Connexion Arctique est une collaboration de cinq médias francophones des territoires canadiens : les journaux L’Aquilon, L’Aurore boréale et Le Nunavoix, ainsi que les stations CFRT Fm et Radio Taïga.
La rage est une maladie qui a toujours été présente en Arctique, rappelle Lauren Grant, professeur associée en santé publique et environnementale de l’université de Guelph. De plus, l’augmentation des températures en lien direct avec le réchauffement climatique peut aussi entrainer une augmentation des interactions entre les populations de renards arctiques et d’autres espèces sauvages, et les chiens domestiques. Ce projet, qui court jusqu’en 2028, a plusieurs priorités, dont celle de mieux comprendre les perspectives et les obstacles de la vaccination afin d’améliorer, en collaborant avec les communautés, au recours à la vaccination antirabique des chiens.
Même si les cas de transmission entre les renards arctiques et les chiens sont rares, un risque existe malgré tout. Ce projet est décrit comme proactif par Dr Grant qui le décrit comme proactif dans son approche, plutôt que réactif.
Les cas de transmission entre les renards arctiques et les chiens sont rares, il existe cependant toujours un risque.
Comprendre les obstacles locaux à la vaccination
Le projet, mené en lien étroit avec les communautés de Tuktoyaktuk et Sachs Harbour, permettra d’enquêter sur les obstacles sociaux, culturels, économiques qui peuvent être un frein aux taux de vaccination contre la rage des chiens domestiques. De plus, sous la direction de la vétérinaire en chef du GTNO, Dr Naima Jutha, plusieurs volontaires des deux communautés seront formés pour pouvoir administrer des doses de vaccins contre la rage, alors même que ces deux communautés ne bénéficient pas de soins vétérinaires réguliers.
« Ce qui rend également le delta de Beaufort et l’Arctique en général uniques, c’est que nous n’avons pas accès régulièrement à des vétérinaires ou à des soins vétérinaires. Ainsi, dans certaines communautés, par exemple plus au sud ou dans nos provinces, il existe des zones où les chiens sont susceptibles d’être vaccinés contre la rage. Ce n’est certainement pas le cas dans le Nord, et cela pose un véritable problème. On constate un manque de capacités vétérinaires partout au Canada, mais ce problème est particulièrement marqué dans nos communautés du nord, où nous n’avons pas d’accès régulier à ces services », détaille Dr Jutha.
Protéger les chiens et les humains
Contrairement aux villes où les chiens sont attachés et surveillés de près par leurs propriétaires, les chiens des collectivités de l’Arctique ne vivent pas à l’intérieur des habitations, rappelle Dr Jutha.
Dans certaines communautés de l’Arctique et du Nord, les chiens peuvent passer plus de temps à l’extérieur ou avoir davantage d’occasions d’entrer en contact avec la faune sauvage que ce n’est généralement le cas dans les zones plus urbaines. Ces interactions peuvent accroitre le risque d’exposition à la rage et soulignent l’importance de la surveillance, de la vaccination et de la sensibilisation du public dans ces régions, selon Dr Jutha.
« Là où les chiens ont des contacts plus fréquents avec la faune sauvage, les risques de transmission de la rage peuvent être plus élevés. De plus, les personnes qui passent du temps en pleine nature pour chasser, poser des pièges, récolter ou pratiquer d’autres activités partagent également leur environnement avec la faune sauvage. Il est important de bien comprendre ces points de contact afin de pouvoir concentrer les efforts de prévention et de sensibilisation là où cela s’avère le plus pertinent. »
Un taux de vaccination antirabique trop bas et des piqures de rappel non administrées posent un risque important pour les communautés, comme l’explique Dr Grant : « Cela crée simplement cette chaine de transmission potentielle à laquelle nous voulons pouvoir remédier. »
Outre la surveillance de la faune sauvage, ce projet prévoit aussi le signalement et la surveillance des cas avérés ou présumés.
