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Plus de deux ans après avoir obtenu un financement sur cinq ans du programme national Killam, Jackie Dawson mène une étude collaborative et multidisciplinaire dans le passage du Nord-Ouest. Le but de cette recherche est d’étudier l’augmentation du trafic maritime dans cette région du Canada dont la souveraineté fait toujours l’objet d’un désaccord entre le Canada et les États-Unis.
Même si le projet de recherche de Jackie Dawson est un projet au long cours, plusieurs constats ont été faits sur le lien direct entre l’augmentation du trafic maritime et les changements environnementaux en cours. Par exemple, un mollusque jamais observé auparavant dans la région a été détecté grâce à un échantillonnage d’ADN environnemental, ce qui soulève des inquiétudes quant à la prolifération potentielle de nouvelles espèces dans des eaux qui se réchauffent.
« Pour l’instant, ce n’est pas un problème, mais cela indique qu’avec le réchauffement des océans et l’arrivée des navires, nous risquons d’assister à la propagation de nouvelles espèces. »
Présence accrue d’orques
Par ailleurs, des résidents de Pond Inlet au Nunavut ont observé un nombre grandissant d’orques au large de la communauté de plus de 1500 habitants. La chercheuse, qui travaille en étroite collaboration avec cette communauté, a orienté une partie de ses recherches sur ce phénomène, car les chasseurs s’inquiètent des potentielles répercussions sur les populations de narvals qui font partie de leur régime alimentaire traditionnel. L’étude qu’elle a menée et qui n’a pas encore été publiée examine les relations entre les prédateurs et leurs proies afin de mieux comprendre l’évolution de la dynamique des orques.
« Nous avons ensuite établi des projections pour l’avenir. Compte tenu des changements climatiques et de l’évolution de la dynamique prédateurs-proies, nous pensons que la population d’orques va continuer à augmenter, tandis que celle de certaines espèces de proies va diminuer. »
Mais plusieurs questions demeurent : les populations de narvals vont-elles diminuer ? Est-ce que ces populations vont se déplacer vers d’autres zones ? Ce sont-là quelques-unes des interrogations auxquelles Jackie Dawson et son équipe tentent de répondre. Même si pour l’instant il n’y a pas de réponses précises à ces questions, il demeure primordial de travailler en collaboration avec les Inuits pour essayer d’y répondre, estime Mme Dawson.
Présence de contaminants
L’un des axes de recherche de l’étude porte sur la présence de contaminants dans l’océan Arctique. Jusqu’à maintenant des particules polluantes issues des navires tels que les peintures antisalissures posées sur les coques des navires, ont été décelées à de faibles concentrations.
« On n’en a pas trouvé énormément, ce qui est une bonne nouvelle, mais on en trouve tout de même un peu », explique-t-elle.
En revanche, la présence de plastiques et de microplastiques est avérée suite à des recensements des déchets sur le littoral, ainsi que des analyses d’échantillons d’eau et de sédiments. Pour Jackie Dawson, ce n’est pas surprenant qu’il y ait des déchets sur le littoral provenant des localités, des activités de pêche, mais peu de débris liés aux activités de brise-glace ont été recensés.
Influences géopolitiques
D’après la chercheuse, ce ne sera pas la présence ou non de la glace qui déterminera l’évolution du trafic maritime dans ce passage, mais bien les facteurs économiques et géopolitiques, soutenus par les avancées technologiques dans la conception des navires. Et l’intérêt croissant pour le passage du Nord-Ouest combiné à l’augmentation du trafic maritime se produira plus tôt que prévu selon Mme Dawson. « Nous devons connaitre la situation de référence pour pouvoir comprendre les impacts à mesure que les choses changent. »
C’est pourquoi des études scientifiques sur le changement climatique et la pollution sont primordiales au même titre que la prise en compte des inquiétudes et du savoir traditionnel des communautés.
