le Lundi 11 mai 2026
le Lundi 11 mai 2026 7:02 Actualités

Après Inuvik, Fort Smith perd aussi son immersion française

La fin de l’immersion française à Fort Smith survient quelques semaines après une décision semblable à Inuvik, ravivant les inquiétudes sur l’accès au français dans les petites communautés ténoises.  — Photo iStock
La fin de l’immersion française à Fort Smith survient quelques semaines après une décision semblable à Inuvik, ravivant les inquiétudes sur l’accès au français dans les petites communautés ténoises.
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À la rentrée, l’école Joseph Burr Tyrrell mettra fin à son offre bilingue. Cette décision ravive les inquiétudes sur l’accès au français dans les petites localités ténoises.

Après Inuvik, Fort Smith perd aussi son immersion française
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Quelques semaines après Inuvik, une autre communauté ténoise voit disparaitre son programme d’immersion française. L’École Joseph Burr Tyrrell, à Fort Smith, ne reconduira pas l’immersion française à la rentrée prochaine, une décision qui ravive les inquiétudes sur l’accès au français dans les petites communautés des Territoires du Nord-Ouest.

La nouvelle a d’abord été rapportée par ICI Radio-Canada. Selon les informations transmises aux parents, l’administration scolaire invoque d’importantes contraintes, dont la perte de postes d’enseignants et d’assistants aux élèves, dans un contexte de pressions financières liées notamment aux changements au financement du principe de Jordan.

L’administration scolaire de district de Fort Smith aurait approuvé un plan de dotation qui ne prévoit pas d’immersion française de la prématernelle à la 6e année pour la prochaine année scolaire. Les élèves auront toujours accès à des cours de français langue seconde, mais l’offre ne correspondra plus à un programme d’immersion.

Une offre fragile

Pour François Rouleau, directeur général de la Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest, cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de fragilité de l’offre en français.

Selon lui, qu’il s’agisse d’immersion, de français langue seconde ou de français langue première, ces parcours répondent à des aspirations légitimes de familles qui reconnaissent la valeur du bilinguisme et de la dualité linguistique canadienne.

M. Rouleau dit comprendre que les autorités scolaires majoritaires doivent parfois prendre des décisions difficiles dans un contexte de contraintes budgétaires. Il estime toutefois que la situation « illustre néanmoins la fragilité de l’offre en français en milieu minoritaire et l’importance d’une planification à long terme pour assurer sa pérennité ».

De l’immersion aux droits

La décision de Fort Smith survient peu après celle du Beaufort-Delta Divisional Education Council, qui a confirmé la fin de l’immersion française au primaire à Inuvik. Interrogée récemment par Médias ténois à ce sujet, la ministre de l’Éducation, Caitlin Cleveland, avait dit comprendre les préoccupations des familles francophones, tout en rappelant que « les décisions opérationnelles, comme les programmes d’immersion française dans des écoles précises, relèvent des organismes scolaires ».

À Fort Smith, l’enjeu touche aussi la question de l’éducation en français langue première. Des parents réclament depuis plusieurs années un accès à un tel programme dans la communauté, et une démarche judiciaire est en cours à ce sujet.

M. Rouleau souligne toutefois que, de manière générale, « toute réduction de l’offre en français langue seconde met en lumière l’importance d’assurer un accès structuré, stable et équitable à l’éducation en français langue première pour les ayants droit ».

Un appel à collaborer

L’inquiétude dépasse aussi le cadre local. Dans un communiqué publié le 1er mai, Canadian Parents for French a appelé à une solution collaborative pour protéger les programmes d’immersion française aux TNO. L’organisme disait alors s’inquiéter de décisions récentes touchant l’accès à l’immersion dans le territoire.

« L’accès à l’éducation en français langue seconde est une pierre angulaire du bilinguisme canadien et ne devrait jamais être déterminé par le code postal d’un élève », a déclaré Sarah Clark, présidente de CPF Alberta et Territoires du Nord-Ouest.

Michael Tryon, directeur général de Canadian Parents for French pour l’Alberta et les TNO, dit comprendre les contraintes auxquelles font face les conseils scolaires, surtout lorsque les effectifs sont faibles. Il rappelle toutefois que, dans certaines communautés, l’immersion peut représenter la seule option éducative en français pour certaines familles.

Inclusion, mais pas immersion

La disparition de l’immersion à Fort Smith arrive aussi au moment où le gouvernement territorial promet au moins 30 millions de dollars pour stabiliser l’inclusion scolaire. Interrogé par Médias ténois sur la possibilité que ce financement aide les organismes scolaires à préserver certains programmes ou services en français, le ministère de l’Éducation répond toutefois que ce n’est pas l’objectif de cette enveloppe. « Non, ce financement n’est pas alloué aux programmes ou aux services en français », indique le ministère.

Selon le ministère, ces fonds doivent plutôt stabiliser les soutiens destinés aux élèves ayant besoin d’aide pour accéder à l’éducation, notamment par des assistants aux élèves, des enseignants de soutien aux programmes, des services de santé mentale, des soutiens spécialisés et des services thérapeutiques ou de réadaptation. Les programmes en français, précise-t-il, continuent d’être soutenus par d’autres cadres, dont l’Entente Canada–Territoires du Nord-Ouest relative à l’enseignement dans la langue de la minorité et à l’enseignement de la langue seconde.

Pour la CSFTNO, ces investissements devraient néanmoins tenir compte des besoins particuliers des élèves francophones. « Il est essentiel que les nouveaux investissements permettent non seulement de répondre aux besoins généraux en inclusion scolaire, mais aussi de corriger les inégalités d’accès vécues par les élèves francophones », affirme M. Rouleau.