Entreprise fondée par Jake Olson, Arctic Duchess Adventures développe des expériences hivernales axées sur le contraste des extrêmes, entre chaleur, froid et temps de récupération.
Ce dont Jake Olson se souvient d’abord, ce n’est pas le froid. C’est ce qui vient après. « Je remarquais que j’étais beaucoup plus calme pendant quelques jours après, dit-il. Tout semblait un peu plus clair. »
Cette sensation, le calme qui suit le choc, est au cœur de l’expérience de thérapie par le chaud et le froid proposée par Arctic Duchess Adventures, sur le Grand Lac des Esclaves, pas loin de l’île Jolliffe et des maisons bateaux. Installé sur la glace, à une minute à peine du vieux Yellowknife, le site invite à une rencontre assumée avec les extrêmes : la chaleur, le froid, et l’entre-deux.
Propriétaire de l’établissement, Jake Olson a découvert le sauna et le bain froid il y a plusieurs années, grâce à un sauna communautaire flottant dans la baie de Yellowknife. Même en été, l’eau du lac restait saisissante. Ce qui l’a marqué, ce n’était pas l’exploit, mais l’effet. « On savait que c’était spécial, se souvient-il. Et évidemment, on se sent incroyablement bien après. »
L’Arctic Duchess, ancien navire de la Garde côtière canadienne construit en 1961, est aujourd’hui amarré sur le Grand lac des Esclaves et sert de point d’ancrage aux activités d’Arctic Duchess Adventures
Une idée née sur la glace
Lorsqu’il a acquis l’Arctic Duchess, un ancien navire de la Garde côtière de 150 tonnes chargé de plusieurs décennies d’histoire nordique, Olson imaginait d’abord des activités d’observation des aurores ou de location pour des événements. Mais le bateau demandait du temps. La glace, elle, était déjà là. « Qu’est-ce que je pouvais faire qui n’était pas nécessairement sur le bateau, mais sur la glace à côté ? », se rappelle-t-il s’être demandé.
La première saison était modeste : un sauna, des tentes de pêche sur glace servant de vestiaires, et un bassin de bain froid fabriqué à partir d’un réservoir en fibre de verre récupéré. La sécurité et l’accessibilité étaient prioritaires. « On essayait de créer la manière la plus accessible possible de vivre cette expérience », explique le propriétaire avant d’ajouter : « Et la plus sécuritaire. »
Apprivoiser les extrêmes
Depuis, les installations se sont développées. Aujourd’hui, quatre saunas chauffés au bois atteignent entre 60 et 90 degrés Celsius. L’eau du bassin de plongée, à ciel ouvert, oscille juste au-dessus du point de congélation. De grandes tentes chauffées offrent un espace neutre pour récupérer. L’expérience suit un rythme simple. « On encourage un cycle en trois étapes, explique Jake Olson. On commence par la chaleur, puis un bain froid rapide, et puis la tente de relaxation. »
Pour les nouveaux participants, l’immersion dans l’eau ne dure parfois que quelques secondes. « Pas plus de dix secondes », précise-t-il. L’objectif n’est pas la performance, mais l’écoute du corps. « Ce premier cycle dit exactement à ton corps dans quoi tu t’embarques. »
Il reste prudent quant aux bienfaits avancés. « Je ne pense pas que ce soit absolument pour tout le monde », dit-il, rappelant que des étourdissements peuvent survenir si les transitions sont trop rapides. Pour lui, le stress est justement au coeur du processus – mais lorsqu’il est maîtrisé. « Tu mets ton corps dans une situation stressante mais dans un environnement sécuritaire », dit-il.
Une participante immergée dans l’eau à quelques degrés au-dessus du point de congélation.
Un rituel devenu local
Ce qui l’a le plus surpris, c’est la réponse de la communauté. Bien que Arctic Duchess soit enregistrée comme entreprise touristique, la majorité de la clientèle est locale. La saison dernière, environ 70 % des participant.e.s venaient de Yellowknife. « Ça montre à quel point c’est important pour les gens de Yellowknife d’avoir accès à ce genre d’expérience », souligne Jake Olson.
Les réactions diffèrent au départ. Les résidents sont plus calmes. Les touristes hésitent davantage. Mais après le bain, le constat est souvent le même. « Il y a ce soulagement, dit-il. Ce n’était pas si fou que ça. Et ça faisait du bien. »
Sur la glace, entre la vapeur et le silence, c’est ce calme-là que beaucoup semblent emporter avec eux.
