le Mercredi 8 avril 2026
le Samedi 4 avril 2026 11:05 Francophonie

Yvonne Careen, bâtisseuse de l’éducation francophone

Yvonne Careen a retracé son parcours dans le Nord en rappelant que « ce n’est pas une personne qui mène une bataille, c’est une série de personnes qui les mènent ».  — Photo Cristiano Pereira
Yvonne Careen a retracé son parcours dans le Nord en rappelant que « ce n’est pas une personne qui mène une bataille, c’est une série de personnes qui les mènent ».
Photo Cristiano Pereira

La communauté a rendu hommage, le 1er avril, à une figure marquante de l’éducation en français aux TNO. Après 36 ans de carrière, son départ à la retraite a ravivé le souvenir de plusieurs combats ayant façonné les écoles francophones sur le territoire.

Yvonne Careen, bâtisseuse de l’éducation francophone
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Dès les premiers discours, le ton a été donné. La cérémonie tenue le 1er avril au bistrot de l’École Allain St-Cyr ne soulignait pas seulement le départ à la retraite d’Yvonne Careen. Elle mettait aussi en lumière le parcours d’une femme liée à plusieurs des grandes batailles de l’éducation francophone aux Territoires du Nord-Ouest. Réunis à Yellowknife, quelques dizaines de proches, collègues et membres de la communauté sont venus saluer une carrière de 36 ans.

Reconnaître une bâtisseuse

En ouverture, le directeur général de la Commission scolaire francophone des
Territoires du Nord-Ouest (CSFTNO), François Rouleau, a souligné « un parcours professionnel marqué par l’engagement, la rigueur et la contribution significative à l’éducation francophone ». Il a aussi annoncé qu’une plaque lui serait remise pour reconnaître son rôle de « bâtisseuse », la première d’une série destinée à honorer les personnes ayant contribué à l’essor de l’éducation en français à Yellowknife.

Tenir tête pour l’équité

Le vice-président de la CSFTNO, Simon Cloutier, a rappelé que l’arrivée d’Yvonne Careen à la direction générale, en 2014, s’était faite dans un contexte difficile, alors que les relations avec le gouvernement territorial étaient tendues et que la commission scolaire poursuivait ses démarches pour obtenir un agrandissement à la hauteur de ses besoins. 

Il a raconté qu’au moment d’examiner les plans, Mme Careen avait immédiatement refusé un gymnase de taille primaire pour une école allant jusqu’en 12e année. Elle a aussi insisté pour obtenir une toilette dans le bureau de l’enseignant d’éducation physique, au nom de « l’équivalence réelle en éducation ». Simon Cloutier a également décrit une dirigeante prête à encaisser seule les critiques lorsque des décisions difficiles étaient imposées par le conseil scolaire ou le ministère. 

Ce n’est pas une personne qui mène une bataille, c’est une série de personnes qui les mènent.  

— Yvonne Careen, ancienne directrice générale de l'école Allain St-Cyr et de la CSFTNO

Des premières pierres aux tribunaux

L’ancien président de la CSFTNO, Jean de Dieu Tuyishime, a replacé cet engagement dans une perspective plus longue. « Imaginez qu’exactement dans ces années-là, Mme Yvonne posait déjà les premières pierres de l’éducation francophone dans les TNO », a-t-il dit en ramenant la salle à 1989. Il a affirmé qu’elle avait « littéralement bâti cette école francophone à Yellowknife » et qu’elle avait porté les revendications « sur toutes les tribunes et dans tous les tribunaux ».

Le directeur général du Conseil de développement économique des Territoires du Nord-Ouest (CDÉTNO), François Afane, a pour sa part salué « la ténacité et la capacité à anticiper et à prendre des risques », ajoutant que, chaque fois qu’« il y avait un débat ou une bataille à mener pour la francophonie », Yvonne Careen arrivait « la première ».

Une trajectoire relue avec humilité

Prenant finalement la parole, l’ancienne directrice générale a choisi de relire sa carrière comme « une série d’événements ». Revenant à son arrivée à Yellowknife en 1989, alors qu’elle n’avait pas encore terminé son stage, Mme Careen a raconté le concours de circonstances qui l’a menée dans le Nord, puis son implication progressive dans l’enseignement, l’administration, les négociations et les revendications communautaires. « Ce n’est pas une personne qui mène une bataille, c’est une série de personnes qui les mènent », a-t-elle toutefois tenu à rappeler, en rendant hommage aux parents et collègues qui l’ont accompagnée. Avant de conclure par un conseil aux plus jeunes : « Suivez ce qui vous intéresse, suivez vos passions. »