Des chutes de peaux de phoque sont en vente dans l’un des commerces d’artisanat de Yellowknife.
La plateforme Etsy souhaite faire progresser son action en faveur du développement durable. Mais la définition de développement durable que l’entreprise américaine entend concerne la biodiversité au sens large, et plus particulièrement « la protection de la faune sauvage contre l’extinction ».
Si cette prise de position peut sembler louable, ce nouveau règlement englobe plusieurs espèces animales issues des quatre coins de la planète sans considération pour les peuples autochtones, dont l’identité et la culture dépendent directement de certaines de ces espèces.
Ce nouveau règlement présenté comme une décision respectueuse de la biodiversité stipule que « la protection de la faune sauvage contre l’extinction constitue un élément essentiel de la construction d’un avenir durable ».
Dans une volonté de préserver les espèces animales les plus vulnérables, Etsy a donc mis en place un règlement qui interdit la vente de produits fabriqués à partir d’espèces animales classées comme menacées ou en voie de disparition par la loi américaine sur les espèces menacées (Endangered Species Act) ou figurant à l’annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).
Des espèces comme les pangolins, les tortues marines ou encore les éléphants font partie de cette liste, mais des espèces vivant dans l’Arctique canadien comme les phoques, les ours et les loups figurent aussi sur cette liste. Les phoques, en particulier, sont au cœur de la culture et de l’identité inuite aux TNO et au Nunavut.
Mobilisation des gouvernements territoriaux
Suite à cette décision, les gouvernements du Yukon, des TNO et du Nunavut ont fait part de leurs inquiétudes. En effet, dans une lettre conjointe adressée à l’entreprise le 4 aout 2026, les trois instances territoriales ont expressément demandé à la compagnie de revenir sur sa décision. On compte aujourd’hui 378 000 vendeurs actifs installés au Canada.
L’utilisation de la fourrure ne relève pas d’une simple activité économique, peut-on lire dans la lettre, mais est profondément ancrée dans un mode de vie millénaire des peuples autochtones, inuits et métis du Canada. La mise en place de ce règlement va avoir des conséquences disproportionnées, alertent les trois gouvernements. « Les artistes du Nord sont déjà confrontés à des obstacles importants pour accéder aux marchés nationaux et internationaux. Le fait de leur interdire l’accès à l’une des plus grandes plateformes en ligne au monde dédiée à l’artisanat risque de limiter encore davantage les possibilités pour les entrepreneurs autochtones de tirer des revenus d’œuvres revêtant une importance culturelle. »
Même si la plateforme Etsy n’est qu’une plateforme parmi tant d’autres au sein du vaste écosystème du marché en ligne, les artistes du Yukon commercialisent leurs œuvres de multiples façons, explique Tim Kucharuk, attaché de presse et conseiller principal en communication au sein du gouvernement du Yukon. Selon lui, même si les répercussions directes de la nouvelle règlementation d’Etsy s’avèrent limitées au Yukon, « cette mesure contribue à diffuser et à renforcer une perception négative de la fourrure, ce qui affecte à son tour les artistes autochtones qui pratiquent l’artisanat traditionnel de qualité ».
Une requête restée sans réponse
Plus de deux mois après l’envoi de cette lettre, aucune réponse de fond n’a été reçue par les gouvernements territoriaux. Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest continuera d’attendre la réponse d’Etsy, a indiqué Melvin Leonard, directeur adjoint de la communication stratégique au sein du ministère de l’Industrie, du Tourisme et de l’Investissement au gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO). « Si aucune réponse n’a été reçue d’ici début 2027, le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest prendra contact avec ses partenaires du Yukon et du Nunavut afin de discuter des prochaines étapes », a-t-il précisé dans un échange de courriels avec L’Aquilon.
Des pratiques respectueuses
Dans le Nord canadien, la règlementation de la chasse aux animaux sauvages à fourrure illustre une façon de faire hautement respectueuse du bienêtre de l’animal, rappelle M. Leonard. Au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, « la chasse est régie par la législation territoriale, les accords relatifs aux revendications territoriales autochtones, un système rigoureux d’octroi de permis et des normes de piégeage respectueuses du bienêtre animal reconnues à l’échelle internationale – qui comptent parmi les plus strictes au monde ».
D’après le gouvernement du Yukon, les pratiques de chasse à la fourrure dans ce territoire sont humaines, règlementées, éthiques, culturellement significatives et durables. Cette interdiction pourrait avoir un impact disproportionné sur les artisans du Nord et autochtone qui dépendent des plateformes en ligne pour accéder aux marchés mondiaux, élabore M. Kurachuk.
Au moment de publier, Etsy a indiqué qu’aucun responsable n’était disponible pour répondre aux questions de L’Aquilon.
Le phoque annelé, espèce menacée
Selon le service de la faune et des poissons des États-Unis (US Fish & Wildlife Service), le phoque annelé est listé en tant qu’espèce menacée. Au Canada, le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada) surveille de près cette espèce, car son statut est préoccupant au Yukon, aux TNO et au Nunavut depuis 2019. Le COSEPAC estime que l’espèce risque de devenir menacée si les facteurs qui la fragilisent persistent.
