le Lundi 18 mai 2026
le Lundi 18 mai 2026 7:34 Politique

Le Nord au-delà du militaire

Le premier ministre Mark Carney a récemment annoncé, à Yellowknife, d’importants investissements fédéraux dans le Nord. Pour la Fédération canadienne des municipalités, ces sommes devraient aussi soutenir les collectivités locales, notamment en logement, en infrastructures et en services essentiels.  — Photo Cristiano Pereira
Le premier ministre Mark Carney a récemment annoncé, à Yellowknife, d’importants investissements fédéraux dans le Nord. Pour la Fédération canadienne des municipalités, ces sommes devraient aussi soutenir les collectivités locales, notamment en logement, en infrastructures et en services essentiels.
Photo Cristiano Pereira

La Fédération canadienne des municipalités appelle Ottawa à investir aussi dans les communautés qui font vivre l’Arctique canadien. Logement, eau potable, routes et services locaux deviennent des enjeux stratégiques.

Le Nord au-delà du militaire
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Alors qu’Ottawa prévoit d’importants investissements en défense et en sécurité dans le Nord et l’Arctique, la Fédération canadienne des municipalités (FCM) appelle le gouvernement fédéral à élargir sa définition de la souveraineté. Dans son rapport L’avenir du Nord et de l’Arctique du Canada, l’organisation soutient que la présence canadienne dans le Nord dépend aussi de la capacité des collectivités à loger leur population, fournir des services essentiels et maintenir des infrastructures de base.

Le rapport part d’un constat lourd de conséquences : les trois territoires représentent près de 40 % de la superficie du Canada, mais seulement 0,3 % de sa population. Pour la FCM, cette réalité impose de reconnaitre les gouvernements de proximité comme des acteurs de la souveraineté nationale, au même titre que les investissements plus visibles dans la défense.

Investir là où les gens vivent

« L’armée ne peut pas tout protéger du Grand Nord », a déclaré à Médias ténois Marc Doret, vice-président du conseil d’administration de la FCM.

Selon lui, la sécurité du Nord passe d’abord par des communautés capables de tenir debout. « On a besoin que nos communautés dans le Grand Nord soient assez fortes, que le monde ait des logements abordables et de bonne qualité pour vivre, que tout le monde ait accès à l’eau potable », explique-t-il. Il ajoute que les routes, les aéroports communautaires et les services d’urgence soutiennent aussi les objectifs que le gouvernement fédéral veut atteindre dans la région.

Dans son rapport, la FCM formule la même idée autrement : si Ottawa conçoit la souveraineté comme une simple question de dépenses militaires, il fait fausse route. Des communautés fortes, affirme l’organisation, sont les piliers d’un Canada fort et souverain.

Marc Doret, vice-président du conseil d’administration de la Fédération canadienne des municipalités, estime que la souveraineté canadienne dans l’Arctique doit aussi passer par des investissements dans le logement, les routes et les services locaux.

Courtoisie

Yellowknife comme exemple

Le document accorde une place importante aux enjeux de logement et d’itinérance, présentés comme des questions de bienêtre collectif, mais aussi de sécurité. 

Yellowknife y apparait comme un exemple marquant. Selon les données citées par la FCM, le taux d’itinérance y atteint 1,5 % de la population, soit deux fois celui de Vancouver et six fois celui de Toronto.

Dans les Territoires du Nord-Ouest, 31,7 % de la population seraient aussi sous-logés, et 19 % auraient des besoins impérieux en matière de logement. Pour Marc Doret, ces réalités ne peuvent pas être séparées des discussions sur l’avenir stratégique du Nord.

« Sans avoir une structure où les personnes peuvent vivre d’une manière confortable dans le Grand Nord, le reste ne va pas suivre », dit-il.

Des investissements à double usage

La FCM ne s’oppose pas aux investissements en défense. Elle demande plutôt qu’ils servent aussi les collectivités qui accueillent ou soutiennent ces infrastructures. Le rapport évoque notamment les routes, les ports, les aéroports, les réseaux d’eau potable et d’eaux usées, les installations communautaires et les services d’urgence.

« Ça ne peut pas être seulement un investissement du côté militaire et de l’armée. Il faut qu’il y ait un investissement dans les communautés locales », affirme Marc Doret.

Selon lui, une partie de l’argent annoncé pour le Nord doit être partagée avec les gouvernements locaux, qui connaissent mieux les besoins de leurs territoires. « Les enjeux ne sont pas pareils partout dans le Grand Nord », rappelle-t-il, en citant les différences entre la Baie-James, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon.

Adapter les programmes au Nord

Le rapport souligne aussi que plusieurs petites administrations nordiques manquent de personnel, de ressources techniques et de capacité administrative pour gérer de grands programmes fédéraux. La FCM recommande donc des mécanismes de financement plus souples, plus prévisibles et mieux adaptés aux réalités locales.

Marc Doret estime que la FCM, les municipalités, les provinces, les territoires et les gouvernements autochtones doivent être autour de la même table. Sans cette collaboration, prévient-il, les investissements risquent de rester trop loin des besoins réels. « Si le gouvernement fédéral veut le faire tout seul, ça va être très difficile pour que les sous descendent aux communautés locales du Grand Nord », conclut-il.