le Samedi 31 octobre 2026
le Vendredi 30 octobre 2026 7:00 Actualités

Où en est le projet de fermeture du site minier de Diavik ?

La reconnexion des lacs de fosses minières au Lac de Gras est prévue en été 2027 selon Sean Sinclair, responsable de la fermeture de Diavik. — (Photo Inès Figuigui)
La reconnexion des lacs de fosses minières au Lac de Gras est prévue en été 2027 selon Sean Sinclair, responsable de la fermeture de Diavik.
(Photo Inès Figuigui)

Une consultation a été organisée par Rio Tinto à destination des habitant.e.s de Yellowknife et des environs pour revenir sur le processus de fermeture de la mine Diavik. L’évènement s’est déroulé le jeudi 22 octobre au centre d’accueil de la capitale des TNO.

Où en est le projet de fermeture du site minier de Diavik ?
00:00 00:00

« Fermer de manière responsable, fermer avec précaution », c’est le mantra de Rio Tinto, la société exploitante de la mine de diamants Diavik pour évoquer leur processus de réhabilitation environnementale. Moins d’une trentaine de personnes sont venues à la consultation publique organisée par l’entreprise, jeudi 22 octobre dernier, au centre d’accueil de Yellowknife. Un temps d’échange nécessaire pour le directeur général de Rio Tinto, Gord Stephenson, qui a précisé que les dernières mises à jour dataient d’un an.

Avant de commencer la présentation, ce dernier a reconnu que « la mine Diavik est située sur les territoires traditionnels et les terres ancestrales des peuples dénés, inuits et métis des Territoires du Nord-Ouest et du Kitikmeot ». Gord Stephenson a également remercié « les peuples autochtones des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut pour leur offrir la possibilité d’apprendre, de travailler et de vivre sur leurs terres ». 

La mine Diavik en quelques chiffres

Située à 300 kilomètres au Nord-Est de Yellowknife, la mine Diavik commence ses activités commerciales en 2003 avant de fermer sa production en mars 2026. En 23 ans, l’entreprise a produit plus de 150 millions de carats de diamants bruts. En tout, ce sont quatre gisements qui sont exploités à ciel ouvert et en souterrain : les sites A21, A154 Nord, A154 Sud et A418. Chaque année, cela représente 530 emplois dans le Nord avec 1,3 milliard de dollars en salaires et avantages sociaux entre 2000 et 2025. Présentement, deux apprenti.e.s originaires du Nord sont dans l’équipe. 

Don d’anciens outils 

Un point important abordé durant la consultation est la réutilisation des outils. L’entreprise continue « d’étudier les possibilités de réutilisation, de don, de revente et de réaffectation lorsque cela est possible ». Des dons ont été faits, tels qu’« un simulateur de camion de transport souterrain au collège Aurora, ainsi que 20 palettes d’outils à des établissements d’enseignement et autres institutions des Territoires du Nord-Ouest [collège Aurora, le lycée Diamond Jenness à Hay River, les lycées Sir John Franklin et St. Pat’s, la Garde côtière auxiliaire canadienne] ».

Un programme de suivi avec les peuples autochtones

Sean Sinclair, responsable de la fermeture de Diavik, prend ensuite la parole pour détailler les buts de la société lors de ces travaux de réhabilitation. Entre autres, Rio Tinto souhaiterait que « les voies de circulation et les cours d’eau soient stables [c’est-à-dire] sans danger pour les habitant.es et la faune » ; mais aussi garantir « une optimisation des opportunités commerciales et des capacités développées au profit du Nord ». 

C’est pourquoi, cette année, Rio Tinto a lancé la phase pilote de son programme de suivi des savoirs traditionnels (TKMP) en collaboration avec des partenaires autochtones. L’idée est de « permettre aux communautés de constater par elles-mêmes comment Diavik atteint ses buts et objectifs en matière de fermeture de la mine ». La société soutient que « le TKMP est indépendant des programmes de suivi scientifique de Diavik, mais un partage des connaissances sera mis en place afin de renforcer la confiance dans les deux programmes ».

Des travaux planifiés jusqu’en 2030

Concernant les travaux de fermeture, ils sont prévus pour durer jusqu’en 2030. Depuis la fin des opérations minières en mars 2026, Rio Tinto a réalisé son objectif « de transition vers un nouveau camp de fermeture plus petit ». Ainsi, l’effectif sur site, anciennement de « 750 personnes, a été réduit à 150-200 employé.es » ; il y a eu une « baisse de 90 % de la consommation d’électricité », avec des « installations de traitement des eaux à plus petite échelle », et « une élimination des matières dangereuses présentes dans les bâtiments ». Autre chantier prévu pour l’année 2026, le réacheminement de l’eau vers les fosses par les canalisations. « Le remplissage prendra entre 6 et 12 mois », calcule Sean Sinclair. 

