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le Vendredi 27 juin 2008 0:00 Culture

Langues officielles: Relever le prestige de la langue inuite

Langues officielles: Relever le prestige de la langue inuite
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Dans sa lancé d’adopter sa nouvelle Loi sur les langues officielles au début du mois de juin, le gouvernement du Nunavut a préparé la mise en place d’une autre loi visant la protection de la langue inuite. Stéphane Cloutier, conseiller spécial au ministère de la Culture, de la Langue, des Aînés et de la Jeunesse du Nunavut, a expliqué à L’Aquilon l’importance du projet de loi 7 à l’étude lors de la dernière session de l’Assemblée législative du Nunavut.

Le peuple inuit du Nunavut partage une langue, la langue inuite. Dans cette dénomination quelque peu globale, on retrouve deux variations dialectales, l’inuktitut et l’inuinnaqtun. « L’idée de la langue inuit est de mettre l’emphase sur l’uniformité, a avisé M. Cloutier. Tous parlent la même langue, mais on a remarqué qu’il y a des différences dans la condition de cette langue. Entre autres, à la frontière de l’Ouest, la variation de la langue inuite est en péril. Le dialecte maternel, l’inuinnaqtun, perd beaucoup de terrain face à l’anglais. Ainsi, des priorités ont été établies avec des initiatives dirigées vers la revitalisation et la promotion des services publics et judiciaires fournis par le gouvernement. Mais pour que cette revitalisation prenne place, il faut instaurer des mesures positives, des actions pour contrer les torts infligés par l’assimilation. C’est pourquoi le gouvernement du Nunavut veut instaurer une loi protectrice de la langue inuite. »

Le projet de loi 7 veut s’assurer que les Inuits obtiennent une éducation et travaillent dans leur langue. Des mesures seront aussi prises concernant l’affichage… On veut diminuer le fait de voir seulement l’anglais partout, de l’entendre partout. D’après Stéphane Cloutier, ces mesures de renforcements sont nécessaires, car si on laisse le tout suivre la loi du libre marché, les masses démographiques et le développement économique avantagent l’anglais. «

Ce projet de loi veut changer la vague qui érode le paysage linguistique du Nunavut. Développer la fierté identitaire des Inuits. » Poussé par un gouvernement décidé à faire bouger les choses, le projet de loi 7 sera vraisemblablement un projet concret dans peu de temps. « Il y a un appui solide pour ce projet de loi, il y a beaucoup d’indices positifs qui indiquent qu’il sera adopté le plus tôt possible, c’est-à-dire dès la prochaine session en septembre. Le temps presse un peu, car après l’adoption de cette mesure, le gouvernement aura l’obligation de développer un plan global de mise en œuvre pendant l’année qui suit son d’adoption. Ainsi, la mise en place palpable de cette loi protectrice de la langue inuite ne se fera, dans le meilleur des cas, qu’à l’automne 2009. »

Ce projet de loi, contrairement à la nouvelle Loi sur les langues officielles du Nunavut, relève strictement de la juridiction territoriale et ne nécessite pas l’approbation du gouvernement fédéral pour sa mise en œuvre au territoire. Le conseiller spécial au gouvernement du Nunavut rappelle que l’ancienne loi sur les langues officielles se calquait sur celle qui existait auparavant au TNO et portait à neuf le nombre de langues officielles. Celle qu’a adoptée le Nunavut en début juin met à niveau uniquement trois langues, soit la langue inuite, le français et l’anglais. Même si les six autres langues autochtones qui s’appliquaient aux TNO n’ont jamais vraiment été parlées au Nunavut, la constitution (suivie à la lettre) estime que cette nouvelle loi doit être approuvée par le gouvernement fédéral, car elle diminue les droits et les services attribuables aux autres langues. Mais plus qu’une reconnaissance des droits d’une partie de la population canadienne, ce projet marque aussi la réussite d’un processus de consultation.

En effet, le travail d’élaboration de ces mesures a réussi à mettre tout le monde à la même table. D’après M. Cloutier, cette démarche à démontrer la bonne entente des différents groupes linguistiques du Nunavut. « Ce projet de loi réitère le droit à tous d’être respecté. Nous avons l’exemple au Nunavut, que le fait de constituer une majorité ne veut pas dire que tout nous tombe cuit dans le bec. En ce moment les Inuits ne reçoivent qu’une éducation partielle dans leur langue: les classes sont en Inuktitut jusqu’en 3e année, ensuite l’anglais rentre progressivement dans l’enseignement jusqu’au secondaire où tout est enseigné en anglais. Ce qui est encore différent du français, qui lui est enseigné jusqu’à la 9e année.»

Pour conclure, l’employé du ministère de la Culture a noté que ce projet de loi constitue un bon moyen de développer une communauté forte. Cette dernière pourra compter sur le support de ses frères et sœurs qui cohabitent au Nunavut. « Cette future loi, va excéder toutes les protections juridiques en place, il n’y aura en fait au Canada aucune loi qui va aussi loin dans la protection d’une communauté linguistique », a-t-il complété.