le Vendredi 6 mars 2026
le Vendredi 6 mars 2026 18:46 Société

Retour dans le passé, huit femmes qui ont changé les TNO

  Société historique de Yellowknife
Société historique de Yellowknife

À l’occasion du 8 mars, mettons en lumière ces femmes qui ont façonné l’histoire des TNO. D’Eliza CrookedHand, liée à la découverte de l’or, à Betty Balfour, pionnière dans les mines, en passant par Ruth Stanton, Mildred Hall ou Gail Cyr, nous rappelons que le développement du Nord repose aussi sur l’engagement, le courage et la solidarité des femmes.

Retour dans le passé, huit femmes qui ont changé les TNO
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L’histoire d’Eliza CrookedHand est importante, car elle rappelle que la ruée vers l’or ne s’est pas faite sans la connaissance du territoire par les peuples autochtones.

À l’aube de la Journée internationale du droit des femmes, il est essentiel de se souvenir que l’histoire des TNO ne s’est pas écrite uniquement au masculin. Derrière les rues, les écoles et les institutions se cachent des femmes dont l’engagement a façonné le territoire.

Comme le rappelle Dryden Choban, gestionnaire du Musée historique de la ville de Yellowknife, « les femmes sont vraiment une partie intégrante de l’histoire de la capitale et de l’histoire en général ». L’occasion est donc idéale pour mettre en lumière celles qui ont marqué le passé.

Eliza CrookedHand, aux origines de la ruée vers l’or

Avant que la mine Giant ne devienne un pilier économique, une femme dénée aurait joué un rôle central dans la découverte d’or dans la région. Selon la tradition orale – les détails biographiques ont été perdus dans les archives écrites –, Eliza CrookedHand aurait apporté un échantillon d’or à des prospecteurs, négociant en échange des biens essentiels comme de la nourriture et du matériel.

Son histoire est importante, car elle rappelle que la ruée vers l’or ne s’est pas faite sans la connaissance du territoire par les peuples autochtones. Comme l’explique le musée, « l’or est la raison de l’existence de la ville ». Sans cette découverte, et sans cette interaction entre Premières nations et nouveaux arrivants, Yellowknife n’aurait pas connu le même destin.

Gail Cyr s’est activement impliquée dans la Native Women’s Association et la Native Courtworkers Association.

Ruth Stanton: soigner et créer

Arrivée en 1937 avec le Docteur Oliver Stanton, Ruth Stanton a joué un rôle essentiel dans les premiers services de santé liés à la mine Con. À une époque où la majorité des hôpitaux nordiques étaient gérés par des missions religieuses, le leur représentait une structure différente, soutenue en partie par des fonds publics.

Ruth a d’abord agi comme infirmière avant l’arrivée de personnel supplémentaire. En parallèle, elle fonde en 1946 la Yellowknife Guild of Crafts – qui fête cette année son 80ème anniversaire. Elle offrait aux femmes un espace de solidarité pour développer leurs talents en couture, tricot et artisanat.

Les filles du soleil de minuit : solidarité et communauté

Évoquons maintenant non pas une femme, mais des femmes. Fondé en 1938, ce groupe féminin fut l’un des premiers organismes communautaires de Yellowknife. À une époque où la ville était encore un camp minier isolé, ces femmes organisaient des collectes de fonds pour soutenir les familles, financer des activités sociales et améliorer la qualité de vie locale.

Leur trophée remis au « premier bébé blanc » né à Yellowknife témoigne du contexte colonial de l’époque, mais aussi du désir de structurer cette nouvelle communauté. Plus tard, leurs spectacles et soirées au Elks Hall sont devenus des évènements incontournables. Actives jusqu’aux années 1980, elles ont profondément marqué la vie sociale de la ville.

Mildred Hall: éducation et enracinement

Première enseignante accréditée à s’établir durablement à Yellowknife, Mildred Hall (O’Callaghan) a marqué le domaine de l’éducation. L’école Mildred Hall à Yellowknife porte aujourd’hui son nom.

Avec son mari, elle exploitait également une ferme près de Frame Lake, à l’emplacement approximatif de l’actuel centre-ville. À une époque sans route d’accès permanente, produire lait, viande et légumes localement était vital. Elle a aussi documenté cette période pionnière, laissant un précieux témoignage écrit de la vie nordique des années 1940-1950.

Janet Sterling : musique et santé publique

Pianiste durant la guerre de Corée, avant de s’installer à Yellowknife en 1971, Janet Sterling devient infirmière en santé publique. Elle a accompagné des générations entières de familles nordiques, contribuant à la prévention et aux soins communautaires pendant plusieurs décennies.

Gail Cyr : justice sociale

Gail Cyr s’est activement impliquée dans la Native Women’s Association et la Native Courtworkers Association. Son travail visait à soutenir les femmes autochtones dans le système judiciaire et à défendre l’équité sociale à Yellowknife.

Florence Whyard : raconter le Nord

Journaliste à la CBC et autrice, Florence Whyard a contribué à faire connaitre les réalités nordiques, vivant à la fois au Yukon et aux Territoires du Nord-Ouest. Par ses écrits, elle a aidé à construire une mémoire collective du Nord.

Betty Balfour: briser les barrières sous terre

Dans un secteur longtemps dominé par les hommes, le nom de Betty Balfour occupe une place particulière. Reconnue comme l’une des premières femmes à travailler dans les mines de Yellowknife, elle a ouvert la voie à une présence féminine dans cette industrie. À une époque où les sites miniers étaient considérés comme des espaces exclusivement masculins, sa présence représentait bien plus qu’un simple emploi : elle incarnait une rupture avec les normes sociales de l’époque.

Son parcours rappelle que les femmes n’ont pas seulement soutenu la communauté en surface – dans les écoles, les hôpitaux ou les organismes communautaires – mais qu’elles ont aussi participé directement à l’économie minière.

L’histoire des TNO n’est pas faite que de grandes figures politiques : elle est tissée de gestes quotidiens, de courage et de solidarité. Comme le rappelle le musée : « Tu n’as pas besoin d’être Marie Curie pour être reconnue pour tes contributions à la communauté, ici, à Yellowknife. »

Un grand merci à la Société historique de Yellowknife de nous avoir fourni une mine d’or d’informations.