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le Vendredi 20 juin 2008 0:00 Culture

Arts visuels: Urban Art Urbain tend ses toiles… de contreplaqué

Arts visuels: Urban Art Urbain tend ses toiles… de contreplaqué
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Éclatée. Voilà qui résume bien l’entrevue menée avec Diane Boudreau, la créatrice derrière Urban Art Urbain. Et à bien y penser, l’épithète cadre parfaitement avec la peintre d’origine québécoise, qui a officiellement ouvert son atelier hier soir.

L’atelier de Diane Boudreau n’a rien à voir avec une galerie. Des œuvres sont à même le sol, accotées contre la clôture, même une poubelle a féru les coups de ses pinceaux. Entouré par la ferraille d’un garage dont les beaux jours sont passés, l’atelier est une bâche bleue soutenue par des poteaux de fer. Les surfaces de travail : des planches de contreplaqué.

La simplicité est apparente partout. Mais plus que ça, la peintre recherche une façon de vivre son art à petit budget, afin de pouvoir s’y consacrer pleinement. Travailler 60 heures dans un métier quelconque pour payer son loyer, non merci. Elle préfère peindre, alors c’est exactement ce qu’elle fait de ses journées, tous les après-midi jusqu’à 20h. Le matin, elle va récupérer les bouteilles que les gens lui ont apportées pendant la semaine. La consigne de 25 sous par bouteille de vin et de 10 sous par bouteille de bière lui permet de payer un salaire pour le projet de sculpture flottante.

Repenser pour créer

En effet, l’artiste visuelle a embauché quelqu’un pour percer des bouchons de liège de bouteilles de vin. Elle en a tout une collection : elle les conserve depuis 1988! Il y a quelques années, elle a complété un projet de radeau en bouchons de liège. Il en aura fallu 18 000. Une phrygane (un insecte aquatique) confectionnée par Mme Boudreau se prélasse sur cette embarcation de fortune : « En art, il faut utiliser les ressources autour. » La preuve, elle fait du house sitting à l’année longue : « C’est le prix à payer pour faire mes projets », explique-t-elle.

Des projets, elle n’en manque pas. Cet été, la bourse qu’elle a reçue du Conseil des arts lui donnera les fonds nécessaires pour créer une œuvre de 12 petits fruits du Nord canadien. Ce thème lui est tout naturel, car elle est biologiste de formation. Elle a à cœur l’environnement, c’est pourquoi tous les matériaux qu’elle utilise sont des laissés-pour-compte qui auraient autrement rencontré le fonds d’une décharge. La majorité de ses œuvres sont faites sur du contreplaqué.

Du bois pour trouver des amis

Mais ce matériau sert un autre but : partager l’art avec les autres. Déménager son atelier pour peindre sur de la brique est hors de question : « Le contreplaqué, ça vient dans plusieurs formats. Les petits formats sont parfaits pour faire un projet en un après-midi », précise-t-elle.

Elle vit simplement et n’aime pas qu’on la fasse entrer de force dans des catégories. Tout de même, elle admet qu’elle produit un art revendicateur, mais elle aimerait que ça aille plus loin. L’environnement et l’identité francophone sont ses deux chevaux de bataille. Sans snobisme, elle ne voit pas l’intérêt de produire des œuvres en lien avec la culture autochtone : « Je ne me sers pas de leur culture, j’irai pas peindre des ours polaires. Je me demande : qu’est-ce qui appartient à ma culture et à la leur? »