective du Nord à la table, le tout en réseautant », dit Cory Doll, gestionnaire pour le changement climatique et la qualité de l’air au ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles des Territoires du Nord-Ouest, qui en est à sa deuxième participation à une COP.
Plus de 35 000 personnes ont participé à la COP27. (Courtoisie Monique Chapman)
De jeunes Canadiens parlent d’éducation climatique avec le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, à la COP27. (Courtoisie Monique Chapman)
Près de 50 000 personnes et 195 pays ont pris part à la COP27. Il y avait une centaine de pavillons d’ONG, d’entreprises ou de pays et chacun tenait des évènements – à lui seul, le pavillon canadien en avait quelque 80. Les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon y ont présenté une conférence commune sur la « résilience climatique du Nord grâce aux partenariats ». Celle-ci, cependant, n’a pas attiré foule.
Selon Monique Chapman, déléguée jeunesse autochtone pour les TNO à la COP27, « moins d’une dizaine de personnes y ont assisté ». La jeune femme, analyste de la réduction des déchets au sein du gouvernement, s’en est étonnée : « Ce qu’on vit sera vécu par le reste du monde, j’aurais cru que plus de gens seraient intéressés ».
Mais ce qui importe le plus, selon Cory Doll, ce n’est pas le succès de la conférence, mais bien celui des échanges tout au long de la COP27. « D’être sur place nous permet d’engager la conversation sur les circonstances uniques qu’on vit dans le Nord. D’avoir autant de temps face à face avec des leadeurs fédéraux et provinciaux est une opportunité pour mettre en lumière nos problématiques. Ottawa a publié récemment sa Stratégie nationale d’adaptation du Canada sur laquelle il y a beaucoup à construire pour aller de l’avant », continue-t-il.
La délégation ténoise comptait aussi Erin Kelly, sous-ministre au ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles des Territoires du Nord-Ouest, Phoebe Rabesca, membre du Conseil sur le changement climatique des TNO pour le gouvernement Tli?cho et représentante autochtone, ainsi que Reegan Jungkind, déléguée jeunesse pour les TNO.
Originaire de Hay River et aujourd’hui étudiante à l’Université d’Alberta, Reegan Jungkind a joint sa voix à celles des autres délégués ténois : « L’un de mes objectifs était de m’assurer que les gens prêtent attention à ce qui se passe dans le Nord, afin que nous puissions obtenir du soutien du reste du pays. Nous avons peu de poids à l’échelle nationale et peu de Canadiens savent à quel point on est touché. »
Les délégués ténois interviewés se réjouissent d’une chose : que les gens avec qui ils ont parlé aient pu mettre des visages et des noms sur l’impact des changements climatiques dans le Nord.
Monique Chapman et Reegan Jungkind, à la COP27. (Courtoisie GTNO)
« Il faut plus de diversité »
Si Monique Chapman a eu l’impression d’être entendue comme déléguée autochtone jeunesse, elle se désolait cependant d’être l’une des rares jeunes et l’une des rares autochtones dans la délégation officielle canadienne. En effet, on ne compte que cinq « délégués jeunesse » et très peu de représentants autochtones dans la liste de 266 membres de la délégation publiée par le gouvernement fédéral. « Ça en dit long sur le Canada. Il faut plus de diversité », affirme-t-elle.
En 2021, lors de la COP26, les TNO avaient par ailleurs été critiqués de n’avoir aucun délégué autochtone au cœur de sa délégation. Deux sur cinq l’étaient cette année. Monique Chapman a passé une grande partie de la COP27 à échanger avec des autochtones de partout dans le monde, qui, même s’ils ne représentent que 5 % de la population mondiale, sont disproportionnellement touchés par les changements climatiques.
Une table ronde sur le colonialisme, le changement climatique et les peuples indigènes s’est tenue au pavillon des peuples autochtones lors de la COP27. (Courtoisie Monique Chapman)
Reegan Jungkind était déçue, elle aussi, de voir aussi peu de délégués jeunesse à la COP27. « C’est essentiel que les jeunes soient impliqués, c’est de notre futur qu’il s’agit et c’est terrifiant. »
Les jeunes ténois pourront au moins faire entendre leur voix à l’échelle territoriale. En effet, ceux âgés de 18 à 30 ans ont été invités par le gouvernement territorial, fin novembre, à poser leur candidature pour faire partie du nouveau Groupe consultatif jeunesse sur le climat. Ce futur groupe de 12 jeunes conseillera et collaborera avec le Conseil du changement climatique des TNO qui compte du personnel non élu des gouvernements et des organismes autochtones, des représentants des collectivités ténoises et du GTNO, ainsi que des partenaires externes.
Une façon pour le gouvernement territorial de reconnaitre que les jeunes sont au front de la lutte contre le changement climatique.
Briefing de la délégation canadienne avec le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, à la COP27 (Courtoisie Monique Chapman)