le Vendredi 9 octobre 2026
le Vendredi 9 octobre 2026 16:00 Arctique

Canada : disparition d’un lac, « dernière zone de glace » de la banquise arctique

Un étang d’eau de fonte à la surface de la plate-forme glaciaire de Milne. Ce type d’étang (pouvant atteindre plusieurs mètres de profondeur) se forme sur les plates-formes glaciaires d’Ellesmere depuis leur première description dans les années 1870. 
 — Courtoisie Luke Copland
Un étang d’eau de fonte à la surface de la plate-forme glaciaire de Milne. Ce type d’étang (pouvant atteindre plusieurs mètres de profondeur) se forme sur les plates-formes glaciaires d’Ellesmere depuis leur première description dans les années 1870.
Courtoisie Luke Copland

La disparition d’un lac rare sur l’ile d’Ellesmere illustre la vulnérabilité des écosystèmes arctiques uniques dépendants de la glace, dans un contexte de changement climatique particulièrement rapide dans le Nord.

Canada : disparition d’un lac, « dernière zone de glace » de la banquise arctique
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Une étude publiée dans la revue Nature, le 27 aout 2026, confirme que le dernier lac épiplateforme du Canada s’est vidé dans l’océan Arctique à la suite de la rupture de la plateforme glaciaire de Milne en 2020. En d’autres termes, ce lac, qui était le dernier de ce type dans l’Arctique canadien, ne se reconstituera pas et sa disparition est définitive. 

Derek Mueller, coauteur de l’étude, est professeur à l’université Carleton en science de l’Arctique, changement climatique et cryosphérique. Il s’est rendu à plusieurs reprises sur l’ile d’Ellesmere qui est la région la plus septentrionale de l’Arctique canadien. 

Suite à la confirmation de la disparition du lac, Derek Mueller, qui connaissait l’issue inéluctable de cet environnement unique, a pourtant ressenti des sentiments contradictoires: « J’y suis allée à de nombreuses reprises, j’y ai emmené mes étudiants et mes collègues, et nous avons travaillé ensemble sur ces problèmes scientifiques. C’est donc difficile de voir le paysage changer ainsi sous nos yeux. Mais en même temps, nous sommes là pour étudier ce phénomène et nous savons que cela va se produire. Je ne ressens donc ni surprise ni choc à ce titre. Je ressens de la tristesse, bien sûr, car ce sont des environnements que nous devrions nous efforcer de protéger au sein de notre société et pour lesquels nous devons nous attaquer au problème de la pollution par les gaz à effet de serre. Le fait que nous ne parvenions pas à nous mobiliser en tant que société m’attriste à cet égard, c’est certain. »

Vue vers le nord sur une fissure de la plate-forme glaciaire de Milne. En juillet 2020, la plate-forme glaciaire s’est effondrée, perdant 45 % de sa superficie. 

Courtoisie Derek Mueller

Disparition progressive 

Le dernier lac épiplateforme du Canada se trouvait dans le fjord Milne, derrière la plateforme glaciaire de Milne au nord de l’ile d’Ellesmere. Le lac qui se trouvait au milieu d’un paysage grandiose et très isolé abritait un écosystème extrêmement rare de plancton d’eau douce et marine. D’une profondeur de 18 mètres lorsqu’il a été découvert en 1983, celle-ci s’était réduite à environ 10 mètres en 2011. Depuis cette date, la surveillance continue du lac avait révélé des oscillations saisonnières de sa profondeur, résultant d’une alternance des périodes d’afflux d’eau de fonte et de périodes de drainage sous la plateforme glaciaire pendant l’hiver.  

Puis fin juillet 2020, la plateforme glaciaire Milne s’est effondrée, perdant 45 % de sa superficie et supprimant ainsi la barrière qui retenait l’eau douce. S’appuyant sur une décennie de mesures océanographiques, d’images satellites et d’observations sur le terrain recueillies avant et après la rupture, des chercheurs de l’UBC, de l’Université de l’Alberta, de l’Université Laval et de l’Université Carleton ont reconstitué la disparition du lac. Dans cette étude, ils ont combiné des données provenant de multiples sources afin d’évaluer les facteurs potentiels à l’origine de l’évènement de vêlage de la plateforme glaciaire. Le vêlage d’un glacier est le processus par lequel un bloc de glace se détache de l’extrémité d’un glacier en contact avec une étendue d’eau.

Une série chronologique de données recueillies avant et après le vêlage ont montré la transition brusque et irréversible d’un écosystème d’eau douce relativement stable vers un système marin. 

« La disparition du lac épiplateforme du fjord Milne marque l’extinction d’une caractéristique rare d’un monde plus froid et met en évidence la vulnérabilité, même de la “dernière zone de glace” de la banquise arctique, face au réchauffement climatique », peut-on lire dans l’étude.

Depuis, l’écologie du fjord est considérablement transformée, explique M. Mueller. En effet, il existait autrefois une communauté d’espèces d’eau douce et d’eau saumâtre qui vivaient au-dessus de l’océan, dans cette couche d’eau douce, notamment des microbes et des virus, ainsi que toutes sortes d’organismes aquatiques. « Lorsque le lac a disparu, tous ces organismes ont été chassés vers l’océan Arctique et, en tant qu’espèces d’eau douce, on peut supposer qu’ils ne s’en sortent pas très bien. »

Poursuivre les recherches 

Derek Mueller et son équipe devaient se rendre sur le site l’été dernier, mais pour des raisons logistiques, cette expédition n’a pas pu avoir lieu. Le programme du plateau continental polaire de Ressources naturelles Canada (Polar Continental Shelf Program) permet aux scientifiques de se rendre aux confins de l’Arctique canadien. 

« C’est le seul moyen pour nous d’accéder à notre site, et ils font un excellent travail pour nous aider à y arriver. Aucune de nos recherches ne serait donc possible sans eux, c’est certain », précise le chercheur.

Les images satellites peuvent être d’une grande aide, cependant si les scientifiques ne se rendent pas sur place, il ne peut y avoir une compréhension complète du processus en cours.

« Bien sûr, les images satellites ont une certaine valeur et je ne veux pas dire que ce n’est pas une bonne chose à faire ; mais simplement qu’on ne peut pas tout comprendre en se contentant de ces méthodes. Il est donc, selon moi, vraiment important d’envoyer des gens sur le terrain pour qu’ils voient de leurs propres yeux ce qui se passe et effectuent des mesures directement, ou d’emmener des étudiants qui apprendront à le faire et transmettront ce savoir à la génération suivante, afin de mieux comprendre comment l’environnement évolue », conclut Derek Mueller, qui continue d’étudier le site et ce qui s’est passé afin de mieux les comprendre au fil du temps.