Dans la dernière portion des années 1970, le Canada en entier avait les yeux rivés à son petit écran. La Commission Berger, un long exercice de consultation des Autochtones des TNO à propos d’un projet de gazoduc le long du fleuve Mackenzie battait alors son plein. Durant les trois années qu’a duré la célèbre enquête, ce sont des images tournées par Patrick Scott que les téléspectateurs contemplaient.
Le 10 août dernier, Patrick Scott lançait le livre Stories told, stories and images of the Berger inquiry. Le bouquin se veut un recueil d’extraits de témoignages entendus par le juge et renferme plusieurs photos prises par M. Scott lui-même. « Je suis venu dans le Nord comme jeune caméraman. J’étais attiré par les paysages et la nature sauvage. C’était un environnement idéal pour tourner et c’est ce qui m’intéressait », se souvient l’auteur.
Finalement, à force de suivre le juge Berger et d’entendre les histoires que les Dénés avaient à raconter, la Commission a littéralement ouvert les yeux de Patrick Scott. « Ça a complètement forgé ma pensée des 30 dernières années », croit-il. À un point tel qu’au cours des dernières années, M. Scott s’est attelé à la tâche d’élaborer une thèse de doctorat sur les conteurs, les histoires qu’ils racontent et leurs impacts sur l’identité collective dénée.
À titre d’exemple il dit se souvenir parfaitement de l’audience tenue à Fort Franklin (maintenant Deline) où il a, pour la première fois, entendu le mot « Déné ».
« Entre Fort Franklin et Fort Good Hope, le mot indian ou native a été changé pour le mot Déné. Il y a ensuite eu la Déclaration dénée. C’est une forte reconnaissance d’identité et j’étais convaincu que si je faisais des recherches, je pourrais trouver ce que j’ai vu et senti en dedans de moi », explique-t-il, encore stupéfait par le phénomène auquel il a été témoin.
« Le fait de raconter ces histoires a eu pour résultat que les gens se sont entendus et ils ont acquis un plus haut respect pour leurs voisins, leur peuple et leur culture. Le simple fait d’avoir été entendu a été un acte de décolonisation », analyse-t-il.
En rédigeant sa thèse avec l’Université de Dundee, en Écosse, l’intellectuel s’est rendu compte qu’il avait rassemblé un nombre impressionnant d’histoires racontées par les intervenants de la Commission Berger. « J’ai décidé d’en faire une annexe à ma thèse. Ensuite, j’ai pensé à un livret. C’est finalement devenu un livre et il a fallu que je mette mon projet de thèse de côté pendant un an ».
Bien sûr, à la lecture du livre de Patrick Scott, on se laisse prendre au jeu des comparaisons. Au cours des années 1970, la grande majorité des Dénés s’opposaient catégoriquement à la construction du gazoduc. Aujourd’hui, ce sentiment ne semble plus partagé.
« Nous n’entendons pas ces choses de nos jours. Cette manière de penser n’a pas disparu, c’est simplement qu’elle ne sort pas. Les gens croyaient vraiment que Berger les écoutait, alors qu’ils ont bien peu confiance à la Commission d’examen conjoint. Berger passait trois jours dans les communautés à les écouter. Mais quel est le but de raconter des histoires si personne n’écoute? », demande l’auteur.
Pourtant, selon lui, Thomas Berger a établi de nouvelles normes en termes de consultations publiques. « Grâce à lui, le processus de consultation avec les Premières nations a changé à travers le pays ».
Patrick Scott fait d’ailleurs remarquer que le juge Berger a évoqué les droits inhérents des Autochtones bien avant qu’ils ne soient reconnus par la Charte canadienne des droits et libertés. Le titre du rapport de Berger, Northern Frontier, Northern Homeland, illustrait d’ailleurs assez bien les différences de mentalité entre les deux peuples, selon M. Scott: « D’un côté, on parle d’une patrie, de l’autre, d’une frontière nordique à conquérir! ».
Aujourd’hui, en plus de plancher sur son doctorat, Patrick Scott travaille pour les Premières nations du Deh Cho dans leur processus de négociations avec le gouvernement fédéral.
