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le Jeudi 5 novembre 2009 15:45 Culture

Littérature francophone Mais Dieu qu’il aimait la tempête!

Littérature francophone Mais Dieu qu’il aimait la tempête!
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Françoise Enguehard livre un second roman chargé d’histoires. L’histoire d’un docteur au début du XXe siècle, l’histoire d’une amitié entre une toute jeune femme et un homme mûr, l’histoire d’un archipel d’îles françaises ancrées dans un environnement tellement canadien : les îles de Saint-Pierre et Miquelon.

 

Les plages, les vents, les vagues et les bourrasques de neige… tant d’éléments naturels qui rythment la vie insulaire. Au fil des pages de L’archipel du docteur Thomas, il est facile de se sentir au bord de la mer. La description des sentiments éprouvés par les personnages principaux et celle de leur attachement à ces minuscules terres françaises donne au lecteur toute l’émotion salée d’un vent de nordet. Le rythme lui-même de leurs allées et venues entre la métropole et ces collectivités d’outre-mer, donne une impression de ressac, de marée contemplée face à l’océan.

Suite à une balade venteuse, Émilie propose à François, qui vit maintenant à Paris, d’étudier quelques clichés retrouvés dans un hangar à Saint-Pierre. Des centaines de photos décrivent les îles de certaines époques fastes de l’archipel : la pêche à la morue et la prohibition. De cette découverte, s’en suit l’épanouissement d’une relation amicale entre cet homme et l’adolescente. Lui construit des édifices sans volet en France métropolitaine et revient plonger ses doigts dans la chaleur du sable nocturne des îles. Le sable de Saint-Pierre et Miquelon, c’est l’ancre qu’il n’a jamais levée de son cœur. Elle, c’est le corail qui s’y imprègne.

Françoise Enguehard confie en entrevue que ce second roman était en gestation depuis plusieurs années et qu’il est resté sur ses étagères avant qu’elle décide d’en finir avec ce projet. « C’est un livre qui a déjà été écrit, qui a eu un premier jet et qui a stagné un petit peu, car il n’était pas construit comme je l’aurais voulu ou comme il aurait dû pour être intéressant », dit-elle.

L’auteur estime que la plus grosse difficulté qu’elle ait surmontée est d’avoir entremêlé deux dénouements qui se passent à deux époques différentes. L’histoire du docteur Thomas, un médecin-photographe de la marine française muté aux îles de Saint-Pierre et Miquelon à plusieurs reprises, est révélée à mesure que les deux complices saint-pierrais réussissent à percer les secrets figés sur des clichés d’époque pris puis abandonnés sur l’île par le docteur lui-même. Le récit du roman est entrecoupé de filets narratifs qui dépeignent les circonstances ambiantes des photographies exposées au grand jour.

« L’histoire de la jeune fille à un caractère très personnel, confie cette Saint-Pierraise qui vit depuis longtemps à St-Jean Terre-Neuve. Je voulais d’abord raconter une amitié semblable que j’avais vécue. Et je voulais aussi réfléchir à ce perpétuel dilemme des gens qui s’en vont très tôt de chez eux, comme moi, et qui me demande du moins en tant qu’artiste où est son chez-soi lorsque l’on s’est déraciné, parti volontairement. »

Plus que l’amitié, il y a aussi le cheminement d’une jeune femme qui veut devenir écrivain. L’auteur atteste qu’elle aussi noircissait des cahiers Clairefontaine et ajoute que tout le monde a besoin d’une petite tape dans le dos pour s’affranchir des obstacles qui peuvent encombrer les rêves. À l’image de son auteur, l’héroïne est capable de tout écrire dans son journal, sauf qu’elle voudrait écrire pour vivre. « J’ai toujours su que je voulais être écrivain, tout le reste était accessoire. Effectivement, j’ai dépendu de quelques personnes, très peu, pour me dire d’y aller et de ne pas avoir peur. Et pour que finalement, des années plus tard, je franchisse le pas et je prétende devenir écrivain », avance Françoise Enguehard.

Le docteur Thomas soigne les corps et non les âmes. Pourtant par l’intermédiaire de ce récit, il administre aux lecteurs des doses médicinales de réalité, de torpeur, de nostalgie qui ne font que réveiller la vie, bousculer la complaisance et façonner l’envie de raconter.