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le Vendredi 19 octobre 2007 0:00 Culture

Festival de films de Yellowknife: Michael Moore démystifié

Festival de films de Yellowknife: Michael Moore démystifié
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C’est devant une salle comble de plus de 100 personnes que fut présenté, le 5 octobre, le documentaire Michael Moore: Ange ou démon (Manufacturing Dissent: Uncovering Michael Moore en anglais) qui met en lumière les pratiques douteuses du réalisateur américain dans la production de ses documentaires.

Utilisant sensiblement la même recette que le célèbre cinéaste, les réalisateurs torontois Debbie Melnyk et Rick Caine présentent différents témoignages et exemples pour illustrer que Michael Moore est prêt à tout, même à cacher la vérité, afin d’arriver à faire passer son message. Ce film nous présente notamment les réactions des membres de sa communauté d’origine, Flint au Michigan, qui dépeignent le réalisateur comme un traître pour la façon biaisée dont il a traité la fermeture de l’usine locale de General Motors dans son documentaire Roger and Me.

Les réalisateurs présentent aussi les méthodes peu scrupuleuses de Moore pour arriver à ses fins dans les films Bowling for Columbine et Fahrenheit 9/11 où les demi vérités, les déclarations hors contexte et le déguisement de la réalité ont été employés à maintes reprises.

Pourtant, le documentaire de Melnyk et Caine se voulait au départ une sorte d’hommage à Michael Moore, un cinéaste qu’ils ont toujours apprécié. « Initialement, nous voulions juste présenter une biographie de l’homme, voir comment était Michael Moore quand il était jeune, ce qui a formé ses opinions politiques, pourquoi il est devenu ce qu’il est », explique Rick Caine

« Nous étions des admirateurs inconditionnels, mais nous ne savions rien de Michael Moore au-delà d’aller au cinéma le vendredi soir, payer pour un de ses films, rire un bon coup et être choqué un bon coup. Le paroxysme pour nous a été ce discours aux Oscars en 2003 quand il a gagné le prix du meilleur documentaire avec Bowling for Columbine. Il a fait un discours contre la guerre en Irak et l’invasion militaire du président Bush. Nous nous sommes levés dans notre salon et avons applaudi », poursuit-il.

L’objectif de départ des deux Torontois a cependant pris une toute autre tournure dès les premières entrevues dans sa ville d’origine. Ils ont constaté avec surprise que Michael Moore était loin d’être adulé. De fil en aiguille, appuyés par plusieurs autres témoignages de connaissances et ex-collègues, Melnyk et Caine ont réalisé qu’une personnalité hypocrite et manipulatrice se cachait derrière Michael Moore.

Rick Caine prévient toutefois que le documentaire n’est pas une attaque en règle contre le cinéaste, mais seulement une remise en question de ses façons de faire. « Nous étions déçus. Nous étions désillusionnés, mais nous ne voulons pas qu’il quitte. Nous sommes reconnaissants de sa présence dans le domaine. Nous espérons seulement qu’il soit plus juste dans ces propos. Qu’ils nous disent la vérité! Nous sommes des adultes, nous pouvons en prendre », exprime-t-il.

D’autres films à venir

Le Festival de films de Yellowknife avait débuté ses activités avec la présentation du World Community Film Festival lors du long week-end de l’Action de Grâce. Pour l’occasion, 25 courts-métrages de partout dans le monde avaient été présentés en bloc dans la salle de projection du Northern United Place.

Manufacturing Dissent: Uncovering Michael Moore se voulait le premier d’une série de cinq galas qui seront présentés presque tous les vendredis soir jusqu’à la fin novembre. Le festival poursuivra le 26 octobre avec le film Eve and the Firehorse (Ève et le cheval de feu en version française) de la cinéaste de Vancouver Julia Kwan. Le film francophone Sur la trace d’Igor Rizzi, du réalisateur montréalais Noel Mitrani, sera aussi à l’affiche le 16 novembre.

« S’il y a un bon intérêt de la part des gens, ça pourrait devenir un festival régulier, mais sur une semaine », a raconté Christopher White, directeur exécutif du festival, qui est très encouragé par la popularité de cette première édition jusqu’à maintenant.

Il ajoute que l’événement, qui est une initiative du Western Arctic Moving Picture (WAMP), vise à stimuler l’intérêt pour le cinéma indépendant dans le Nord. « La WAMP a pour mandat de promouvoir la production aussi bien que la présentation de films aux TNO. Nous avons des documentaires, des portraits, nous offrons une très bonne variété. Nous voulons aussi créer un dialogue », dit-il.

« Nous voulons créer quelque chose que les gens partout au Canada et dans le monde vont porter attention et le promouvoir un peu à la façon des grands festivals comme Toronto et Vancouver, mais en lui donnant l’esprit du Nord », a conclu M. White.