Dans plusieurs régions hors Québec, l’accès aux livres en français reste freiné par une offre locale limitée, des délais variables et des frais d’envoi parfois élevés. Les libraires cherchent maintenant à élargir leur modèle numérique à l’échelle canadienne. De passage à Yellowknife, Simon de Jocas, chargé du développement de la Francophonie canadienne pour leslibraires.ca et booksellers.ca, est venu expliquer ce que cette option peut changer pour les lecteurs et lectrices vivant loin des grands centres.
Un manque persistant
Pour lui, le problème ne date pas d’hier. Pendant plus de trente ans, il a travaillé auprès de communautés francophones et francophiles à travers le pays, notamment dans le milieu de l’éducation. Partout, dit-il, le même constat revenait. « Ce qui revenait régulièrement dans les paroles de ceux qui étaient directement engagés dans les communautés francophones, c’était l’absence de livres », explique-t-il.
Il précise toutefois que le problème touche moins les manuels scolaires, généralement fournis par les ministères de l’Éducation, que les livres de lecture courante : albums jeunesse, romans, essais ou ouvrages scientifiques. « Là où il y avait un problème criant, c’était l’accès à du livre », résume-t-il.
En 2012, il avait même envisagé une librairie ambulante pour rejoindre les écoles francophones. Cette réflexion l’a finalement mené vers un autre rôle dans la chaine du livre : l’achat de la maison d’édition Les 400 coups, qu’il a dirigée jusqu’à très récemment.
Les librairies comme réseau
La solution qu’il présente aujourd’hui repose sur un modèle utilisé au Québec depuis une quinzaine d’années. Plutôt que de centraliser les livres dans un seul entrepôt, les plateformes s’appuient sur les stocks des librairies indépendantes participantes. Lorsqu’un client commande en ligne, les livres peuvent être expédiés par une librairie qui les possède déjà en stock.
L’un des éléments les plus concrets pour les lecteurs du Nord concerne la livraison. Simon de Jocas affirme que la livraison gratuite à partir de 49 $ s’applique partout au Canada, y compris à Yellowknife. « Absolument. Partout. Le Canada au grand complet », dit-il.
Il reconnait toutefois que le fonctionnement comporte des limites. Si une commande est répartie entre plusieurs librairies, chacune est traitée séparément : les frais et les délais peuvent donc varier selon les stocks disponibles et le montant de chaque envoi.
Une alternative aux géants du web
L’enjeu dépasse aussi la livraison. Simon de Jocas insiste sur la nécessité de soutenir une infrastructure canadienne du livre, alors qu’une grande partie des achats en ligne passe aujourd’hui par de grandes plateformes étrangères. Il évite de les nommer, mais souligne que ces entreprises « grugent une bonne partie de l’économie canadienne » et fragilisent les librairies indépendantes.
À ses yeux, l’objectif n’est pas de dicter aux lecteurs où acheter leurs livres. Il s’agit d’abord de faire connaitre une possibilité souvent ignorée. « La découvrabilité est l’élément clé dans une prise de décision, insiste-t-il. C’est vraiment le seul message qui doit rester. C’est que vous avez une autre option. À vous maintenant de choisir laquelle vous voulez. »
Cette découvrabilité vaut aussi pour les auteur.ice.s et éditeur.ice.s franco-canadien.ne.s, dont les ouvrages peinent parfois à trouver une place dans les grands circuits de distribution. Les plateformes pourraient, selon lui, offrir une vitrine plus accessible aux maisons d’édition de l’Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan ou du Nouveau-Brunswick. « On soutient nos librairies locales, canadiennes », résume-t-il.
Pour Simon de Jocas, cette option ne remplace pas les autres façons d’acheter des livres. Elle ajoute plutôt un choix dans un paysage où, pour plusieurs francophones hors Québec, l’offre reste encore limitée.
