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le Vendredi 17 août 2007 0:00 Culture

Un deuxième film est en route pour France Benoît

Un deuxième film est en route pour France Benoît
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Militante engagée et préoccupée par l’environnement, France Benoît n’a jamais caché l’inquiétude que soulevait, chez elle, la construction du gazoduc de la vallée du fleuve Mackenzie. Par le biais d’un documentaire, elle a choisi d’y réfléchir à voix haute.

France agit comme réalisatrice et co-scénariste d’un documentaire intitulé Un fleuve, deux rives: réflexions sur le projet gazier du Mackenzie. Son Å“uvre devrait être diffusée sur les ondes de Radio-Canada et de RDI après la période des fêtes.

La cinéaste ne s’en cache pas. Elle est « contre le projet, tel qu’il est présenté ». Dans son film, elle entend explorer les répercussions socio-culturelles et spirituelles de la construction du gazoduc.

« Je vois ça comme une plaie, dit-elle. C’est un fait géographique et physique, mais quand on regarde les ramifications et que l’on connaît ce qu’est le concept de land pour les Dénés, ça a un impact sur leur culture et leur spiritualité ».

Pour illustrer son propos, France Benoît rappelle que le projet sera d’une longueur de 1500 kilomètres et que les droits de passage prévoient une largeur de couloir d’un kilomètre.

Pour donner du poids à son argumentaire, France s’est rendue rencontrer Alestine André, à Tsiigehtchic. Cette dernière est recherchiste à l’Institut socio-culturel Gwich’In. Mais c’est par une déclaration qu’elle a faite au cours d’une audience de la Commission d’examen conjoint chargé de faire l’évaluation environnementale du projet qu’elle a attiré l’attention de France Benoît. Mme André avait alors déclaré qu’à la première couche de mousse et de lichen enlevée par la machinerie, ce sont les entrailles de son peuple qui seront affectées.

« Pour les Autochtones, chaque parcelle de terre a déjà été habitée par des gens. Ils y ont vécu, chassé, trappé, pêché et elles ont été le théâtre de légendes. Qu’est-ce qui arrive quand ces parcelles sont anéanties? », demande France Benoît.

Ainsi, l’artiste a choisi d’intégrer le modèle de la spiritualité dénée au film en suivant le cycle des saisons. « Chaque saison a son lot de tâches à accomplir. Alors, ça commence avec la débâcle du printemps à Fort Providence et le fleuve constitue un lien unificateur au film », explique-t-elle.

Le tout se clôturera avec l’hiver, période de contemplation et de rêveries. « Les gens qui, comme moi, se montrent critiques se font toujours demander s’ils ont des solutions. Eh bien je veux en proposer! », dévoile celle qui parlera de développement à petite échelle, basé sur l’économie locale. « je parlerai du vrai développement durable ».

« Je pense que les TNO peuvent être à l’avant-garde. Nous ne sommes pas obligés de suivre le modèle des autres sociétés. Nous devons décoloniser notre économie », plaide-t-elle.

Un projet de longue haleine

C’est alors qu’elle passait une année sabbatique au Québec, en 2004, que la cinéaste a eu l’idée de faire un film sur le projet gazier du Mackenzie.

« Ça fait 18 mois que je chemine dans ce projet. Au début, j’étais soutenue par l’Office national du film (ONF) et on m’y a aidé dans la recherche, le développement et la scénarisation. On a aussi suivi ma recommandation à l’effet que ça devrait être un projet de mentorat », raconte France, qui a pu compter sur l’aide de la scénariste reconnue Georgette Duchesne.

Par la suite, l’ONF s’est retirée du projet, mais tout en approchant les Productions Rivard, du Manitoba, pour qu’elles prennent le relais. La compagnie privée a ensuite négocié les droits de diffusion avec la Société d’État.

« J’étais dûe pour faire ce film. Quand toutes les portes s’ouvrent devant toi comme ça, c’est un signe. Je ne crois pas aux coïncidences, surtout quand elles sont si nombreuses! », dit-elle.

Une responsabilité morale

Il est difficile de tenir tête aux compagnies pétrolières. Plusieurs peuples à travers le monde s’y sont cassé les dents. Mais pour France Benoît, il n’est pas question de lancer la serviette.

« Il faut toujours garder espoir que l’on peut changer la vie des gens et la nôtre. Je fais ça pour les générations qui nous suivront. Al Gore a été le premier à formuler publiquement que nous avons une responsabilité morale d’agir alors que nous connaissons les aspects scientifiques des changements climatiques. Nous n’avons pas le choix, nous devrons ralentir. Avec le peak pétrolier, nous en serons forcés ou alors nous devons agir avec vision, dès maintenant », explique celle qui considère que les cinq à dix prochaines années seront cruciales.

Pour elle, il n’est pas trop tard pour que le projet de la vallée du Mackenzie soit interrompu. « Il n’y a pas qu’un seul facteur qui peut arrêter un projet comme celui-ci. Mais l’acte de ne pas s’impliquer fait en sorte que oui, le gazoduc ira de l’avant. Ils veulent nous avoir à l’usure. Ils ont plus de ressources que nous, mais notre voix doit être entendue. Les enjeux mondiaux font en sorte que l’on ne peut pas se permettre de ne rien faire », conclut France Benoît, toujours passionnée.