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Kluane Adamek–Aagé est membre de la Première Nation de Kluane et ancienne cheffe régionale du Yukon au sein de l’Assemblée des Premières Nations. Elle rejoint le Conseil national pour la réconciliation à titre d’administratrice.
En 2015, la Commission vérité et réconciliation (CVR) publiait son rapport final ainsi que 94 appels à l’action. Onze ans plus tard, force est de constater la lenteur de l’application de certains appels qui sont dirigés vers l’Église, le gouvernement fédéral, mais aussi la société canadienne dans son ensemble.
Le 15 septembre dernier, le Conseil national de réconciliation a annoncé la composition de son premier conseil d’administration permanent. Sur les trois membres nommées, deux femmes du Nunavut et du Yukon, personnalités politiques fortes dans leurs territoires, rejoignent le conseil d’administration permanent à titre d’administratrices. Kluane Adamek–Aagé est membre de la Première Nation de Kluane et ancienne cheffe régionale du Yukon au sein de l’Assemblée des Premières Nations. Kilikvak Kabloona est une dirigeante inuk originaire de Baker Lake, au Nunavut, et est reconnue pour son engagement en faveur des droits des Inuits.
Pour Julie Ann Wriston, présidente du Conseil national de réconciliation, il y a encore beaucoup à faire pour créer un environnement propice à un dialogue sincère, qui ne se limite pas à de belles paroles.
Une réconciliation indépendante
En 2024, le Parlement a adopté une loi pour la création du Conseil national de réconciliation, afin de surveiller et d’évaluer si les engagements de réconciliation sont respectés à tous les niveaux du gouvernement, des institutions et des secteurs de la société. Julie Ann Wriston, présidente du Conseil national pour la réconciliation, reconnait que le processus de création de la structure, qui a pris plus de dix ans, a été extrêmement long. Cependant, son principe d’indépendance est un aspect fondamental qui doit permettre une évaluation, en toute transparence, de la mise en place des appels à l’action. « Nous ne sommes pas un ministère de la Couronne, mais une association à but non lucratif dirigée par notre propre conseil d’administration, rappelle-t-elle. Les membres de ce conseil et mes collègues ne sont pas au service de la Couronne, et c’est important. »
Le rôle du Conseil est restreint et très précis, car il ne dispose d’aucun pouvoir règlementaire. Sa mission consiste à surveiller, à évaluer et à rendre compte de manière publique et indépendante, les progrès de la réconciliation, explique Mme Wriston, nommée présidente permanente en septembre, et qui faisait partie du conseil d’administration fondateur depuis 18 mois : « Nous vérifions si le gouvernement fédéral met réellement en œuvre les appels à l’action, et ne se contente pas de les annoncer. »
La présidente pense qu’il y a encore beaucoup à faire pour créer un environnement propice à un dialogue sincère qui ne se limite pas à de belles paroles. Les lacunes éventuelles et les améliorations nécessaires seront abordées en toute honnêteté. « Pour les Canadien.ne.s, cela signifie qu’il existe désormais un organisme permanent et indépendant dont la seule mission est de tenir un bilan honnête, que nous ne cacherons pas, assure-t-elle. Ce bilan ne sera pas mis de côté lorsqu’il deviendra politiquement gênant. »
Au Nunavut, des blessures encore visibles parmi les survivants
Bien que le système des pensionnats ait été en vigueur dans tout le Canada, la majorité des établissements étaient situés dans l’Ouest et le Nord. C’est pourquoi la CVR, dont le siège social était à Winnipeg au Manitoba, a notamment ouvert une antenne à Yellowknife, capitale du territoire qui affiche le taux le plus élevé de survivant.e.s des pensionnats par habitant au Canada.
Pour reconnaitre l’unicité des cultures inuites, des expériences et des répercussions des pensionnats sur elles, une sous-commission des Inuits avait été créée par la CVR. Cette commission était chargée de veiller à ce que les défis liés à la collecte de témoignages de survivant.e.s des collectivités isolées soient relevés.
Kilikvak Kabloona rappelle que les Inuits et les habitant.e.s du Nunavut sont soit des survivant.e.s des pensionnats, soit des survivant.e.s intergénérationnel.le.s. Le travail du Conseil revêt donc une importance capitale au Nunavut. « Je sais à quel point cela est important au Nunavut, car une très grande proportion d’Inuits a fréquenté les pensionnats », détaille Mme Kabloona pour qui le Conseil constitue l’un des mécanismes visant à garantir que des progrès sont accomplis en matière d’équité.
Nous ne sommes pas un ministère de la Couronne, mais une association à but non lucratif dirigée par notre propre conseil d’administration. Les membres de ce conseil et mes collègues ne sont pas au service de la Couronne, et c’est important.
Un financement durable nécessaire
Alors que les membres du Conseil s’assureront que les voix des personnes survivantes soient toujours respectées, le financement pérenne des travaux doit être assuré sur le long terme, d’après Mme Wriston. Celle-ci soulève la nécessité de ressources adéquates et durables du gouvernement fédéral qui ne sont pas soumises à des changements ou à des interruptions liés à l’évolution de la situation politique. « Nous veillons à toujours revenir aux témoignages des personnes survivantes et à ce qu’elles nous ont demandé. Cela consiste à veiller à ce que des mesures concrètes soient prises. Ce sont des appels à l’action, et non de simples recommandations, et ce n’est pas un hasard. »
Kilikvak Kablonna abonde dans ce sens et insiste sur le nécessaire financement à longue échéance des appels à l’action : « Il est très important de disposer d’un financement sûr et à long terme pour le travail de réconciliation, car il faut du temps pour mettre en place les structures, recruter le personnel et élaborer les politiques et la législation nécessaires. De plus, un changement systémique nécessite une vision à long terme. Un financement sûr, stable et à long terme, y contribuerait de manière significative. »
C’est quoi le Conseil national pour la réconciliation ?
Ce Conseil, est une organisation indépendante, dirigée par des Autochtones, créée en réponse aux appels à l’action n° 53 à 56. Sa mission consiste à suivre, à évaluer et à rendre compte des progrès accomplis en matière de réconciliation, ainsi qu’à contribuer à garantir la responsabilité continue pour les travaux à venir.
