René Fumoleau, un ambassadeur de la littérature nordique.
« À l’époque, une commission médicale s’est rendue dans le Sahtu, pour parler de contraception avec les communautés autochtones. Au terme de la présentation, les intervenants ont demandé aux femmes réunies s’il existait des moyens de contraception traditionnels au sein de leurs communautés. Après une longue réflexion, une femme s’est exprimée en disant qu’effectivement, il y avait une coutume qui fonctionnait encore très bien et qui plus est ne comportait aucun effet secondaire, « la meilleure des médecines » selon elle. Alléchée par cette révélation, l’équipe a préparé stylo et enregistreuse pour ne rien perdre de la suite. Et c’est alors que la femme a ajouté : « C’est simple, quand on veut avoir la paix pour quelques jours, nous envoyons les hommes à la chasse ».
Du haut de ses 83 ans, René Fumoleau se tient devant son audience, et décoche les anecdotes à tire-larigot. Les aînés réunis au centre communautaire Baker de Yellowknife, approuvent ce presque One Man Show que leur offre l’écrivain, poète, photographe et père oblat à la retraite. Ils se sont réunis comme chaque semaine autour d’un repas, mais ce vendredi qui termine la semaine territoriale de la littératie était une trop belle occasion pour ne pas distribuer des livres de M. Fumoleau et de le faire intervenir en personne.
« Beaucoup de ces gens ont connu ces années, certains ont vécu les événements d’où sont tirées ces anecdotes. Pour les anciens, ça me fait plaisir de faire ça encore. Avant je parcourais les festivals à travers le Canada, mais je ne prends plus le temps de faire cela », dit René Fumoleau. Ce dernier estime que beaucoup de ces aînés lisent encore, mais argumente que lui ne lit plus beaucoup. « J’ai tellement écrit et lu dans ma vie que c’est le temps maintenant de se retirer de tout ça. Je me promène et j’occupe mon temps à autre chose. »
Si l’auteur d’Aussi longtemps que le fleuve coulera, Here I sit, Secret et Denendeh n’écrit plus, il publie toujours. Cet été, il a quitté le village de Lutselk’e qu’il habite depuis douze ans et s’est cantonné aux archives du Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles à Yellowknife pour passer en revue les milliers de photos qu’il a léguées au patrimoine territorial. « J’essaye de retrouver les noms de toutes les personnes qui figurent sur mes photos. Je suis en train de préparer un recueil de cent photos avec juste des gens dessus. Des belles photos », assure-t-il en ajoutant que la publication est prévue pour l’automne 2010. René Fumoleau explique que dans les années où il a fait de la photo, il n’y avait pas beaucoup de personne qui avait un appareil dans le Nord. « Moi, j’étais très proche de tout le monde, je faisais mes photos entre amis. Je demandais toujours si je pouvais prendre une photo de telle ou telle personne, et la plupart du temps, les gens acquiesçaient ma demande. Je m’assure également d’avoir l’approbation de toutes les personnes qui figureront sur ce livre ou de leur famille s’ils ne sont plus vivants ».
