Étant géographiquement isolées du reste du Canada, certaines régions, comme les zones arctiques et le nord du Québec, doivent composer avec des prix bien plus élevés qu’ailleurs au pays. La première ministre adjointe, Caroline Wawzonek – également ministre des Finances et ministre responsable de la Société d’énergie des Territoires du Nord-Ouest – a cité devant le comité fédéral, différents chiffres venant de Statistiques Canada, afin d’illustrer les réalités vécues par les Ténois.e.s : « Les couts sont 23 % plus élevés à Yellowknife qu’à Edmonton [en Alberta], de 50 % plus élevés dans les régions à l’extérieur de Yellowknife, par rapport à Edmonton […]. Les produits de nécessité de base sont à 36 % plus élevés à Yellowknife que dans d’autres villes canadiennes », a-t-elle listé.
Trois mémoires ont par ailleurs été déposés devant le Comité permanent des affaires autochtones et du Nord, entre autres, un mémoire rédigé par Habitation Territoires du Nord-Ouest. Dans son mémoire, Habitation TNO demande à ce que le gouvernement « renouvèle les ententes fédérales sur le logement et l’itinérance au-delà de 2028 ». Il faudrait également, selon l’organisme gouvernemental, qu’Ottawa crée un fond qui soit « attribué à l’accessibilité financière du logement dans le Nord », ainsi que « soutenir l’offre de logements gérés par les Autochtones ».
S’approvisionner, se déplacer et se chauffer
La ministre Wawzonek a mentionné devant ce comité permanent, deux enjeux majeurs pour les TNO, à savoir les infrastructures à même de garantir les déplacements d’un endroit à un autre dans les zones reculées des Territoires, mais aussi la gestion de l’énergie dans le climat du Nord : « Deux des facteurs les plus importants sont d’abord le transport, et ensuite, l’énergie. Les couts de l’énergie. Les couts pour l’électricité, pour le chauffage, sont deux fois la moyenne nationale […]. Un ménage sur dix connait la pauvreté énergétique, c’est-à-dire qu’ils utilisent une grande partie de leur revenu seulement pour se chauffer », a-t-elle observé, avant d’avancer que le GTNO subventionne déjà de 18 millions de dollars les ménages pour les aider à stabiliser leur besoin en énergie. Caroline Wawzonek a chiffré à 105 millions de dollars sur trois ans les investissements du gouvernement territorial. Il s’agit de sommes qu’il a fallu investir afin de combler les besoins en eau et en carburant. D’ailleurs, a noté la ministre, les Territoires du Nord-Ouest dépendent beaucoup du prix du diésel, et de l’accès à l’eau.
Ted Laking, ministre de l’Énergie, des Mines et des Ressources du Yukon, a appuyé les propos de la ministre ténoise, en indiquant que l’augmentation du prix du carburant a des conséquences directes sur la vie quotidienne des Yukonnais.e.s : « Le cout du carburant est en hausse, ce qui fait également augmenter les prix des aliments, de l’électricité et du chauffage, qui sont des besoins essentiels », a-t-il appuyé, avant de mentionner que « le chauffage n’est pas un choix » dans les zones arctiques du pays.
n’annoncez pas de choses à grande échelle sans penser à l’impact sur 40 % du territoire du Canada
Terminer les projets en cours
Lori Idlout, députée du Nunavut et membre du parti libéral du Canada, a demandé à Caroline Wawzonek le détail des facteurs qui expliquent l’augmentation du prix de l’énergie et des loyers. Elle voulait savoir si l’invasion de l’Ukraine ou la guerre commerciale avec l’Iran pouvaient expliquer ces augmentations de prix. La ministre a expliqué que les TNO « subissent l’effet de facteurs qui échappent au contrôle du gouvernement » : « Les prix du carburant sont au premier rang, parce qu’il y a un effet sur le transport, ce qui a des répercussions sur le cout des produits et les couts de l’énergie, parce que nous dépendons du diésel », a expliqué la ministre, avant de mentionner que les gouvernements territoriaux et fédéral devraient réfléchir à une manière de « bâtir le Nord du Canada sans dépendre de ces facteurs externes ».
Pour l’heure, des solutions de rechange ont été utilisées dans les Territoires afin de faire face aux couts de l’énergie. Par exemple, l’utilisation de thermopompes, de biomasse, ou encore de poêles à bois afin de se chauffer durant l’hiver. Toutefois, ces solutions ne sont pas viables à long terme, a indiqué la ministre Caroline Wawzonek : » En ce qui concerne l’énergie, passer à des thermopompes, ça va, c’est bien, mais le site web du ministère de l’Énergie dit que ça ne va pas fonctionner dans le nord. C’est différent dans le Nord. »
Dans tous les cas, la ministre a invité le gouvernement fédéral à ne pas abandonner les projets en cours. « D’abord, on a parlé d’un examen de la santé dans le Nord, c’était dans le budget de l’an dernier et ça a été retardé. Accélérez-le, il ne faut pas laisser ce travail inachevé, il est important. Terminez tout ce que vous commencez, a-t-elle insisté. On a commencé à construire des routes, et on ne les a pas terminés. » Caroline Wawzonek a ensuite insisté : « N’annoncez pas de choses à grande échelle sans penser à l’impact sur 40 % du territoire du Canada. »
