le Mercredi 29 avril 2026
le Jeudi 28 février 2019 15:57 Divers

Kronik Inuvik

Kronik Inuvik
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 Chronique SPM. Jour 27.

Un matin où le noir se broie avec ben du bruit. Crier par en’dans. Écrire. Écrire avec ses crocs. Écrire sa chronique avec ses crocs. Se sentir comme d’la marde même après trois cafés. Les bottes bang bang du nouveau voisin, le matelas trop mou de l’angoisse, l’oreiller rugueux du non-sommeil, l’envie de trouer les murs. Ne pas avoir la force de soutenir la carcasse de sa colère. S’écrouler souvent. Tomber en panne, en pénurie de sens, en ça s’peux-tu. Dépitée de tout.

Ligoter la langue, ravaler la bile, mastiquer de la neige pour déjeuner. Essayer d’éteindre le feu, d’étrangler le dragon, d’essouffler la tempête, de tempérer ses transports, de modérer ses humeurs… Dans ce système de moutons militaires, il est désormais passible de stigmates institutionnels durables d’éprouver ou d’exprimer une trop grande émotivité. Ça rappelle de forts bons romans de science-fiction dits de dystopie. Quel monde ! Militer pour l’abolition des rapports de pouvoir entre les êtres humains. En vouloir à ses camarades de s’être à ce point laissé berner. Aliéner. En vouloir à la vie de s’abriller de draps aussi douteux. En avoir marre depuis longtemps. Non, Monsieur, le désespoir n’est pas une maladie mentale. Non, Madame, qui rit et pleure aisément n’a pas nécessairement besoin d’« aide » ou de se faire droguer la douleur et disjoncter la joie. Non, oui, merci. Tenir à la survie de son âme et à l’intégrité de sa biochimie. Savoir exactement de quel genre de fix on a besoin. Être son propre maitre, son propre mécano, son propre médecin. Ne savoir faire – être – vivre autrement. La liberté avant tout, permettez. Et même si vous ne permettez pas, on va garder ce qui nous appartient déjà, d’entrée, n’est-ce pas. Oui, oui. Merci.