L’ombudsman des services français de la Société Radio-Canada (SRC), Julie Miville-Dechêne, a donné raison au plaignant Batiste Foisy et affirme que les dernières élections aux Territoires du Nord-Ouest (TNO) auraient dû faire l’objet d’une couverture médiatique par le service d’information de la SRC.
Dans son rapport déposé le 16 novembre dernier, l’ombudsman confirme qu’il n’y a pas eu un seul reportage télévisuel ou radiophonique sur le sujet. Elle poursuit qu’il s’agit d’une « situation difficilement acceptable pour un réseau national qui dispose d’une équipe expérimentée chargée d’organiser toutes les soirées électorales dans les provinces et les territoires ».
Face à ce manquement, l’ombudsman conclut que « les gestionnaires de Radio-Canada dans les différentes régions ne sentent que peu ou pas d’obligation de surveiller ce qui se passe aux TNO. À mon avis, il faudrait déterminer à qui incombe cette responsabilité », peut-on lire dans le rapport.
Mme Miville-Dechêne fait allusion aux résultats d’entretiens tenus avec les responsables des nouvelles de Montréal et de l’Ouest canadien et qui écartent chacun toute responsabilité dans ce dossier. Selon Line Pagé, rédactrice en chef de la salle de nouvelles de Montréal, ce sont les stations dans l’ouest du pays, plus proches géographiquement des TNO, qui auraient dû alerter Montréal et demander, si nécessaire, un budget supplémentaire pour envoyer un journaliste sur place.
René Fontaine, directeur de Radio-Canada dans l’ouest du pays, rétorque que ce n’est pas dans son mandat non plus. « On ne nous a jamais confié cette responsabilité », déclare-t-il dans le rapport. François Pageau, chef des émissions pour les services français d’Edmonton, renchérit que sa station n’a pas le mandat officiel ni le financement pour couvrir les TNO. « Dans un monde idéal, je devrais avoir les moyens pour couvrir le Nord, mais j’ai de la misère à couvrir l’Alberta », a-t-il révélé.
Comme lui a fait remarquer M. Foisy, l’ombudsman se questionne dans ce cas pourquoi le meurtre d’un agent de la Gendarmerie royale du Canada à Hay River, aux TNO, a fait l’objet d’une aussi grande couverture avec quatre textes et trois reportages sur cette affaire.
La SRC réagit
Dans une déclaration laconique, la direction de l’information de la SRC a résumé avoir pris bonne note du présent rapport. « La décision de l’ombudsman, nous la prenons très au sérieux et nous évaluons présentement nos façons de faire pour que ça ne se reproduise pas », a déclaré Marc Pichette, vice-président aux relations publiques à la SRC, faisant le mea culpa du service des nouvelles.
« C’est sûr que ça l’éveille bien des choses à l’interne et ça met en relief des processus qui doivent être améliorés », s’est-il contenté d’ajouter. Le porte-parole n’a pas voulu s’avancer sur les mesures envisagées par la direction de l’information pour contrer ce manque de couverture quasi systématique dans les TNO.
M. Pichette n’a pas voulu commenter non plus l’extrait du rapport de l’ombudsman qui suggère que la SRC fasse appel au service d’un pigiste à Yellowknife pour assurer un minimum de couverture.
Batiste Foisy, le Franco-Ténois à l’origine de cette enquête, est conscient que la décision de l’ombudsman n’est pas exécutoire, mais.concède qu’il s’agit d’un pas dans la bonne direction. « Je suis encouragé. Si la situation peut évoluer pour le mieux, on ne va pas faire la fine bouche. Tout progrès est appréciable », a-t-il avancé.
Ce dernier espère maintenant que la SRC procédera à une consultation avec la communauté franco-ténoise avant de prendre une décision finale dans ce dossier. « J’espère qu’il y aura le même niveau de consultation qu’il y a eu au Yukon », indique M. Foisy, en rappelant qu’un référendum avait été tenu auprès de la population franco-yukonnaise avant d’amener le service d’information dans le territoire.
Par ailleurs, les délégués présents à l’Assemblée générale annuelle de la Fédération franco-ténoise (FFT) ont voté unanimement, le 24 novembre, en faveur d’une résolution afin de s’assurer que la couverture médiatique de Radio-Canada soit plus adéquate aux TNO à l’avenir. Le président de la FFT, Fernand Denault, a profité de la discussion pour féliciter les démarches de Batiste Foisy auprès de l’ombudsman.
