le Vendredi 10 juillet 2026
le Vendredi 10 juillet 2026 7:27 Éducation

« Les téléphones n’ont pas leur place dans les écoles »

Benoit Gauthier plaide pour des règles claires et strictes sur l’utilisation des téléphones cellulaires à l’école. — Courtoisie
Benoit Gauthier plaide pour des règles claires et strictes sur l’utilisation des téléphones cellulaires à l’école.
Courtoisie

Pour le sociologue Benoît Gauthier, les cellulaires nuisent à l’attention, à la motivation et à la socialisation des jeunes en milieu scolaire. Il estime que les écoles devraient adopter des règles strictes, et invite les parents à retarder l’âge du premier appareil. Entretien

« Les téléphones n’ont pas leur place dans les écoles »
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Les Territoires du Nord-Ouest préparent des lignes directrices pour encadrer l’utilisation des téléphones cellulaires dans les écoles dès la prochaine rentrée. Dans un entretien avec Médias ténois, Benoît Gauthier estime que la présence du smartphone en milieu scolaire nuit directement aux conditions nécessaires à l’apprentissage.

Benoit Gauthier est sociologue, expert-conseil en utilisation équilibrée des écrans chez les jeunes et chargé de cours à l’Université de Montréal.

Quels semblent être les effets nocifs les plus sérieux ou les mieux démontrés de l’usage du smartphone chez les enfants et les adolescents, en particulier en contexte scolaire ?

En contexte scolaire, c’est vraiment tout ce qui est autour de l’attention et de la motivation aussi. Ces deux éléments sont très importants pour pouvoir faire des apprentissages, pour être engagé en classe et l’usage ou la présence du smartphone va nuire à ces fonctions-là. Je pourrais expliquer ça : pour ce qui est de l’attention, les applications sont des défilements rapides, des vidéos ou des notifications, des éléments très courts et très stimulants qui donnent beaucoup de shots de dopamine. Ça met un peu le cerveau dans un état qui est habitué d’être toujours très stimulé, et d’avoir toujours aussi des petites récompenses qui alimentent ça. 

Comment ça se traduit en classe ?

L’attention que les jeunes ont besoin de fournir pour faire des apprentissages dans un contexte de classe, c’est complètement l’inverse. Ils doivent avoir une attention soutenue sur quelque chose qui n’est pas très stimulant, qui n’a pas un haut niveau de stimulation et qui ne reçoit pas des petites récompenses à chaque seconde ou quelques minutes. Le smartphone met les jeunes dans un état contraire à l’état dont ils ont besoin pour faire des apprentissages. 

À votre avis, quelles devraient être les grandes lignes d’une « bonne » politique sur les téléphones en milieu scolaire ?

Que ce soit le même règlement pour tous. Il pourrait y avoir des vraiment très petites exceptions. Une chose que j’ai en tête, c’est les jeunes qui ont du diabète et qui doivent avoir leur appareil pour prendre leur taux de sucre quelques fois par jour. C’est à peu près la seule exception que je verrais, pour des raisons médicales majeures. Mais autrement, tous les jeunes devraient avoir le même règlement. Donc, pour moi, les téléphones n’ont pas leur place dans les écoles. On est dans un contexte où des centaines de jeunes du même âge sont réunis au même endroit. Donc, l’argument qu’ils ont besoin de leur téléphone pour connecter est complètement impertinent. Au contraire, ça empêche les jeunes de connecter. On a parlé des apprentissages, mais il y a aussi l’aspect de socialisation. Quand on enlève le téléphone dans les écoles, les jeunes socialisent plus. C’est clair que les politiques qui interdisent les smartphones dans les écoles sont une réussite à date un peu partout dans le monde. C’est sûr qu’il y a peu de recherches encore, mais les constats pour l’instant, c’est que toutes les interdictions se passent super bien et les professeurs, les directions, même les jeunes eux-mêmes constatent que la transition se fait super bien. 

Et comment appliquer l’interdiction ?

Il y a différentes écoles qui ont différentes façons de faire. Il y en a qui ont des pochettes verrouillables. Il y en a qui demandent de le laisser dans le casier. J’imagine que c’est ça qui est le plus simple, que le règlement ça soit avant la première cloche le matin, on laisse le téléphone dans le casier, puis on le récupère seulement après la dernière cloche à la fin de la journée. Mais c’est ça : à part pour des questions médicales, comme le diabète ou autre, ça devrait être un règlement. Puis idéalement, les adultes en présence, donc autant les enseignants, que les surveillants à l’école devraient aussi éviter d’utiliser leur cellulaire à l’école pour être un modèle pour les jeunes.

Si vous aviez un ou deux messages clairs à adresser aux parents et aux décideurs politiques concernant les smartphones et les jeunes, quels seraient‑ils ?

Une première chose serait de dire que les jeunes n’ont pas besoin d’un cellulaire troprécent. Si on recule d’’ne dizaine, les entreprises numériques ciblent beaucoup les adolescents, mais graduellement, depuis quelques années, ils ont commencé à cibler de plus en plus les plus jeunes. C’’st devenu un peu une norme ou une pression sociale pour les parents de devoir procurer des appareils à leurs enfants très jeunes. Je recommande aux parents d’’ttendre autant que possible, au moins jusqu’’ 13  ns pour offrir un premier appareil portable à leurs enfants. Si c’’st 14 ou 15  ns, c’’st correct aussi. Il y a l’’dée qu’’n enfant qui est privé de ça va être exclu, mais c’’st complètement faux. Il n’’ a aucune recherche qui appuie ça. Au contraire, les jeunes qui ont un usage plus modéré des écrans sont ceux qui se développent le mieux, qui développent le mieux leurs compétences sociales. Sinon, une autre recommandation c’’st que même à ces âges-là, les usages devraient se faire dans les espaces communs. Donc, il ne devrait pas y avoir d’’sage solitaire parce qu’’ls sont trop à risque de rencontrer des contenus qui sont problématiques pour leur âge. Donc, ils ont besoin d’’n discuter à ces moments-là et de ne pas être seul face à ces contenus-là. Le principal exemple que je pourrais donner, c’’st qu’’n veut, par exemple, sortir des écrans des chambres. Des jeunes de 10, 11, 12, 13  ns qui passent plusieurs heures seuls devant un écran dans leur chambre, c’’st vraiment quelque chose qui est peu recommandable, qui est très à risque.