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le Vendredi 15 février 2008 0:00 Culture

« Je veux raconter ce que les livres d’histoire ne disent pas » Les Dénés et la mine Giant

« Je veux raconter ce que les livres d’histoire ne disent pas » Les Dénés et la mine Giant
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« Je veux raconter ce que les livres d’histoire ne nous disent pas. Je veux faire un film avec le point de vue de l’autre côté de la baie de Yellowknive, où vivent les Weledehs de la Première nation dénée de Dettah et N’Dilo. Je veux changer la caméra de bord et mettre le focus enfin sur autre chose que la mine ».

« La grève et son attentat meurtrier de 1992, les conditions difficiles des mineurs de l’époque, l’impact de la mine sur le développement de Yellowknife ou son désastre écologique… l’histoire de la mine Giant a été racontée sous pratiquement tous les angles au fil des années. La cinéaste France Benoît veut aborder un aspect beaucoup plus ignoré dans son nouveau projet de documentaire: les répercussions de la mine Giant sur les peuples autochtones des environs. Un peu comme elle le fait dans son précédent documentaire sur le projet gazier du MacKenzie, la réalisatrice franco-ténoise veut dénoncer les impacts de l’exploitation barbare d’une richesse naturelle sur la vie de ceux qui étaient installés sur ces terres Weledeh bien avant la découverte du premier filon d’or dans le secteur.

« « Les gens de N’Dilo et Dettah ont été profondément affectés par tout le problème de l’arsenic. Ce sont des gens qui ont eu très peu d’opportunités d’emploi à la mine pendant toutes les années de production. Il y a des jeunes enfants dénés qui sont morts à N’Dilo dans les années cinquante. Des gens qui revenaient après la saison d’hiver de chasse et qui prenaient un bain dans la rivière Yellowknife et, le lendemain, ils se réveillaient et n’avaient plus de cheveux. Il y a plein d’histoires comme ça et je vais faire des entrevues avec les aînés pour raconter ça », confie Mme Benoît.

« Présentement à l’étape préliminaire de la recherche et de la documentation, la cinéaste veut tisser un lien solide avec les Dénés qui livreront leurs témoignages devant la caméra. « Je veux vraiment rencontrer tout le monde et pas juste une fois. Je veux qu’il y ait une relation qui se développe avec les gens pour que finalement, quand tu les as en entrevue, quand la caméra tourne, il y a une intimité et une confiance qui soit établie », affirme-t-elle. D’ailleurs, elle a entretenu des premiers contacts avec les chefs de bande de N’Dilo et de Dettah qui se sont montrés très réceptifs au projet. Elle présentera son projet de façon plus officielle à la population autochtone lors d’un conseil de bande conjoint au mois de mars.

« France Benoît dit qu’elle se montrera même très ouverte aux propositions et aux suggestions des habitants de l’endroit. « Le projet pourrait être influencé par mes rencontres. Je ne veux vraiment pas m’imposer. Alors, on va travailler ensemble pour développer un parcours, une façon procéder et mettre le projet de l’avant. », déclare-t-elle.

« Celle qui habite à proximité du village de Dettah caresse depuis longtemps l’idée de faire un documentaire sur ce sujet. « C’est un projet de longue haleine et quelque chose que j’ai toujours voulu faire, mais je ne me sentais pas prête avant. Je pense qu’il y a une conscientisation de ma part de réaliser que je vis sur leurs terres ancestrales. Ce sont mes voisins, je passe devant eux tous les jours et je ne les connais pas. À un moment donné, je suis arrivé à un point où j’ai senti qu’il faut que je fasse quelque chose. Je suis là sur leurs terres légalement, mais moralement, j’ai des problèmes. [Le documentaire] est une façon de rendre à cette communauté », conclut-elle.

« Un coup de pouce

« France Benoit a appris une excellente nouvelle en janvier alors que son projet de documentaire sur la mine Giant lui a permis d’être sélectionné pour le concours Fauteuil Réservé – un carnet de rendez-vous qui se déroule actuellement à Montréal et, ce, jusqu’au 24 février. Cet événement organisé par le Front des réalisateurs indépendants du Québec (FRIC) est une activité de développement professionnel accordant aux réalisateurs de la francophonie canadienne l’occasion de rencontrer des intervenants du milieu de la production audiovisuelle québécoise.

« « Il y a de la formation et des leçons de cinéma, explique Mme Benoît. Nous avons la chance d’assister à des ateliers avec Yves Simoneau et Denys Arcand sur la photographie, la musique la direction d’acteurs, des choses comme ça ».

« Mais sa sélection spéciale par le FRIC, en compagnie de deux autres cinéastes de l’Ouest canadien, lui permettra aussi d’avoir des rencontres privilégiées avec des têtes d’affiche spécialisées dans le champ d’intérêt du projet en question. Par exemple, France aura la chance de rencontrer en privée Richard Desjardins qui, avec la sortie récente de son documentaire Le peuple invisible, aborde un sujet similaire au sien, soit la situation précaire du peuple algonquins en Abitibi. La Franco-ténoise compte bien profiter des conseils que cet artiste reconnu aura à lui faire par rapport à la production de son nouveau documentaire.

« Elle rencontrera aussi Magnus Isaacson lors de son séjour dans la Métropole. Celui-ci est spécialisé dans la production de documentaire longitudinale, c’est-à-dire des histoires qui se déroulent sur plusieurs années. Elle pourrait aussi profiter de l’expérience de la productrice émérite Sylvie Van Brabant et échanger avec la réalisatrice Manon Barbeau qui a fait beaucoup de recherches sur les jeunes Autochtones.

« France Benoit ne cache que toutes ses rencontres, qui risquent d’être très enrichissantes, pourraient avoir une influence sur la direction à donner à son projet de film.

« Et le gazoduc lui?

Finalement, pour tous ceux qui se demandent où en est rendue la production du documentaire Un fleuve, deux rives: réflexions sur le projet gazier du Mackenzie sur lequel la cinéaste travaille depuis près de trois ans, Mme Benoît indique que le montage du film a été complété dans les derniers mois et qu’elle attend toujours les derniers commentaires de RDI/Radio-Canada qui a l’exclusivité du long-métrage. Sa diffusion devrait aller plus tard dans l’année.