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le Jeudi 21 mars 2019 17:38 Culture

Le succès au féminin Agnes Nanogak

Le succès au féminin Agnes Nanogak
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L’art inuit.

Agnes Nanogak est née à l’automne 1925 dans un campement de l’ile Baillie, située dans la mer de Beaufort, au nord-ouest des Territoires du Nord-Ouest (TNO).

Son père, Natkutsiak (Billy Banksland), était d’origine alaskienne (Nome, Alaska). Il était reconnu pour avoir participé à titre de chasseur et de guide pendant plusieurs années aux explorations d’un passage du Nord-Ouest par l’ouest avec l’explorateur Viljáhimir Stefánsson. D’ailleurs, Nanogak a raconté plus tard que Stefánsson avait offert son navire North Star à Natkutsiak en guise de salaire de fin d’exploration.

La mère d’Agnes, Topsy Ekiona, avait grandi dans le delta du Mackenzie, près de Tuktoyaktuk. Nanogak est donc Inuvialuit (qui signifie « les vrais êtres humains ») d’origines alaskienne et inuite, comme la majorité des Inuvialuits. En effet, les explorations du Nord par l’Ouest avaient favorisé les mariages entre ces deux groupes. Les deux origines culturelles de Nanogak ont grandement inspiré le style de ses œuvres.

Enfant, Agnes Nanogak a voyagé régulièrement avec sa famille de l’ile Baillie à l’ile Banks à Ulukhaktok (qui signifie « là où il y a des matériaux pour les couteaux ulu »). La famille de Nanogak a déménagé à Ulukhaktok (Holman), sur l’ile Victoria (neuvième plus grande ile mondiale) en 1937, soit deux ans avant l’établissement d’un poste de traite de la baie d’Hudson. C’est à Holman qu’Agnes a épousé Wallace Goose, de Tuktoyaktuk, où elle a élevé ses enfants, eu sa carrière artistique et où elle est décédée en 2001.

Encouragée par son père, Agnes Nanogak a commencé le dessin à un très jeune âge. Elle a créé de nombreux dessins qui reflétaient principalement son enfance ainsi que les mythes et légendes qui lui étaient racontés.

À ses débuts, son art était effectué au crayon à mine de graphite sur papier. Par la suite, il s’est caractérisé par des couleurs vives et des lignes fluides faites avec des crayons-feutres. Également, Nanogak a participé au programme d’imprimerie de Holman lorsque celui-ci a été implanté dans les années 1960. D’ailleurs, 159 estampes ont été créées à partir de ses dessins, qui étaient majoritairement illustrés avec une teinte d’humour.

En 1985, Agnes Nanogak a reçu un diplôme honorifique de l’Université Mount Saint Vincent d’Halifax. Elle a été la première artiste inuite à recevoir cette distinction.

Après son diagnostic de cancer en 2000 et avant sa mort en 2001, Agnes a créé de multiples œuvres afin de permettre aux gens de se rappeler les contes inuits. En 2002, La Galerie d’Art de Winnipeg a exposé l’ensemble de son œuvre. Par ailleurs, ses créations se retrouvent dans plusieurs collections canadiennes, américaines et européennes.

Agnes Nanogak a aussi eu un impact important sur la transmission des cultures traditionnelles au sein de sa communauté. En effet, elle avait la volonté de perpétuer les mythes et légendes contés par ses ancêtres et de maintenir la pratique de leurs chants et de leurs danses. Pour ce faire, elle a enseigné le chant au centre communautaire de Holman. De plus, elle a été une excellente conteuse d’histoires qui lui avaient été transmises par tradition orale.

Elle a collaboré à la publication de deux livres de légendes inuites : Tales from the Igloo (1972), qu’elle a illustré, et More Tales from the Igloo (1986), qu’elle a récité et illustré.

Grâce à son implication, Agnes Nanogak a certainement influencé positivement la transmission des valeurs inuites aux générations suivantes ainsi que la connaissance de la culture inuite à l’international.