Alison McCreesh débute le Projet Feutre à Yellowknife, une démarche artistique pour renforcer des liens entre femmes du monde.
Ce n’est que du positif : de la laine canadienne, un moment partagé entre femmes, une activité manuelle créatrice, des étoffes timbrées et postées vers des destinations intimement importantes. Le Projet Feutre qu’initie Alison McCreesh invite des petits groupes de femmes autour d’une technique d’agrégation de fibres textiles. Pendant ces quelques heures d’apprentissage, les participantes vont feutrer de la laine, c’est-à-dire créer une étoffe colorée, flexible et résistante obtenue en renforçant les liens des fibres laineuses par alternance de bains chauds et froids. Mais plus qu’un simple atelier textile, ces femmes vivent un moment où confidences, amitiés, souvenirs se mêlent à la création. Lorsqu’elles confectionnent leur étoffe, dans l’appartement de l’une d’entre elles, les mains occupées à cette tâche répétitive, les participantes pensent à une femme ayant joué un rôle positif dans leur vie. Chaque feutre crée lors d’une rencontre est dédié à une autre femme. Après l’atelier, Alison McCreesh envoie cette étoffe par la poste à la personne choisie. La femme qui reçoit ce feutre, reçoit également une lettre explicative du projet et devient ainsi, par surprise, l’un des liens qui tissent cette nouvelle chaîne de feutre.
Avec des principes développés autour de groupes féministes, la jeune femme explique sa démarche exclusivement féminine par des questions de dynamique de groupe. « La dynamique est différente dans la non-mixité, avance Alison McCreesh. La présence d’un homme au sein d’un groupe de femmes peut être positive ou négative, il reste qu’elle influence leurs échanges. J’ai commencé cette chaîne de feutre avec des femmes, car je m’intéresse à ce qu’apporte cette façon d’échanger. Un petit groupe affairé à un travail manuel répétitif et créatif. Le contexte n’est pas le même que lorsque l’on se regarde dans les yeux, autour d’un café par exemple. De plus, ces femmes créent quelque chose, je n’en ai jamais rencontré qui n’était pas fière du petit bout d’étoffe qu’elle confectionne. Le feutre ce n’est pas comme tisser ou tricoter, tu ne peux pas rater. Ton étoffe sera toujours bonne à envoyer ».
Alors qu’elle quitte Yellowknife pour repartir sur les grands chemins canadiens, Alison McCreesh estime que le projet en est à ses balbutiements. Après cinq ateliers effectués aux TNO, elle entrevoit déjà une image globale du projet avancé. « Je voulais me détacher du travail de l’artiste solitaire, qui fait ses toiles ou ses œuvres dans son atelier. Je recherche l’art social, et je veux que ce projet puisse évoluer sans moi. C’est vrai, je suis l’instigatrice du projet qui va référencer la participation d’une centaine de feutreuses, que j’aurais rencontré à travers mes voyages au Canada. C’est le Projet Feutre que je vais exposer dans une galerie de Montréal en mai 2010. Mais, je vais placer également sur le site Feltchain.canalblog.com, toutes les indications afin que quiconque veuille participer à la chaîne de feutre puisse conduire un atelier », dit-elle, en pensant déjà à une carte du monde où tous les liens tissés grâce aux envois postaux représenteraient une étoffe mondiale, faisant le parallèle entre ces fils qui deviennent une étoffe et ces femmes qui créent des liens entre elles.
