Lorsque Stephen Kakfwi a quitté l’Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest, en 2003, il ne savait pas où la vie le mènerait. Certains le voyaient poser sa candidature au niveau fédéral, mais c’est plutôt en musique qu’il a abouti.
Quatre ans plus tard, l’ancien premier ministre des TNO compte deux disques compacts à son actif. Après avoir investi beaucoup d’argent et d’énergie pour la production de son premier album, il est sorti dans les bars de la capitale, « sans gêne, pour vendre des disques compacts ».
C’est que l’homme a décidé de ne pas avoir recours aux différentes subventions disponibles. « Il y a deux raisons à ça : la première, c’est que je ne voulais pas entrer en compétition avec des jeunes artistes qui ont moins de ressources que moi. La deuxième, c’est que je ne voulais pas essuyer un refus », lance-t-il.
« J’ai toujours rêvé, depuis l’école secondaire, de monter sur scène avec ma guitare et mon harmonica et de chanter les chansons que j’ai écrites », raconte l’auteur-compositeur-interprète.
Après plusieurs années en politique autochtone et territoriale, Stephen Kakfwi ressentait le besoin d’exprimer l’humain en lui. Sa musique lui vient des difficultés qu’il a connues dans son enfance, mais aussi à l’école secondaire et dans sa jeunesse.
C’est aujourd’hui sans barrière qu’il raconte que les dernières années ont été éprouvantes pour lui. « J’ai eu des moments difficiles. Un de mes amis est décédé. J’ai vu des gens dont la carrière a été détruite. Des amis se sont aussi tournés contre moi. Des gens avaient décidé qu’ils me sortaient du circuit politique », révèle-t-il.
Alors que la plupart des gens qui quittent l’arène politique ont un plan de carrière bien tracé à l’avance, Stephen Kakfwi soutient qu’il n’avait aucun plan. « J’avais des bouleversements dans ma vie et ça a pris trois ans pour régler ça. C’est de tous ces événements que mes chansons me sont venues. Je suis responsable de moi-même et je sais ce que c’est d’être seul », fait savoir celui qui se dit confortable de ne plus avoir de titre, de position ou d’emploi régulier. « Je ne m’ennuie pas de la politique territoriale ou autochtone et je n’ai jamais souhaité y revenir ».
C’est aujourd’hui à mi-temps que l’ancien premier ministre travaille pour sa communauté natale, Fort Good Hope, ainsi que pour certains organismes environnementaux. « Les leaders, aux TNO, sont tous en faveur du gazoduc ou y sont associés de près ou de loin. J’ai décidé de prendre le côté des groupes environnementaux. Je ne suis pas contre le pipeline, mais je ne suis pas dans ce camp. Je préfère les négligés, les moins puissants ».
Après avoir produit lui-même deux disques compacts, Stephen Kakfwi aimerait voir sa carrière prendre de l’ampleur. Sur le plan artistique, il dit qu’il aimerait avoir l’occasion de jouer avec des collègues musiciens. « Je n’ai jamais jammé avec d’autres musiciens. Je fais tout seul, mais j’en aurais besoin pour mieux performer ».
« Je veux faire une musique dénée et distincte. Je connais les chants de tambour traditionnels et j’aimerais faire un amalgame des genres pour partir en tournée au Canada et ailleurs ».
Art et politique: Depuis toujours, l’art et la politique ont été reliés. Parfois l’art servait à contester le régime en place, d’autre fois, à en faire la promotion. Souvent, a-t-on vu des artistes devenir politiciens. Le contraire, par contre, est beaucoup plus rare… sauf aux Territoires du Nord-Ouest! En effet, l’ancien premier ministre des TNO, Stephen Kakfwi, est devenu auteur-compositeur-interprète. De son côté, le député Bill Braden ne se présentera pas aux prochaines élections dans l’objectif d’aller étudier l’art de la photographie. Peut-on vraiment s’en surprendre? Les Territoires du Nord-Ouest comptent une variété de cultures menacées, tant par l’assimilation à la culture dominante que par le développement industriel. Or, quand vient le temps de défendre la culture, c’est souvent les artistes qui prennent le relais aux politiciens. Au cours des prochaines semaines, L’Aquilon vous présente une série de portraits de personnalités ténoises connues à la fois pour leur engagement politique et pour leur art.
