Le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles était de passage à Yellowknife à l’occasion de la Journée internationale de la francophonie, le 20 mars dernier. Lors de cette visite, il a rencontré plusieurs organismes francophones, dont la Fédération franco-ténoise, pour échanger sur les enjeux locaux. Il a accordé une entrevue à Médias ténois.
Vous êtes à Yellowknife pour rencontrer la Fédération franco-ténoise et d’autres acteurs de la communauté. Qu’est-ce que vous êtes venu écouter ou apprendre pendant cette visite ?
En tant que ministre responsable des langues officielles, c’est important de m’assurer que je côtoie, que je rencontre les gens qui ont à cœur le français. Des personnes qui sont du milieu, surtout à Yellowknife, où il y a quand même une belle communauté qui parle et vit sa vie en français. Dans le contexte de notre stratégie sur les langues officielles, qu’on a financé à concurrence de 4 milliards de dollars, mon rôle comme ministre fédéral est de m’assurer que cette stratégie marche, notamment dans l’accueil des nouveaux immigrants où on a augmenté la cible des immigrants francophones de 3 à 4 % il y a quelques années. On vise le 12 %, donc ce n’est pas rien. Il faut s’assurer que cette intégration soit réussie, que ce soit dans les Territoires du Nord-Ouest ou dans n’importe quel autre territoire ou province. C’est immensément important que je puisse avoir des témoignages et des rencontres avec les gens qui ont justement à cœur une communauté francophone, qui puisse s’y intégrer, surtout dans le contexte de cette nouvelle migration de plus en plus de francophones dans les Territoires du Nord-Ouest.
Quand vous rencontrez des organismes comme la Fédération Franco-Ténoise ou d’autres groupes francophones du Nord, quels sont les messages qui reviennent le plus souvent ?
Sans adresser de règles trop générales, il y a toujours des enjeux de financement. Oui, je suis un représentant du gouvernement fédéral, un ministre, donc je me fais très souvent demander de l’argent. Mais c’est sans minimiser l’ampleur du défi. Le français a beau être la quatrième, cinquième langue la plus parlée au monde, il n’y aurait pas de raison pour laquelle on ne puisse pas s’assurer sa pérennité au Canada, mais c’est une langue qui est toujours menacée dans une mer anglophone, surtout avec la culture américaine-anglophone omniprésente. Il s’agit d’être aux aguets, d’assurer que les communautés, surtout les petites entourées de cette réalité, puissent avoir l’appui du fédéral. De voir et de savoir quelles sont les priorités. Ça dépend donc de la région dans laquelle je me trouve et de la pénétration du français dans la communauté. (On discute) de l’intégration à la communauté, école, soins en santé et les besoins qui sont souvent des droits de la communauté francophone (qui doivent être) respectés non seulement par le fédéral, mais aussi par le gouvernement territorial.
Quelle est, pour vous, la priorité numéro 1 quand on parle de défense du français en contexte minoritaire ?
S’assurer que les gens puissent s’exprimer dans la langue de leur choix bilingue, dans un pays qui est bilingue. Évidemment, on parle plus souvent du français que l’anglais. La situation minoritaire de l’anglais au Québec me préoccupe aussi. C’est ma responsabilité en tant que ministre, mais on parle surtout des petites communautés en dehors du Québec qui étaient en situation de déclin démographique, mais qui ont besoin et le droit, le devoir, l’obligation de faire respecter leurs droits sous la Constitution ou sous les autres instruments législatifs. Ce qui me préoccupe et ce qui devrait préoccuper beaucoup de Canadiens, c’est qu’on a vraiment misé très fort sur l’intégration des nouvelles communautés accueillantes francophones. Et avec cette nouvelle augmentation des cibles françaises francophones à travers le pays, on a un besoin accru d’intégration et de vivre ensemble. Donc, c’est un défi de taille. Je pense qu’on peut relever comme nation qui a à cœur, évidemment, le fait qu’elle soit bilingue.
Quand vous pensez à une communauté comme celle de Yellowknife, qu’est-ce que le gouvernement fédéral doit faire de plus que de simplement réaffirmer son appui à la francophonie ?
On vient justement de ratifier avec les Territoires du Nord-Ouest une entente immensément importante en éducation francophone. Ça fait partie de notre stratégie francophone. Et aussi, le fait de s’assurer que les droits des francophones ici soient respectés. Et donc, cette vigilance est de mise. Et de s’assurer que ce volume d’immigration francophone, que nous avons quand même augmenté, soit bien intégré dans les communautés. (Il faut) qu’on fasse le suivi pour s’assurer que les provinces, les territoires jouent leur rôle, leur responsabilité. Sachez que quand on parle d’intégration et d’accueil et de vivre ensemble, il y a une bonne partie de l’intégration quand on parle de la juridiction qui est assurée et assumée par l’entité territoriale, c’est-à-dire le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest.
Plusieurs organismes disent vous trouver « pragmatique et à l’écoute ». Concrètement, ça veut dire quoi, pour vous, être un ministre pragmatique des Langues officielles?
C’est gentil que les gens disent que je suis pragmatique, mais il faut aussi être idéaliste parce que parler les langues officielles, c’est aussi rêver et encourager les gens à s’exprimer dans leur langue officielle. Et même d’aller dans leur zone d’inconfort, c’est-à-dire de faire un effort supplémentaire pour renforcer l’identité nationale qui est notre pays bilingue. Ça veut dire aussi ne pas nécessairement promettre la lune à tout le monde, mais c’est de trouver des solutions pratiques, et trouver des effets de levier pour s’assurer qu’on ne doit pas déplacer de l’argent inutilement.
Quand vous serez jugé dans un an ou deux par les francophones en situation minoritaire, qu’aimeriez-vous qu’ils puissent dire de votre passage à ce ministère ?
Je laisserai l’histoire juger mon leg. Je n’aime pas parler de leg du tout parce que ça veut dire que je ne suis plus dans l’action. J’aime ça être dans l’action, j’adore mon travail. Mais j’aimerais évidemment, en toute humilité que les gens pensent que j’ai vraiment fait l’effet maximal pour m’assurer que, dans le petit temps qui m’a été réservé en tant que ministre, que je me suis assuré que ce pays soit vraiment un pays bilingue qui est fier de notre histoire, mais aussi fier de notre avenir.
