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le Jeudi 23 avril 2026 16:11 Politique

Timber Bay : R.J. Simpson présente ses excuses, Łutsël K’é juge le geste insuffisant

R.J. Simpson a reconnu le tort causé à Łutsël K’é, tout en réaffirmant que l’intervention de 2022 reposait, selon lui, sur des motifs valables. — Photo Cristiano Pereira
R.J. Simpson a reconnu le tort causé à Łutsël K’é, tout en réaffirmant que l’intervention de 2022 reposait, selon lui, sur des motifs valables.
Photo Cristiano Pereira

Quatre ans après le raid mené lors d’un camp culturel, le premier ministre ténois a reconnu le traumatisme vécu sur place. Son intervention a cependant été rejetée par la Première Nation.

Timber Bay : R.J. Simpson présente ses excuses, Łutsël K’é juge le geste insuffisant
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Le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest, R.J. Simpson, a présenté le 7 avril dernier des excuses à la population de Łutsël K’é pour les répercussions de l’intervention menée en 2022 par des agents de la faune à Timber Bay. Sa déclaration n’a toutefois pas apaisé les tensions avec la Première Nation des Dénés de Łútsël K’é, qui a jugé la démarche insuffisante et mal adaptée à ce qu’elle réclamait depuis plusieurs années.

Le raid de 2022

L’affaire remonte au 13 septembre 2022. Ce jour-là, des agents de la faune sont intervenus à Timber Bay, sur le lac Artillery, pendant un camp culturel réunissant des membres de la communauté. Selon la Première Nation, les agents ont fouillé pendant des heures des tentes familiales et des tipis dans une opération vécue comme une intrusion brutale. La communauté a affirmé que des enfants en sont sortis en pleurs et que des aîné.e.s en ont été profondément marqués.

À l’époque, le gouvernement territorial soutenait que les agents exécutaient un mandat de perquisition dans le cadre d’une enquête sur du caribou récolté illégalement dans la zone de gestion du noyau mobile, où la chasse est interdite afin de protéger la harde de Bathurst. Ce mandat a par la suite été annulé par la Cour suprême des Territoires du Nord-Ouest.

Des regrets, sans recul sur le fond

Dans sa déclaration, R.J. Simpson a indiqué vouloir « s’adresser directement à la population de Łutsël K’é, aux aîné.e.s, aux familles et aux jeunes présents à Timber Bay ». Il a dit comprendre qu’il s’agissait d’« une expérience bouleversante pour de nombreuses personnes de la collectivité » et a ajouté : « J’en suis désolé. »

Mais le premier ministre ne s’est pas limité à reconnaitre les effets de l’intervention. Il a aussi tenu à en défendre les fondements. Il a évoqué « des éléments de preuve crédibles indiquant des pratiques de chasse illégale dans une aire protégée », du gaspillage de viande sur le site, ainsi qu’une analyse ADN ayant, selon lui, confirmé « un lien entre les caribous abattus et la viande trouvée au campement ».

Łutsël K’é rejette la démarche

C’est cette double ligne qui a nourri la réaction négative de Łutsël K’é. Dans des propos rapportés notamment par CBC et Cabin Radio, le chef James Marlowe a jugé les excuses insuffisantes et peu sincères. Selon lui, le premier ministre aurait dû se rendre dans la communauté pour s’adresser directement aux personnes touchées, plutôt que de diffuser une déclaration à distance. Il a également soutenu qu’une visite à Łutsël K’é avait déjà été envisagée auparavant dans une perspective plus large de guérison et de réconciliation. Au moment de publier ces lignes, le chef n’avait pas encore répondu aux sollicitations de Médias ténois.

Au-delà de Timber Bay

Au-delà de la question des excuses, la déclaration de R.J. Simpson a aussi cherché à élargir le débat. Après avoir abordé Timber Bay, le premier ministre a ramené la discussion vers d’autres enjeux soulevés par Łutsël K’é, notamment le logement, la santé, le mieux-être communautaire et la gestion du caribou. Il a rappelé certains investissements du GTNO dans la collectivité et a reconnu que les progrès « n’ont pas toujours été ressentis » et que les attentes « n’ont pas toujours été satisfaites ».

Il a ensuite inscrit cette affaire dans un cadre plus large, celui des grands projets et du développement du Nord. Selon lui, ces discussions devaient se faire « dans ce même esprit de partenariat » et représentaient « une réelle occasion » de créer des retombées concrètes pour les collectivités.

Cet élargissement du propos n’était pas anodin. Du côté de Łutsël K’é, le mécontentement dépassait déjà depuis longtemps le seul dossier de Timber Bay. Avant même la déclaration du premier ministre, James Marlowe avait menacé de refuser son appui à certains grands projets si le gouvernement territorial ne répondait pas à ses demandes.