Cette année, le Conseil de l’Arctique fête ses 30 ans. Malgré un contexte international complexe, la présidence danoise rappelle que l’héritage du Conseil de l’Arctique est immense, sa pertinence et sa capacité d’action restent toujours d’actualité. « Le Conseil de l’Arctique est devenu un forum indispensable non seulement pour la coopération dans l’ensemble de la région circumpolaire nordique, mais aussi pour le développement des connaissances, les recommandations politiques et les actions concrètes ayant un impact réel sur les communautés arctiques. La structure unique mise en place il y a 30 ans garantit la participation des peuples autochtones à tous les niveaux, ce qui s’est avéré inestimable pour le Conseil. À une époque où tous les regards sont tournés vers l’Arctique, le travail du Conseil est véritablement pour l’Arctique, par l’Arctique », a déclaré Kenneth Høegh, président du Conseil de l’Arctique pour le Royaume de Danemark, lors d’un discours prononcé à la réception marquant le 30e anniversaire du Conseil de l’Arctique.
Des années marquées par des turbulences
En février 2022, suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, toutes les activités et tables rondes du Conseil de l’Arctique avaient été suspendues. En revanche, la Russie, qui était alors à la présidence du Conseil, avait organisé une passation de flambeau avec la Norvège le 11 mai 2023. Ceci démontre que la coopération s’est maintenue de facto au sein de la structure, selon Thierry Rodon, professeur au département de sciences politiques de l’Université Laval : « Le Conseil de l’Arctique ne peut pas fonctionner sans tous ses membres. Les décisions sont prises par consensus, il faut donc que tous les membres participent aux prises de décision. Évidemment, il fonctionne maintenant de façon plus virtuelle », explique-t-il lors d’une entrevue.
Pour Soffia Gudmundsdottir, secrétaire exécutive du Groupe de travail sur la protection de l’environnement marin de l’Arctique (PAME), le Conseil de l’Arctique est devenu le pilier de la coopération scientifique et environnementale dans l’Arctique au cours des trois dernières décennies. « Sa plus grande réussite a été d’établir une collaboration durable, fondée sur la confiance, entre les États de l’Arctique, les participants permanents autochtones et les experts scientifiques de toute la région », déclare-t-elle.
En effet, les groupes de travail et de recherche sur la conservation de la faune et de la flore, les contaminants ou encore la prévention et la réponse aux situations d’urgence sont demeurés actifs et ont poursuivi leurs recherches malgré les tensions géopolitiques. Même si M. Rodon remarque que le mode de rencontre en format virtuel a freiné l’efficacité des travaux, il n’en demeure pas moins que ces programmes sont toujours en place aujourd’hui.
Le Conseil de l’Arctique a été créé à Ottawa le 19 septembre 1996 par la signature de la Déclaration sur la création du Conseil de l’Arctique, aussi appelée Déclaration d’Ottawa.
États-Unis, un état réticent ?
Le gouvernement des États-Unis, sous l’administration Trump, pose malgré tout un défi au sein du Conseil de l’Arctique. La relation complexe et historique que cet État entretient avec l’organisation, depuis sa création, complique les discussions actuelles.
Lorsque l’idée de la créer a été évoquée dans les années 1980, la réaction des États-Unis a été décrite comme hostile par les observateurs.
Cet état a alors invoqué qu’un tel Conseil ferait double emploi avec d’autres instances internationales et risquerait d’exclure les États non arctiques. Par ailleurs, les États-Unis n’aiment pas se contraindre par des institutions multilatérales, précise Thierry Rodon. Les questions de sécurité militaire étant de toute façon exclues des discussions, la force du Conseil de l’Arctique réside dans le fait qu’il n’a pas de pouvoir et demeure un canal de communication entre les pays qui bordent l’Arctique.
Les organismes autochtones, une présence vitale
L’une des forces du conseil, dont la structure et le mode de fonctionnement n’existent nulle part ailleurs, est la participation et l’implication des six organismes autochtones représentant les différents groupes de l’Arctique circumpolaire. Selon le Conseil, ce sont les peuples autochtones qui ont donné un visage humain à la coopération dans l’Arctique depuis les 30 dernières années. « La prise de conscience des besoins, des défis et des opportunités des populations s’est considérablement accrue au cours de ces trois décennies. Après avoir simplement demandé une place à la table, nous sommes aujourd’hui des contributeurs actifs au Conseil de l’Arctique », a déclaré Gunn-Britt Retter, chef de la délégation du Conseil Sami, le 6 février dernier.
Quelles menaces pèsent sur l’avenir du Conseil ?
Il n’y a pas de réponse simple à cette question, selon M. Rodon qui note cependant l’absence de menaces à court terme sur le Conseil de l’Arctique. « Évidemment, l’avenir du Conseil de l’Arctique va dépendre de l’évolution d’autres enjeux internationaux, et notamment de la position des États-Unis et de la guerre en Ukraine. Et ça, c’est très difficile de prévoir comment ça va évoluer », explique-t-il.
L’adaptabilité et la résilience sont incontestablement des forces du Conseil qui lui a permis de se maintenir à flot. Aujourd’hui, malgré l’absence de réunions en présentiel, les groupes de travail ont fait preuve d’une forte résilience institutionnelle, souligne Soffia Gudmundsdottir.
« Ils se sont adaptés et sont passés à une collaboration hybride et virtuelle, en s’attachant à maintenir la continuité scientifique grâce à des structures de groupes de travail bien établies, à des réseaux d’experts et à des mandats convenus », conclut-elle.
