Deux artistes de Yellowknife originaires de Tuktoyaktuk aux TNO interviennent dans les écoles pour enseigner les rudiments de la sculpture de roches. C’est de leur père que Derrald et Ron Taylor ont hérité ces techniques d’art. Devenus des artistes professionnels qui utilisent désormais des outils électriques, les deux frères transmettent néanmoins cette tradition inuvialuite en maniant les outils manuels avec lesquels ils se sont formés. Les adolescents de l’école Allain St-Cyr dans le cadre du programme Dene Kede sur les cultures autochtones ont bénéficié de trois séances de sculpture sous la tutelle de ces artistes pour travailler la roche avec des limes et du papier sablé.
Le choix du bloc de roche, l’inspiration et la sueur sont venus des élèves, les conseils, les détails et l’expertise ont été fournis par les intervenants. Durant les deux premières sessions, les apprentis ont dû extraire du bloc de minerais, la forme qu’ils voulaient donner à leurs sculptures. Finalement, lors de la troisième séance, l’excitation a été palpable chez les jeunes alors que la satisfaction de finir leur pièce était toute proche. Leurs sculptures ont en effet bénéficié d’un petit coup de pouce alors que MM. Taylor ont fignolé le travail des élèves à leur atelier de Yellowknife. Ne restait plus qu’aux élèves d’effectuer le travail de finition avec du papier sablé de trois grains différents.
« J’ai trouvé cet atelier bizarre, mais très amusant, déclare Christopher Moore. Utiliser la scie, la lime et le papier pour poncer était des étapes intéressantes. J’ai vu une grande différence après que les artistes aient travaillé ma pièce. La forme était identique et même avec les détails qu’ils ont rajoutés, cela correspondait vraiment à ce que je voulais. » Cet élève de 10e année a choisi de représenter une tortue. Il dit associer beaucoup de qualité de cet animal à sa personnalité, et de plus c’était un symbole de bon augure pour ce travail long et méticuleux.
Pour un groupe de quatre filles, l’expérience a vraiment valu la peine. Contentes de s’exprimer avec une autre forme d’art, Abigail, Mikaela, Marie-Eve et Ann ont choisi des thèmes qui leur portaient à cœur : un soulier, une rose, un inukshuk et un cœur respectivement. Si la dureté de la roche variait d’un bloc de minerais à l’autre, elles ont toutes aimé travailler avec les outils sans trop porter attention aux petites blessures qu’elles se faisaient sur les mains.
Carole Bachand qui enseigne les arts plastiques à l’ordinaire s’est dite impressionnée par la couleur qui ressort de ses roches. « Après la finition, une couche de laque est appliquée sur les pièces sculptées et l’on peut voir les différentes teintes de la roche qui apparaissent. J’ai déjà vu une pièce extraordinaire qui tirait avantage d’une veine de couleur verte », a-t-elle commenté. À la fin de l’atelier, plusieurs jeunes ont manifesté l’intention de continuer à sculpter ce genre de roche, mais se sont aussi demandé comment s’approvisionner en stéatite. Les deux artistes autochtones invitent les jeunes à visiter leur atelier en vielle ville pour continuer à se pratiquer, et peut-être apprendre d’autres techniques comme le multi pièce qui conjugue plusieurs symboles sur une même sculpture.
