La rue principale de Yellowknife pourrait bientôt porter un nom qui était là bien avant la ville : l’avenue Franklin, aussi connue comme la 50e Avenue, devrait devenir l’avenue Wıılııdeh à compter du 21 juin, Journée nationale des peuples autochtones.
Pour la Nation dénée des Yellowknives, ce changement ne se limite pas à remplacer un nom colonial par un nom autochtone : il remet au centre du paysage urbain une rivière, une langue et, surtout, un peuple.
Le nom d’un peuple
« C’est le nom de la tribu, explique le chef de Ndilǫ, Fred Sangris, à Médias ténois. En anglais, on dit Yellowknives Dene First Nation. Mais dans la langue autochtone, Wıılııdeh, c’est le nom de la rivière, la rivière Yellowknife ». Il précise que les ainé.e.s ne se désignaient pas d’abord par le nom anglais Yellowknives Dene : « Ils disaient Wıılııdeh. Nous sommes Wıılııdeh. »
Pour Fred Sangris, ce changement pourrait aussi ouvrir la voie à une transformation plus large de la carte locale. Il dit que la Nation dénée des Yellowknives travaille avec la Ville, les gouvernements et le Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles, afin de restaurer d’autres noms traditionnels, notamment les lacs autour de Yellowknife.
« Dans les cinq ou dix prochaines années, beaucoup de noms anglais sur les lacs ici vont probablement disparaitre, présage-t-il. Ils seront remplacés par des noms traditionnels. »
Le chef Fred Sangris voit dans Wıılııdeh Avenue une reconnaissance de la présence ancienne des Yellowknives Dene sur ce territoire.
Deux jours contre des millénaires
Pour Fred Sangris, ce choix repose sur une présence beaucoup plus ancienne que celle rappelée par le nom utilisé actuellement. « Franklin est resté ici seulement deux jours, et les Yellowknives, ma tribu, sont ici depuis plus de 7000 ans », dit-il à Médias ténois.
Sir John Franklin est passé dans la région en 1820. Selon les récits transmis par les ainé.e.s, il aurait rencontré le chef Akaitcho et d’autres dirigeants dénés avant de poursuivre son trajet vers le Nord. Fred Sangris dit avoir recueilli, dans les années 1990, des témoignages d’ainé.e.s à propos de ce passage.
« La seule chose dont je me souviens de ces entrevues, c’est que les vieux disaient que cet homme était très autoritaire », a-t-il raconté aux conseillers municipaux.
Pour lui, le changement de nom vient donc corriger un déséquilibre. « Ce n’est pas seulement une reconnaissance, c’est de la réconciliation, affirme-t-il. Les peuples autochtones dans ce pays doivent être reconnus, respectés et honorés. »
Agir, pas seulement parler
Le maire Ben Hendriksen a défendu le projet dans le même esprit lors de la réunion du conseil municipal le 13 mai. Il a rappelé que la Ville s’était engagée, dans son cadre de réconciliation, à consulter les gouvernements et organismes autochtones sur les noms des rues et des parcs.
« La réconciliation n’est pas seulement quelque chose dont on parle sans fin, qu’on planifie sans fin ou qu’on débat sans fin », a-t-il déclaré. « Elle exige de la réflexion, de la collaboration et de l’action. »
Le conseiller Rob Foote a lui aussi appuyé le changement, qu’il a décrit comme « plus que symbolique ». Selon lui, renommer la rue permet de reconnaitre la langue, l’identité et la présence durable du peuple Wıılııdeh.
« Franklin est resté ici seulement deux jours, et les Yellowknives, ma tribu, sont ici depuis plus de 7000 ans », soutient Fred Sangris, chef de Ndilǫ
« Nous sommes seulement à la surface de la réconciliation »
Mais l’appui au changement s’est accompagné d’un avertissement. La conseillère Stacie Arden-Smith a rappelé que le remplacement de noms de rues ne peut pas, à lui seul, tenir lieu de réconciliation.
« Nous sommes 11 ans après les appels à l’action, et nous sommes seulement rendus à renommer des rues », a-t-elle lancé. Elle a appelé les gouvernements à aller plus loin sur l’emploi, l’éducation, les politiques publiques et la lutte contre le racisme. « Nous sommes seulement à la surface de la réconciliation », a-t-elle ajouté.
Sur le plan pratique, le directeur municipal Stephen Van Dine a indiqué que la Ville prépare un plan de transition. Neuf entreprises et quelques résidences seront directement touchées par le changement d’adresse. Les adresses qui utilisent déjà la 50e Avenue ne devraient pas être affectées.
Le projet doit encore être adopté officiellement par le conseil municipal, lors d’un vote prévu le 27 mai.
