Après de belles promesses aperçues au long de son deuxième disque, Perles et Paraboles, Yao récidive avec Lapsus, une troisième offrande où le slameur ottavien opère à la hauteur de ses ambitions.
Cela s’explique d’abord par la qualité des musiques, dont l’efficacité se fait particulièrement redoutable lorsqu’elles opèrent à l’extérieur des plates-bandes des musiques urbaines. À ce niveau, on retient le caractère ambiant de la pièce-titre qui donne le ton à la suite du disque.
Lorsqu’on plane avec Yao, Lapsus atteint de superbes sommets musicaux trop rares dans la musique francophone hors Québec. L’approche pop ne possède pas la même solidité, mais elle ne laisse pas d’espace aux temps morts.
C’est toutefois le livret à la main que l’écoute de ce disque prend tout son sens. Bien qu’elle n’est pas toujours égale, la plume de Yao offre une série de textes solides et peaufinés, lors des nombreuses introspections qui habitent Lapsus.
Nomade illustre cela, car si le principal intéressé avoue être un éternel insatisfait sur la route, cela s’explique surtout parce que « nul n’est prophète chez soi ».
Les chansons d’amour ne possèdent toutefois pas les mêmes qualités et s’éternisent un peu trop parmi les lieux communs. Cela se fait amplifier par le livre ouvert que Yao dévoile, bénéficiant de sa livraison rythmique sans failles.
La pièce-titre, offerte en guise d’introduction, résume le mieux ce contraste : Yao se retrouve « assis au panthéon de ses erreurs », même si celui-ci n’accueille que celles qu’il assume, pour se perdre devant une page blanche à tourner en rond. Le principal intéressé l’avoue au final ; ce mea culpa sert de condensé, réfléchi mille et une fois pour éviter le lapsus.
Ce sens du détail ressort au grand jour lorsqu’il est question des tensions raciales aux États-Unis sur Étrange Absurdité. Le sujet est affronté avec doigté et précision ; ici Yao n’hésite pas à souligner l’absurdité de ces conflits, en évoquant de brillantes images comme cette dictée trouée ou la différence comme élément de communion.
On ne peut que souhaiter entendre Yao poursuivre dans la veine des bons coups de Lapsus. On a affaire ici à un poète qui assume ses opinions et qui a quelque chose à dire. Ne reste plus qu’à peaufiner le tableau qui supporte les textes.
