le Samedi 11 juillet 2026
le Samedi 11 juillet 2026 7:46 Environnement

TNO : les Tłı̨chǫ replantent l’avenir

Francis et Evangeline Huskey, frère et sœur originaires de Behchokǫ̀, participent au projet de reboisement sur les terres tłı̨chǫ. — Photo Cristiano Pereira
Francis et Evangeline Huskey, frère et sœur originaires de Behchokǫ̀, participent au projet de reboisement sur les terres tłı̨chǫ.
Photo Cristiano Pereira

Entre restauration de l’habitat du caribou, protection contre les feux et défis logistiques, 1,5 million d’arbres doivent être plantés cet été.

TNO : les Tłı̨chǫ replantent l’avenir
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Cet été, le gouvernement tłı̨chǫ poursuit le plus grand projet de reboisement jamais entrepris aux Territoires du Nord-Ouest. Selon les informations transmises par le gouvernement tłı̨chǫ, 1,5 million d’arbres doivent être plantés autour de Behchokǫ̀, le long de la route 3, sur les terres tłı̨chǫ, ainsi que sur la rive sud du lac Snare, en face de Wekweètì. C’est la deuxième année d’un plan de six ans qui vise à planter 13 millions d’arbres sur les terres tłı̨chǫ d’ici 2031.

Ici, nous plantons des arbres pour faire revenir les caribous.

— Francis Huskey, 18 ans, planteur de Behchokǫ̀

Jonathan Barabé, planteur québécois, décrit un travail où le défi est autant mental que physique, entre chaleur, moustiques et terrain difficile.

Photo Cristiano Pereira

Pour les Tłı̨chǫ, avec les Tłı̨chǫ

Sur le terrain, Crawford Young, forestier professionnel agréé de la Colombie-Britannique et gestionnaire de projet pour Let’s Plant Trees, résume l’ampleur du chantier. « Cette année, nous plantons 1,2 million d’arbres. L’an dernier, nous en avons planté un million et demi. Et nous espérons en planter 3 millions l’an prochain », explique-t-il. Le travail se fait, insiste-t-il, « sur le territoire traditionnel des Tłı̨chǫ, pour les Tłı̨chǫ et avec les Tłı̨chǫ », dans plusieurs secteurs touchés par les feux.

Le projet a d’abord été imaginé comme une initiative de restauration de l’habitat du caribou. Paul Cressman, gestionnaire du projet au gouvernement tłı̨chǫ, explique à Médias ténois que les premières réflexions, dès 2021, portaient sur des zones brûlées situées dans des corridors importants de migration du caribou. Des rencontres avec des aînés et des experts forestiers ont ensuite permis de préciser le travail à réaliser. Mais les feux dévastateurs de 2023 ont changé l’urgence du projet. En plus de restaurer l’habitat du caribou, il fallait aussi mieux protéger les communautés tłı̨chǫ contre les prochains incendies.

Un sac de plantation rempli de jeunes arbres permet aux planteurs de transporter les plants directement sur eux pendant leur progression sur le terrain.

Photo Cristiano Pereira

Le défi de l’accès

Sur le terrain, la difficulté ne se limite pas à planter. Il faut d’abord amener les arbres aux planteurs. Et dans cette partie du Nord, l’accès est l’un des plus grands obstacles. « Il n’y a pas vraiment de routes qui vont quelque part en dehors de la route principale », explique Crawford Young. Les équipes peuvent donc difficilement s’éloigner de la route sans soutien logistique.

Pour repousser cette limite, le chantier combine plusieurs moyens : véhicules tout-terrain, hélicoptères, drones et même un Hagglund, un imposant véhicule chenillé capable de circuler sur des terrains difficiles. Le drone, en particulier, attire l’attention. Crawford Young le décrit comme un outil expérimental et de pointe, rendu possible par les conditions particulières du terrain.

Chaque vol permet de transporter deux boîtes, soit environ 800 à 900 arbres. Comme un planteur peut mettre en terre autour de 2 000 arbres en une journée, plusieurs largages peuvent être nécessaires pour soutenir une seule personne travaillant loin de la route. 

Adrian Lafferty, de Behchokǫ̀, fait partie des planteurs locaux mobilisés pour redonner vie aux secteurs brûlés de la forêt tłı̨chǫ.

Photo Cristiano Pereira

Arbre après arbre

Mais derrière les chiffres, les plans et les machines, le projet repose aussi sur le travail quotidien des planteurs. Plusieurs viennent de Behchokǫ̀. Pour eux, la plantation n’est pas seulement un emploi saisonnier : elle est aussi liée au territoire, aux caribous et à l’avenir de la forêt.

Francis Huskey, 18 ans, est l’un d’eux. « C’est beaucoup de travail physique : il faut beaucoup se pencher, beaucoup enfoncer les plants, marcher d’avant en arrière, beaucoup marcher », il raconte. Mais il y trouve aussi une forme de satisfaction. « Ça fait du bien de planter des arbres. Nous plantons des arbres pour faire revenir les caribous ici. »

Jonathan Barabé, planteur québécois, insiste lui aussi sur la difficulté du travail, mais pas seulement sur le plan physique. « Ce qui est difficile, c’est le mental », estime-t-il. La chaleur et les moustiques peuvent rendre les journées éprouvantes, dit-il, mais le plus grand défi reste souvent le terrain. « Quand il y a beaucoup d’arbres, beaucoup de choses dans le terrain, tu ne peux pas vraiment aller où tu veux. Tu dois contourner. Des fois, ça peut être difficile d’avancer. »

Un planteur met en terre un jeune arbre dans un secteur brûlé, le long de la route 3, près de Behchokǫ̀.

Photo Cristiano Pereira