Appelons-le Bidule.
Bidule est un brillant petit garçon de 4 ans, du type hyper expressif et énervé. Il est souvent le seul qui se manifeste lorsque vous entrez discrètement dans la classe. MÉNANIE ! Il se rue vers vous : Monkey! Hug Monkey! Le p’tit singe veut grimper à l’arbre pour l’accueillir avec un câlin. Craquant à l’os. Minuscule. Une plume. Tu parles… Une bombe ! La mèche allumée en permanence. Souvent en train de sauter, d’ailleurs. Les cris et les larmes faciles, si tôt contrarié. Bidule fait un apprentissage important cette année : il n’est pas le centre de l’univers. Enfin, pas partout. Plus toultemps. Difficile à avaler. Il faut dire ceci : le gamin est investi d’une énergie du tonnerre. Il ne peut pas rester assis, ni debout, ni sur place. Il ne peut pas se soumettre aux règles puisqu’il ne peut s’empêcher de bouger, de changer de position, de points d’appui, de toucher aux choses, aux autres, de manipuler des objets. Il n’arrête jamais. Une faculté d’attention et d’intérêt envers tout de très courte durée. Sauf peut-être lorsqu’il s’agit d’une activité qui implique le mouvement de son corps au complet. Comme de se propulser à répétition sur moi – qui fait la bascule avec les bras – ou de courir très vite dans les corridors en hurlant. Ça, il en redemande. Seulement, c’est pas permis, pensez-vous. Une école primaire, pas la place pour avoir du fun et lâcher son fou… ! Ah ! L’adorable petit criss ! Je le vois danseur, acrobate, décrocheur d’étoiles, dompteur d’orages électriques, meneur de foule en feu, radieux fauteur de trouble. Et encore : révolutionnaire viscéral; anarchiste – malgré lui – du système nerveux central. Plutôt que des pilules, j’offrirais bien à Bidule une école sur mesure. Vous savez, des murs d’escalade, des planchers-trampolines, des cordes à Tarzan, des tapis volants, des piscines de jello… Ah ! Rêvons…
