Qu’ont en commun Maisonneuve, Marie-Anne Gaboury, Riel et Beausoleil-Broussard? Mis à part le fait d’être des personnages historiques, ils se retrouvent tous sur les feuilles de musique de l’auteur-compositeur-interprète québécois, Alexandre Belliard.
Mars 2015. Grand Théâtre de Québec. C’est la fin de la tournée ou presque de Légendes d’un peuple – Le Collectif, qui est passée dans une dizaine de villes au Québec. La foule est debout pour rendre un vibrant hommage à l’artiste montréalais qui a réussi à amener sur scène dans sa folle odyssée historique les Paul Piché, Mara Tremblay, Stéphane Archambault et Jorane pour ne nommer que ceux-là. La passion de la liberté avec Papineau, le courage de Marie-Anne Gaboury, la poésie de Félix ou les convictions de Riel, tout y est passé.
Mais qu’est-ce qui peut bien pousser Alexandre Belliard, artiste engagé, à mettre en musique la vie des héros de notre histoire?
« Je cherchais une façon de lier la littérature, l’histoire, la poésie, la politique, les voyages. C’est là qu’est née l’idée de Légendes d’un peuple. » Le titre lui est venu après avoir assisté à une conférence de l’historien Gilles Laporte à propos de Louis Fréchette et de son livre La légende d’un peuple, traitant des exploits et des héros de notre histoire.
Alexandre Belliard décide alors de s’atteler à la tâche, partant à la recherche de figures légendaires à mettre en musique. Un premier album sort. Puis un deuxième avec son complice Gilles Laporte. Si le Québec est riche en héros, il s’aperçoit qu’il existe toute une panoplie de femmes et d’hommes dans les Amériques, qui méritent d’être aussi l’objet de chansons!
La rencontre qu’il fera avec le Centre de la francophonie des Amériques sera importante : « Je me suis aperçu que le mandat du Centre allait dans le même sens que mes valeurs. » Il décide lui aussi de tisser des liens avec tous ces francophones des Amériques. Résultat, il part dans un premier temps en tournée dans les écoles de l’Acadie et de St-Pierre-et-Miquelon en 2013. Puis ce sera le Manitoba et Haïti. Dans chaque cas, il associe ateliers scolaires et spectacles.
Les réactions sont-elles les-mêmes quand il chante au Québec ou dans les communautés francophones du Canada? « Oui. Mon objectif, c’est de métisser, que les jeunes apprennent à mieux se connaître ». Et à mieux connaître leur histoire, oserions-nous ajouter. L’artiste québécois avoue aussi qu’il faut « contextualiser » les personnages de ses chansons. Un Franco-Manitobain sera probablement plus ému par Louis Riel qu’un petit Québécois qui n’en a jamais entendu parler.
Comme le 150e anniversaire du Canada fera sûrement partie de l’actualité en 2017, il est tentant de demander à l’artiste québécois de 39 ans ce qu’il pense d’un personnage comme John A. Macdonald, celui qui refusa de gracier Riel. « C’est quelqu’un qui ne mérite pas les hommages », même s’il admet que la perception d’un individu varie en fonction de la culture des gens. Les Anglos-Canadiens ont leur vision de certains pans de leur histoire…
Ne cachant nullement ses convictions politiques, la question est tentante à poser à Alexandre Belliard. Peut-on être indépendantiste et s’intéresser aux communautés francophones du Canada?
« Bien sûr, lorsque je vais au Canada, les gens qui me reçoivent sont tout à fait conscients de mes allégeances politiques. Je suis un souverainiste affirmé. Cela ne m’empêche en rien de me sentir interpellé par la cause francophone partout en Amérique, notamment au Canada. Je suis généralement très bien reçu et le dialogue est fort constructif.
« Je suis non seulement fier des combats qu’ils mènent pour préserver la langue et maintenir ce patrimoine si précieux, mais je m’en sens solidaire. Le Québec a tout intérêt à prendre acte de l’existence de la francophonie hors Québec et les francophones hors Québec ont tout à gagner dans un Québec indépendant puisqu’un pays francophone en Amérique deviendrait un appui et une base solide pour faire perdurer et rayonner le français. »
S’il est rendu au quatrième tome de Légendes d’un peuple, Alexandre Belliard a encore dans sa besace plusieurs dizaines de chansons écrites sur des héros. Quatre-vingt, confie-t-il. Et ce n’est pas terminé. Il compte repartir sur les routes dans quelques semaines. Il sera notamment au Yukon du 24 au 31 mai et en Colombie-Britannique du 1er au 7 juin 2016.
« J’ai de la place dans mon calendrier, précise-t-il. Si des gens souhaitent profiter de mon passage en ces territoires le temps d›une formule concert-maison, salle ou école », il est tout à fait disposé à s’y rendre pour faire résonner sa guitare et chanter la vie d’Émilie Fortin ou de Toussaint Louverture.
Alexandre Belliard Chanter les héros
Alexandre Belliard Chanter les héros
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