le Samedi 15 août 2026
le Samedi 15 août 2026 8:02 Actualités

Suzette Montreuil, une vie à prendre soin des autres

Suzette Montreuil dans son jardin à Yellowknife, en 2021. Sa famille décrit ce jardin, qu’elle cultivait avec passion, comme un symbole de « l’abondance que Suzette apportait à nos vies ». — Courtoisie
Suzette Montreuil dans son jardin à Yellowknife, en 2021. Sa famille décrit ce jardin, qu’elle cultivait avec passion, comme un symbole de « l’abondance que Suzette apportait à nos vies ».
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Figure marquante de la vie communautaire aux TNO, Suzette Montreuil s’est éteinte le 20 juillet dernier à l’âge de 63 ans. Sa famille se souvient d’une femme généreuse et créative, profondément engagée envers les autres.

Suzette Montreuil, une vie à prendre soin des autres
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Pendant longtemps, le jardin de la maison familiale était le domaine de Kevin O’Reilly. Puis Suzette Montreuil a décidé, elle aussi, de s’y mettre. Comme souvent lorsqu’un nouveau sujet éveillait sa curiosité, elle ne l’a pas fait à moitié : elle s’est plongée dans l’art et la science de faire pousser plantes et nourriture au nord du 62e parallèle.

Pour sa famille, ce jardin qui renait saison après saison raconte quelque chose de la femme qui s’est éteinte le 20 juillet, à 63 ans, après un long combat contre le cancer.

« Le jardin qui ne cesse de se renouveler au fil des saisons est symbolique de l’abondance que Suzette apportait à nos vies », confie sa fille Amber O’Reilly à Médias ténois.

Une vie d’engagement

Arrivée à Yellowknife en 1986, Suzette Montreuil y aura consacré quatre décennies à prendre soin des autres, professionnellement comme bénévolement. Ergothérapeute à l’Hôpital territorial Stanton de 1986 à 2018, elle s’est aussi engagée dans la lutte contre la pauvreté, la justice sociale et environnementale, les droits des travailleurs et des ainés et la défense de l’éducation en français.

Cofondatrice d’Alternatives North en 1995, elle a participé pendant des décennies à de nombreux combats sociaux aux TNO. Son engagement lui a notamment valu le Wise Woman Award en 2002 et, vingt ans plus tard, l’Ordre des Territoires du Nord-Ouest.

Suzette Montreuil à la rencontre d’un poney lors d’un voyage aux iles Shetland, en Écosse, en 2024.

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Suzette Montreuil avec sa fille Amber O’Reilly et sa belle-sœur Erin.

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Suzette Montreuil lors d’un voyage en Irlande, en 2018.

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Suzette Montreuil partage un moment avec ses enfants, Amber et René, sur le sentier Prelude Lake, en 1996.

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Suzette Montreuil et son mari, Kevin O’Reilly, lors d’un voyage au Costa Rica, en 2025.

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Suzette Montreuil entourée de son mari, Kevin O’Reilly, et de leurs enfants, Amber et René, à l’occasion de son 63e anniversaire.

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Kevin O’Reilly et Suzette Montreuil lors de leur premier rendez-vous, en 1986, quelques jours seulement après l’arrivée de Suzette à Yellowknife.

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Une bâtisseuse de la francophonie

Son empreinte est particulièrement forte au sein de la francophonie ténoise. Après son décès, la Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest l’a décrite comme « l’une de ses plus grandes bâtisseuses ». Élue parmi les premiers commissaires lors de la création de la CSFTNO en 2000, elle y a siégé pendant quinze ans et en a assumé la présidence durant plusieurs années. Elle a notamment défendu l’égalité des infrastructures scolaires et les droits des familles francophones du Nord jusque devant le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes.

La Fédération franco-ténoise a pour sa part salué une « Franco-Ténoise d’exception ». Dans son hommage, la FFT rappelle notamment son implication à la Garderie Plein Soleil, son engagement pour l’éducation en français et son action plus large en faveur de la justice sociale. Cette contribution lui a valu plusieurs reconnaissances dans la francophonie, dont le Prix Jeanne-Dubé de la FFT en 2016 et le titre de membre honoraire de l’Association canadienne d’éducation de langue française en 2017.

Une force douce

Mais lorsqu’on demande à sa famille ce qu’elle aimerait que les gens retiennent de Suzette, ce ne sont ni les prix ni les fonctions qui viennent en premier. « Nous souhaiterions que les gens se souviennent de sa grâce infinie face à l’adversité, de son zen inébranlable et de son empathie pour les autres. Suzette croyait que tout le monde mérite plus que le strict minimum pour vivre, mais plutôt une vie pleine de bonté sur les plans social, matériel, spirituel. Elle pouvait retrouver n’importe quel objet perdu dans la maison et savait toujours consoler les peines, même en traversant ses propres vivants. Son engagement sociopolitique et communautaire est un modèle à suivre pour la population entière. L’un des adages de Suzette était de “penser globalement tout en agissant localement”. »

Cette même détermination se retrouvait dans ses passions. Suzette chantait, jardinait et créait. Lorsque les symptômes de sa maladie ont commencé à affecter sa capacité à chanter, elle s’est tournée vers la courtepointe.

« Elle a créé des dizaines d’œuvres textiles qu’elle a offert en cadeau et d’autres qui continuent d’embellir notre maison. Elle s’est impliquée à fond dans la communauté de courtepointe des TNO et est allée jusqu’à tisser des amitiés au Manitoba.

Lorsqu’elle rencontrait une nouvelle passion, elle s’y consacrait pleinement avec détermination et créativité. Ainsi, elle a contribué de grandes réalisations partout où elle s’impliquait. »

Jusqu’au bout, entourée des siens

Diagnostiquée d’une tumeur au cerveau en 2007, Suzette Montreuil a vécu près de vingt ans avec la maladie. Après une quatrième opération au cerveau en avril 2025, elle avait perdu une grande partie de sa mobilité et utilisait un fauteuil roulant. L’année dernière, famille, amis, voisins et inconnus s’étaient mobilisés pour financer les adaptations nécessaires afin qu’elle puisse rentrer vivre chez elle.

Cette mobilisation faisait écho à une vie passée à défendre l’idée que chacun mérite davantage que le strict minimum : une place, une dignité et la possibilité de vivre pleinement.

Suzette Montreuil est décédée chez elle, entourée des siens. Une célébration de sa vie est prévue à Yellowknife cet automne.