Le musicien Dave Bidini raconte le Nord et ses journalistes.
L’amour du journalisme et celui de Yellowknife se percutent dans Midnight light, le récit sensible et caustique que l’écrivain et musicien Dave Bidini a tiré d’un été dans la capitale des TNO.
Il est pas tant connu côté franco, le monsieur Bidini, mais il l’est davantage du côté canadien-anglais. Son groupe, les Rheostatics, a gagné un prix Génie en 1994 et il a écrit plusieurs romans et essais, dont Tropic of hockey, un livre qui parle de la pratique de notre sport national dans des pays qu’on ne penserait pas, comme la Chine, les Émirats arabes unis et, je sais, vous allez me dire ce n’est pas un pays, la Transylvanie.
Bon, c’est quand même la patrie de Dracula.
Bref, Dave Bidini a découvert les TNO à l’occasion de sa participation au festival Northwords, Ça lui a plu et il est revenu en 2015 comme chroniqueur au Yellowknifer. Le personnel du bihebdomadaire occupe une place de prédilection dans l’ouvrage de l’auteur, avec, au centre, l’ancien journaliste criminel John McFadden.
Ontarien d’origine, McFadden a roulé sa bosse dans plus d’une dizaine de médias, journaux, radio et télévision confondus. Il est un peu présenté comme un stéréotype de journaliste, fort en gueule et porté sur la bouteille, hargneux et sans trop de manières. « Certains, écrit Bidini, percevaient son travail comme confrontant, inutilement combatif, et une nuisance pour ces établissements qui avaient glissé sur la controverse dans le Nord. Mais il avait aussi gagné le respect de la ville, la couvrant comme il aurait fait avec n’importe quelle autre place. »
Les circonstances et peut-être un peu la nature de McFadden s’allieront pour faire vivre au journaliste un épisode dont il se serait passé. Sortant d’un bar, il photographie des policiers en train de fouiller une camionnette. Il est arrêté, accusé d’obstruction au travail de la police; l’histoire fera le tour du Canada.
Si le personnage de McFadden structure en quelque sorte le récit de Bidini, l’auteur est loin de s’y restreindre. Marck Heyck, Lydia Bardak, Travis Mercredi, Dëneze Nakehk’o, Ollie Williams et tutti quanti, les personnages connus s’accumulent, suscitant un étrange sentiment chez le lecteur. Peut-être Bidini tombe-t-il dans le pittoresque et le folklorique avec cette succession de portraits, à chaque lecteur sa perception.
Peut-être aussi aurait-il pu faire l’économie de certains détails ou pans de l’histoire des TNO ; on sent parfois qu’il veut absolument tout raconter, ce qui peut être essoufflant, sinon rébarbatif pour les Ténois, à qui ce livre n’est fondamentalement pas destiné.
Ils pourront néanmoins y trouver de multiples plaisirs. On ne peut toujours bouder la joie un peu perverse de se faire raconter sa propre histoire, surtout lorsqu’elle est narrée avec talent, sincérité et sollicitude.
L’épisode de la fermeture du PFK (non ce n’est pas le frère de l’autre) vaut à lui seul le prix du livre, imprimé sur du chouette papier de type parchemin et orné d’une photo de George Lessard.
Dave Bidini, 323 pages
Midnight light: a personnal journey to the North
McLelland & Stewart, 2018.
