Lors d’un forum sur la culture, une Inuite se rappelle la chanson traditionnelle, Ilititaa puutinnaviru, que lui chantait sa maman. Lorsqu’elle chantonne ces mots qu’elle dit dénudés de sens, les francophones dans la salle se surprennent à reconnaître un air bien connu et l’accompagnent en chantant : Il était un petit navire. C’est ainsi que cette journée-là, plusieurs personnes ont découvert que les marins francophones qui exploraient le Grand Nord au début du siècle avait laissé une trace dans la tradition orale inuit. Jacques Pasquet, lui, célèbre la tradition orale alors qu’il parcourt la francophonie mondiale avec une sensibilité particulière envers les communautés hors Québec.
« Le conte permet la culture orale, et je me suis rendu compte qu’à Madagascar ou dans le Grand Nord canadien, les légendes portent toutes une même histoire. Elles parlent toutes de l’être humain, elles utilisent les mêmes structures, mais changent les motifs », explique Jacques Pasquet.
De passage à Yellowknife pour intervenir dans des classes francophones, ce conteur français de Montréal a également offert un spectacle pour adultes, passant le chapeau à la fin du récit comme le veut la tradition. S’il ne se restaure jamais avant une prestation, Jacques Pasquet ne mange pas ses mots pour autant. Sans une interruption, il a fait voyager son public à travers le merveilleux, le fantastique et le réaliste. Berçant son auditoire avec de belles histoires et des récits de vie pour ensuite les déstabiliser par des ouï-dire fratricides dépeignant la guerre en Irak. « Ce soir, j’ai présenté un amalgame de spectacles pour cette audience », dit-il ayant préféré aborder plusieurs thèmes plutôt que ses contes nordiques qu’il affectionne. « Je ne connaissais pas Yellowknife, ni ce public. J’ai préféré les faire voyager à travers le monde, plutôt que de conter des légendes du Grand Nord qu’ils expérimentent déjà. »
Selon M. Pasquet, être à l’écoute de son public est une grande qualité pour un conteur. « J’ai beaucoup d’histoires dans ma tête, et je suis prêt à changer mes plans si je décèle que les gens n’embarquent pas. Il le faut pour plaire au public, car je ne suis pas là pour moi, mais bien pour eux. » Le conteur pioche dans sa vie et son imagination pour élaborer des histoires qui n’ont pas d’âge si ce n’est la référence aux trains à vapeur dans les campagnes de l’ouest de la France ou la prison de Guantanamo sur l’île de Cuba. Il s’invente une grand-mère qu’il n’a jamais connue, Mémère, qui part découvrir l’Europe de l’Est en voyages désorganisés. Et voici l’opportunité que le conteur attendait pour parler des Roms, ce peuple ambulant et festif, auquel il s’est attaché en France. Alors on imagine, la musique et la joie, Mémère qui danse avec un Gadjo, et la vodka qui coule à flot. L’histoire est finie, pourtant la musique reste. La vie continue, la transmission orale aussi.