Un diamant offert à la Société historique de Yellowknife

Après un temps d’échange avec le public pour répondre aux éventuelles questions, un diamant a été remis à la Société historique de Yellowknife. « C’est un superbe cadeau, selon son président, Helmut Epp, qui s’est exprimé auprès de Médias Ténois. C’est un bon moyen de permettre au grand public de voir à quoi ressemble réellement un diamant brut. La plupart des gens ne voient que les diamants taillés, quelle que soit leur taille. S’ils sont bien taillés, on admire l’éclat du diamant lui-même. Mais celui-ci, en tant que diamant brut, n’est pas aussi étincelant ni aussi brillant qu’un diamant taillé. C’est donc une bonne façon de le présenter, nous le mettrons à la disposition du public dans notre musée », déclare-t-il. 

Qu’en pense le public ?

Âgée d’une soixante-dizaine d’années, Margaret Peterson vit à Yellowknife depuis plus de 40 ans. Elle n’a pas travaillé pour Rio Tinto, mais elle a « entendu parler d’eux ». « Ils ont tellement apporté aux territoires. C’est bien qu’ils n’aient pas fait faillite et qu’ils aient les moyens de faire ces travaux. Contrairement aux autres mines qui connaissent des difficultés financières », déplore-t-elle avant de poursuivre : « Je trouve ça assez intéressant de voir ce qu’ils vont faire pour la remise en état, mais l’une des choses qui m’inquiète, c’est que je pense qu’ils devraient conserver la piste d’atterrissage là-bas. Avec tout ce qu’on entend sur l’expansion militaire, ce serait une bonne chose de la laisser en place. Ce serait utile en cas d’urgence ou pour les militaires qui viendraient ici. »

Tas-Tsi Catholique, membre de la Première Nation Łutsël K’é Déné, dans les Territoires du Nord-Ouest, a également assisté à la présentation. Il a fait un stage en tant qu’étudiant dans le service environnement de Rio Tinto : « Je suis venu pour me faire une idée du processus global de fermeture », explique-t-il. Je suis un citoyen soucieux de l’héritage de cette région du Lac de Gras. J’espère qu’ils seront capables de le faire de manière efficace et appropriée tout en veillant à protéger les caribous ainsi que les différentes espèces sauvages qui s’y trouvent. Et concernant l’eau j’espère qu’ils pourront, sans aller jusqu’à parler de pureté, mais veiller à ce que les générations futures puissent s’y rendre et utiliser cette zone pour leurs pratiques traditionnelles et culturelles. »

Je viens de Lutselk’e, c’est important qu’on puisse, en quelque sorte, obtenir des réponses à nos questions et à nos préoccupations. Pour nous, les gens du Nord, avoir pu voir ça dès le début et pouvoir le voir maintenant à la fin, c’est toute une expérience.

— Tas-Tsi Catholique, membre de la Première Nation Łutsël K'é Déné

« Une responsabilité à tourner la page de manière durable »

Son avis sur cette séance d’informations ? Tas-Tsi Catholique a pensé qu’on « pourrait en dire beaucoup plus ». Et d’ajouter : « J’ai trouvé qu’il y avait peu de photos et qu’elles étaient assez espacées. Les choses étaient très superficielles. Ça m’a un peu interpellé. Mais cela dit, cela n’a duré qu’une heure. Pour être consulté correctement, comme l’ont été d’autres Premières Nations, il faudrait au moins quelques jours pour avoir une idée de l’ampleur globale du projet. »

Originaire de Lutselk’e, il insiste sur l’importance d’ « obtenir des réponses à nos questions et à nos préoccupations ». « Pour nous, les gens du Nord, avoir pu voir ça dès le début et pouvoir le voir maintenant à la fin, c’est toute une expérience. » ajoute-t-il 

Tas-Tsi Catholique parle « d’une responsabilité à prouver d’être capable de tourner la page de manière durable » afin de « pouvoir regarder en arrière sans avoir de regrets ». Mais avec une « certaine compréhension du fait que nous ayons fait de notre mieux pour exploiter cette zone, tout en la ramenant à un certain niveau pour qu’elle soit acceptable pour diverses espèces sauvages et différentes utilisations environnementales », conclut-il.