Après un voyage en famille autour de la terre, Maryse Chartrand et ses trois enfants vont vivre le deuil : Samuel, le père de famille, se suicide. Après l’avoir parcouru, le monde s’écroule… Maryse Chartrand veut comprendre le suicide et savoir pourquoi son conjoint n’a entrevu que cette fatale solution. Alors que le film initial ne devait relater que leur voyage, Le voyage d’une vie décortique deux voyages en parallèle : celui avec Samuel et l’autre qu’a entamé Mme Chartrand sans lui.
« La chose la plus importante avec le suicide, c’est d’en parler », conseille la réalisatrice de passage à Yellowknife pour une série de projections dans quatre communautés des TNO. Lors de ces rencontres bilingues organisées par les différentes associations franco-culturelles, la réalisatrice ne fait pas de conférence en tant que telle, mais réponds aux questions du public. « Je présente un film de 1 h 30 qui bouleverse beaucoup les hommes, je considère que l’échange est nécessaire par la suite. Il faut du temps après pour intégrer, échanger et répondre aux questions », déclare Maryse Chartrand.
Après la mort de son conjoint, faire ce film était un besoin de survie pour Mme Chartrand. Le pourquoi devenait obsédant pendant son deuil et au fil de cette recherche elle a compris combien le suicide était un sujet tabou et découvert certains des mécanismes qui poussent à l’acte ainsi que l’ampleur de ce phénomène dans notre société. « Au Québec, c’est la première cause de décès chez les hommes de 17 à 45 ans, explique-t-elle. Contrairement à ce que l’on pense, le suicide n’est pas une question de choix. C’est une maladie qui est à la base du suicide. D’ailleurs, les intervenants en santé mentale revendiquent qu’eux aussi leurs patients meurent. Ils meurent de suicide, qui est l’aboutissement létal d’une maladie. »
Dans ce film percutant, très bien écrit où les gens, émus, réagissent aux mêmes endroits, Maryse Chartrand s’attaque au silence dans lequel s’enferment les hommes quand ils ne vont pas bien. « La dépression n’est pas un signe de faiblesse… C’est un signe de maladie. Beaucoup d’hommes vont se réfugier dans le silence par peur d’être jugés par une société qui les veut forts. Cet encloisonnement ne fonctionne pas toujours en cas de détresse. Lorsque cela va mal, cela peut tourner très mal », formule-t-elle.
Grâce à ses recherches, Mme Chartrand assure que le taux de suicide chez les hommes est quatre fois plus élevé que chez les femmes. Elle plaide que l’échange et la discussion aident à sortir de l’isolement et peuvent détourner la distorsion cognitive qui empêche les dépressifs à ne voir qu’une seule solution à leurs problèmes. Appuyée par les spécialistes interrogés durant le documentaire, elle cible l’absence de sérotonine dans la partie frontale des cerveaux de suicidés autopsiés. Le désordre neurologique entraîné par une carence de ce neurotransmetteur antidépresseur expliquerait l’impulsivité qui pousse les gens en dépression à commettre l’irréparable.
« Le deuil est devenu un processus d’intégration, Samuel vit en moi maintenant. Il me semble que j’ai été plus proche de lui durant la conception de ce film qui était notre projet à la base. Après son décès, j’ai vécu deux jours de colère et puis je me suis inquiété pour mes enfants. Mais au fil des rencontres avec les spécialistes, j’ai su que les enfants allaient adopter le modèle du parent survivant », confie Maryse Chartrand en ajoutant qu’elle a consulté ses trois enfants durant toute la période de création de son long-métrage qui est sorti en 2007 dans les cinémas québécois.
