le Dimanche 25 octobre 2026
le Samedi 24 octobre 2026 8:00 Actualités

L’Institut de la fourrure du Canada déplore le silence d’Etsy (2/3)

Doug Chiasson, directeur général de l’Institut de la fourrure du Canada, regrette qu’aucune discussion n’ait été engagée par Etsy avec les gouvernements territoriaux. 
 — (Courtoisie Doug Chiasson)
Doug Chiasson, directeur général de l’Institut de la fourrure du Canada, regrette qu’aucune discussion n’ait été engagée par Etsy avec les gouvernements territoriaux.
(Courtoisie Doug Chiasson)

Alors que la plateforme américaine de commerce en ligne Etsy a banni les produits créés avec de la fourrure, Doug Chiasson, directeur général de l’Institut de la fourrure du Canada, s'étonne qu’aucun dialogue n'ait été mis en place avec les trois gouvernements territoriaux.

L’Institut de la fourrure du Canada déplore le silence d’Etsy (2/3)
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La mise en place de ce nouveau règlement a surpris Doug Chiasson. Lors de son lancement, Etsy a mis en lumière le travail et la création artisanale. Et c’est même la vocation première de la plateforme, qui a été conçue pour permettre aux artistes, créateurs indépendants et petits ateliers de vendre leurs objets faits main. Lorsque les créations comportant de la fourrure ont été bannies de la plateforme, Mr Chiasson a été très étonné de cette décision qui lui semble aller à l’encontre de la mission de l’entreprise. 

« Etsy, c’est une plateforme qui a commencé, je devrais dire, vraiment avec une position en faveur des artisans, on a été très surpris de leur décision de balayer tous les produits en fourrure. »

En 2019, l’Institut de la fourrure du Canada était en contact avec Etsy lorsque l’interdiction des produits en peau et fourrure de phoque avait été décidée. Mais Doug Chiasson se souvient que la position de l’Institut n’a pas été entendue à cette époque et que les canaux de communications n’étaient pas ouverts avec l’entreprise. Malgré l’envoi de plusieurs lettres et de courriels, aucune réponse n’a jamais été reçue par l’Institut. 

« Il n’y avait pas vraiment eu une opportunité de parler avec les responsables », regrette le directeur. 

Aujourd’hui, ce sont les trois gouvernements des territoires qui font face à la même situation. Et cela surprend d’autant plus M. Chiasson qui ne comprend pas ce silence face à des instances gouvernementales. 

« C’est une chose d’ignorer un organisme comme l’Institut de la fourrure du Canada, mais c’est quelque chose de complètement différent d’ignorer les gouvernements de trois territoires. C’est étonnant et ça indique vraiment qu’(Etsy) n’a pas d’intérêt à avoir une discussion sur les faits pour comprendre les impacts de leur décision », pense-t-il. 

Doug Chiasson estime que cette décision préjudiciable a été prise dans les bureaux du siège social de la compagnie à New York et que, de ce fait, la réalité des artisans inuits et autochtones du Nord canadien est complètement ignorée par la direction.

Pression des militants anti-fourrure

L’organisme Coalition to abolish the fur trade (CAFT – Coalition pour l’abolition du commerce de la fourrure) a mené une campagne contre la plateforme Etsy afin de les convaincre de renoncer à la vente de produits créés à partir de fourrure animale. Dans un communiqué de presse du 2 avril 2026, ce groupe a annoncé que la décision prise par Etsy « fait suite à une campagne intensive de 58 jours menée par la CAFT, qui a donné lieu à plus de 50 manifestations contre Etsy et ses filiales dans 17 villes (des États-Unis). »

Au 2 avril 2026, Etsy comptait des milliers d’annonces proposant des produits en fourrure de renard, de vison, de lapin, de coyote et autres, qui seront tous retirés d’ici aout 2026, conformément à sa nouvelle politique, peut-on lire dans ce communiqué. 

Cette campagne, dont le but est de faire pression lors d’évènements publics, a donné lieu à une perturbation d’une conférence à San Francisco, organisée par Etsy le 3 mars 2026, au cours de laquelle des militants ont notamment interpelé, Kruti Patel Goyal, présidente-directrice générale d’Etsy présente sur scène devant des investisseurs.

Sollicitée par Médias ténois afin de clarifier sa position sur les pratiques traditionnelles des peuples autochtones d’Alaska, CAFT n’a pas donné suite à notre demande.

Faire connaitre la réalité des communautés nordiques

L’une des solutions que l’Institut de fourrure du Canada souhaite mettre en place avec la plateforme est la création d’un système de traçabilités où les clients pourraient savoir d’où vient la fourrure des produits qu’ils achètent et auraient la certitude que les populations animales ne sont pas en voie de disparition. Ce système favoriserait un lien de confiance avec la clientèle, selon M. Chiasson. 

« On peut travailler avec Etsy pour avoir de la traçabilité et avoir des systèmes en place pour (gagner la confiance) des consommateurs. Mais leur nouvelle règlementation n’apporte pas cette confiance », pense-t-il. 

Dans le Nord canadien, les créations faites à partir de fourrure animale peuvent être issues de plusieurs activités. M. Chiasson cite en exemple le castor qui peut avoir été capturé sur une ligne de trappe dont la peau aura été vendue à un.e artiste qui créera un produit final mis sur le marché. Il est donc important de regarder la chaine de production dans son ensemble, car un animal piégé peut aussi l’être pour sa viande, rappelle le directeur. Dans les communautés de l’Arctique canadien, toutes les parties de l’animal sont utilisées afin qu’il n’y ait pas de gaspillage. La chasse, le piégeage et la trappe sont autant des activités économiques que culturelles et jouent un rôle très important dans la sécurité alimentaire des collectivités des territoires.