Margarita Sánchez Ovando n’avait pas prévu de faire de Yellowknife son chez-elle. Lorsqu’elle a quitté le Mexique pour venir y enseigner, il y a trois ans, elle s’était donné une année pour voir. Une année pour comprendre le territoire, le climat, la communauté, et surtout pour voir si elle s’y sentirait à sa place.
La réponse est venue plus vite que prévu. « Je me suis sentie bien accueillie tout de suite », raconte-t-elle. Assez rapidement, l’idée d’un simple passage s’est transformée en sentiment d’appartenance. Aujourd’hui, dit-elle en souriant, certaines personnes la présentent comme « Margarita du Collège Nordique » ou « Margarita du Mexique ». Au Mexique, elle est désormais aussi « Margarita de Yellowknife ».
Cette enseignante du Collège Nordique vient de recevoir le prix 2025-2026 de la personne éducatrice en français langue seconde des Territoires du Nord-Ouest, décerné par Canadian Parents for French. Une reconnaissance qui l’a prise de court. « Je ne m’y attendais pas du tout. Je ne savais même pas que j’avais été nommée pour ce prix. »
Une langue devenue passion
Le français occupe une place ancienne dans sa vie. Margarita Sánchez Ovando l’enseigne depuis plus de 30 ans, d’abord comme langue seconde ou étrangère. L’espagnol est venu ensuite, à la demande de personnes francophones qui souhaitaient l’apprendre.
Mais avant l’enseignement, il y a eu le choc de la rencontre avec la langue. Elle parle du français comme d’une découverte intime. « C’était comme découvrir une partie de moi à travers cette langue », confie-t-elle. Elle se souvient d’une passion immédiate, du désir de comprendre, de lire, d’entendre, d’aller plus loin. L’enseignement, lui, s’est imposé comme une façon naturelle de transmettre ce qu’elle aimait déjà.
J’ai vu que le français pouvait être comme un pont entre les anglophones et les francophones.
Un pont entre les communautés
À Yellowknife, cette relation prend un sens particulier. La majorité de ses apprenant.e.s sont anglophones, mais plusieurs cherchent à s’approcher de la communauté francophone sans toujours savoir comment faire. Certains craignent de ne pas avoir les mots, de ne pas être compris, ou de ne pas trouver la patience nécessaire de l’autre côté.
Margarita voit alors le français comme un passage possible. « Le français pouvait être comme un pont entre les anglophones et les francophones », explique-t-elle. Son rôle, à ses yeux, n’est pas seulement de corriger des phrases ou d’enseigner du vocabulaire. Il consiste aussi à donner confiance, à encourager les apprenant.e.s à participer à des activités, à oser quelques mots, à essayer.
Apprendre dehors, dans la vraie vie
Cette vision l’a menée à sortir l’apprentissage de la salle de classe. Au marché fermier de Yellowknife, le Collège Nordique a proposé aux apprenants d’aller pratiquer les langues dans un cadre plus naturel, plus vivant. L’idée était simple : circuler, saluer, faire ses courses, échanger quelques mots, sans la pression d’un exercice scolaire.
Le projet ne visait pas seulement le français. Les apprenants pouvaient aussi pratiquer l’anglais, l’espagnol, le tłı̨chǫ ou l’inuktitut, selon les langues offertes au Collège. Pour Margarita, ce genre d’activité permet de relier l’apprentissage au quotidien, dans un lieu communautaire, chaleureux et accessible.
Recevoir un prix n’a pas changé sa manière de voir son travail, mais lui a permis de mesurer l’attention portée à ce qu’elle fait. « Recevoir cette reconnaissance, pour moi, c’est aussi me rendre compte que je suis en train de travailler bien comme il faut. »
