le Mercredi 29 avril 2026
le Jeudi 31 janvier 2019 15:11 Divers

Kronik Inuvik

Kronik Inuvik
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 Chroniques solaires.

Dans l’écran géant de la fenêtre du salon, la vue est en noir et blanc. Des teintes subtiles de mauve. Il neige de gros flocons en tous sens. Assez vite. C’est couvert et féérique. Je pense : beau paradis polaire. Pas hostile pour deux cennes. Il fait doux. Ce que ma mère appelle « un redoux ». Journée parfaite pour le ski, me dit le concierge à mon retour de l’épicerie. Oui, mets-en! Et pourtant. Et pourtant j’irais plutôt nager. Faire des longueurs pendant une bonne demi-heure, pratiquer la respiration sous-marine, me laisser masser par les jets turbos du bain-tourbillon, faire le deep stretch et le yoga des voyelles dans le bain vapeur. Ah…! Je souhaite toujours des choses impossibles. Ça prend un moral en heavy métal pour affronter cette impossibilité-là, parce que d’Inuvik so far, c’est la seule affaire qui me fasse réellement suer : la piscine est fermée. Fermée. Vide. Brisée. Kapout. Une éternité. It’s been for ever! Plus d’un an, ai-je entendu. La communauté – pleine d’enfants – n’est pas très contente non plus. Autrement, en effet, il ne se passe pas grand-chose ici haut et on a tout intérêt à savoir se réjouir de sa propre compagnie. Autant de solitude nécessite une grande discipline spirituelle, afin de ne pas dérailler. Jusqu’ici, tout va bien. La bonne musique et les bons livres aident beaucoup. Dans l’espace il y a de l’espace pour danser (x2). Je dialogue en ce moment avec des morts de renom. Monsieur Herbert George Wells, qui me paye un trip dans La Machine à explorer le temps (1895) à même ma baignoire, et Madame Gabrielle Roy, qui me livre les secrets de sa vie et les dessous de son œuvre dans sa magnifique autobiographie La détresse et l’enchantement (1984-Postume). En vérité je vous le dis : les morts en ont vus d’autres et la neige attendra!