Le constat est sans appel : le Nord canadien se réchauffe environ deux fois plus vite que la moyenne de la surface terrestre et océanique mondiale depuis 1948. Le gouvernement du Canada a récemment publié un rapport sur le « climat changeant » du pays. Et pour l’Arctique canadien, c’est environ trois fois plus rapide que la moyenne mondiale depuis 1970.
C’est en écho à ces réalités qu’est né le projet « Nordicité et Climat » mené par Andréanne Robitaille, professeure adjointe à la faculté de sciences infirmières à l’Université de l’Alberta et Ariane Sacchetti, post-doctorante à l’UdeM.
Un projet co-construit avec les organismes francophones
Les deux chercheuses ont collaboré avec la Fédération franco-ténoise (FFT), le Collège nordique, le CDÉTNO, ainsi que l’Université de l’Alberta. « Le projet part des préoccupations des citoyen.ne.s de Yellowknife qui ont participé à différentes activités de la FFT où iels parlaient beaucoup de leur santé mentale, de leur crainte par rapport aux effets des changements climatiques », explique Andréanne Robitaille, professeure adjointe à la faculté de sciences infirmières de l’Université de l’Alberta.
Par la suite, une rencontre a été organisée entre Andréanne Robitaille, la Fédération franco-ténoise et le Collège nordique. « C’est vraiment un projet de co-construction participatif communautaire », assure la chercheuse. Pour Sandie Redon, coordinatrice de projets et intégration ÉDIA+ (Équité, diversité, inclusion, accessibilité+) à la FFT, « c’est aussi le fruit d’un cheminement collectif amorcé depuis plusieurs mois ». Avec Andréanne Robitaille et Ariane Sacchetti, « nous partagions le constat que certains enjeux demeuraient peu documentés ou abordés sous l’angle des réalités francophones, développe la coordinatrice de projets de la FFT. Pourtant, les évacuations de 2023, les questions de subsistance et de sécurité alimentaire, ainsi que leurs répercussions sur la santé, ont mis en lumière des préoccupations bien présentes dans nos communautés. Travailler ensemble nous permet justement de croiser les expertises scientifiques, les connaissances du terrain, tout en ouvrant la réflexion à d’autres perspectives. »
Les chercheuses Andréanne Robitaille et Ariane Sacchetti mènent un projet de recherche sur l’impact du réchauffement climatique des TNO sur la santé communautaire.
« Une phase d’exploration »
Les questions posées dans ce projet sont les suivantes « Comment un.e citoyen.ne du territoire s’approprie le territoire ? Comment vit-on les changements climatiques ? Comment cela nourrit notre pouvoir d’agir à la fois au niveau individuel et communautaire ? », questionne Andréanne Robitaille. Côté calendrier, l’initiative est encore à son stade initial, « dans une phase d’exploration », prévient la professeure adjointe à la faculté de sciences infirmières de l’Université de l’Alberta. Une réalité partagée par Sandie Redon : « Nous en sommes actuellement à l’étape d’un pré-projet de recherche. Des financements restent à trouver et plusieurs personnes, communautés et organisations ont été contactées et d’autres doivent l’être afin de réfléchir ensemble et de co-construire la suite de cette démarche », abonde-t-elle.
Une première rencontre avec les habitant.e.s de Yellowknife
C’est dans ce cadre que s’est mis en place l’atelier Communauté Leadership Pluriel.les, jeudi 29 octobre 2026 au Centre des visiteurs de Yellowknife, animé par Christian Hirwa, directeur du Réseau TNO Santé à la FFT et Soreya Laau, responsable des communications de la FFT. « Le projet Nordicité et Climat, c’est le passage d’une vision axée uniquement sur les traumatismes climatiques à une démarche fondée sur la résilience et le pouvoir d’agir de nos communautés francophones en situation minoritaire, détaille le directeur. Face aux feux de forêt, au dégel du pergélisol et aux urgences environnementales aux TNO, la nordicité n’est pas qu’une simple donnée géographique : c’est une relation vivante avec le territoire, les cultures qui y sont présentes et la santé psychosociale qui y est évidemment entremêlée. »
Ainsi, pendant deux heures, une petite dizaine de personnes ont discuté des effets du réchauffement climatique dans les Territoires du Nord-Ouest, mais aussi de leur impact sur la santé mentale en évoquant, par exemple, l’écoanxiété. Autrement dit, « un sentiment d’anxiété, de préoccupation ou d’appréhension ressenti par une personne devant les bouleversements causés par les changements climatiques et leurs conséquences », selon l’Office québécois de la langue française. Pour Soreya Laau, l’atelier s’est déroulé de « manière positive ». « Nos échanges ont renforcé l’idée que la nordicité n’est pas un concept figé : elle nous interroge, elle se transforme et se construit à travers les voix et les expériences de la communauté, tout en continuant de nous habiter. L’atelier a aussi permis de s’informer de certaines réalités du territoire, d’entendre des témoignages et des points de vue qui enrichissent notre compréhension collective », constate la responsable des communications.
L’examen national volontaire du Canada
Cet atelier a aussi été l’occasion pour Andréanne Robitaille « d’explorer avec les personnes présentes certaines préoccupations énumérées dans l’examen national volontaire du Canada. Trois thématiques sont abordées : la résilience économique, sociétale et environnementale ». Si vous souhaitez participer à l’examen national volontaire du Canada de 2027, vous pouvez encore vous inscrire aux webinaires sur la résilience sociétale et environnementale prévus les 12 et 19 novembre 2026.