Soins vétérinaires : un accès toujours difficile dans le Nord
Une étude codirigée par l’université de Calgary, publiée en novembre 2021, pointait déjà du doigt l’inaccessibilité des services vétérinaires dans de nombreuses communautés autochtones de l’Arctique et du subarctique canadiens.
En conséquence, ce déficit a des répercussions considérables sur la santé et le bienêtre des animaux, ainsi que sur la santé publique.
« Dans les communautés du Nord, les interactions entre les chiens et la faune sauvage sont fréquentes et peuvent entrainer (notamment) une transmission entre les espèces du virus de la rage (endémique chez le renard arctique). »
La rage est une maladie mortelle chez les animaux qui pose un risque grave lorsqu’elle est contractée par l’humain.
Collaborer avec les communautés
Le GTNO travaille depuis de nombreuses années sur cette problématique et a diffusé des pamphlets informatifs dans le passé. Cependant, en étroite collaboration avec les deux communautés, de la nouvelle documentation informative créée avec et pour les habitants de l’Arctique permettra de tenir informés les adultes comme les enfants sur les risques liés à la maladie.
« Ces ressources n’ont pas nécessairement été conçues en collaboration avec les communautés pour recueillir les informations qu’elles recherchent ou sous les formes dans lesquelles elles souhaitent recevoir ces informations. Le projet permettra donc de concevoir du matériel pédagogique tenant compte des spécificités culturelles et adaptées aux communautés inuvialuites du delta du Beaufort, y compris les chasseurs et les trappeurs qui sont en contact étroit avec la faune. »
Enfin le personnel infirmier, travaillant dans les communautés, sera interrogé afin de déterminer leurs besoins en matière d’information concernant la gestion des incidents de morsures d’animaux ou des risques d’infection liés à la rage.
« Ce projet va nous permettre de nous assurer que le personnel infirmier dispose des informations appropriées pour pouvoir faire face à des situations telles que les morsures d’animaux, la rage ou la prophylaxie », précise Dr Grant.
Protéger les enfants de l’Arctique
Tous les dix à 15 ans, les populations de renards arctiques sont touchées par des épidémies de rages qui restent localisées à certaines régions du Nord. Depuis 2022, 21 cas de rage ont été détectés chez des renards arctiques au Nunavut alors qu’aucun cas n’a été détecté aux TNO et au Yukon. Par ailleurs, neuf renards roux ont été déclarés positifs à la maladie au Nunavut et aux TNO selon les données du gouvernement fédéral. Les renards arctiques, qui sont acclimatés aux humains et aux chiens vivant dans les collectivités, posent un risque sérieux et les jeunes enfants peuvent être les premiers touchés par les morsures.
Pour y faire face, l’organisme Vétérinaires sans frontières a mis au point un programme de sensibilisation à l’intention des élèves de cinquième et sixième années. Ce programme d’éducation et de prévention informe les enfants, en utilisant un vocabulaire simple et des illustrations, des risques liés à la contamination tant chez les animaux sauvages, les chiens que les humains. Vétérinaires sans frontières a développé ce kit pédagogique pour développer les possibilités éducatives pour les collectivités éloignées et est accessible à tous les enseignants du Nord.
Accès aux soins vétérinaires limités partout dans le Nord canadien
Aujourd’hui, les membres de la profession vétérinaire et les gens du public sont de plus en plus conscients de l’existence d’obstacles qui restreignent l’accès aux soins vétérinaires, selon l’Association canadienne des médecins vétérinaires.
« Bien que des stratégies visant à corriger la situation soient en cours d’élaboration, un effort concerté plus important est nécessaire de la part des parties prenantes pour améliorer l’accès aux soins, et il faudra vraisemblablement attendre plusieurs années avant que des changements significatifs ne soient observés », a déclaré l’association le 11 décembre 2024.
La pénurie de professionnels vétérinaires dans le Grand Nord canadien n’est pas un phénomène nouveau et demeure aujourd’hui un défi, y compris dans les capitales des trois territoires où l’accès à des services vétérinaires reste compliqué.
